Inter-Environnement Bruxelles
© Matthias Forster - 2021

La vignette autoroutière collée ? Tant mieux !

Carte blanche — journal Le Soir — 29 mars 2007

« La vignette autoroutière n’est sans doute pas la meilleure méthode de faire payer aux étrangers les coûts de la mobilité  ». En une visite en Hollande et une phrase lapidaire, Monsieur Yves Leterme coule l’instauration d’une mesure qui faisait pourtant l’objet d’un accord entre les trois régions de Belgique. Et Inter-Environnement Bruxelles dit « tant mieux !  »

Taxer les véhicules utilisant le bitume belge était une idée séduisante. La mesure permettrait de renflouer les caisses des trésoriers régionaux tout en ménageant l’usager belge. En effet, par un tour de passe-passe fiscal, cette vignette n’aurait pas coûté un franc aux automobilistes du Royaume. Seuls donc auraient payé les routiers (du coup très sympas) venus de l’étranger. Forcément, nos voisins n’applaudirent pas la mesure et le Premier Ministre hollandais, M. Balkenende, ne se fit sans doute pas prier pour le signaler à M. Leterme. Qui tout de go a enterré la vignette avant qu’elle ne voit le jour. Détail amusant, le Ministre-Président flamand coule un accord régional le lendemain du bulletin environnemental de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique demandant plus de coordinations entre les différents niveaux de pouvoirs et l’élaboration d’un plan national de mobilité. Soit...

Monsieur Leterme détricote une taxe routière et Inter-Environnement Bruxelles le soutient ? Ceci demande quelques éclaircissements...

Nous l’avons déjà souligné, la vignette autoroutière tant prônée par la « star politique » Daerden a l’immense avantage de ne pas plomber le portefeuille de l’usager belge. Or, s’il y a bien un utilisateur des routes belges, c’est lui ! L’effet de la vignette en termes de réduction de pollution et de circulation risque donc bel et bien d’être marginal. Or il est établi que l’augmentation des émissions de Gaz à effets de serre en Belgique (+34% entre 1990 et 2004 pour le secteur des transports) est principalement causée par l’accroissement du nombre de kilomètres parcourus par le transport routier. Le récent smog qui s’est abattu en Belgique nous confirme que la circulation routière reste une des sources les plus importantes de pollution atmosphérique. Et que dire de la qualité de vie des citoyens face à l’insécurité routière, l’occupation de l’espace public, ou encore la pollution sonore. La vignette, pour ces maux, n’a pas de solution. En fait, elle n’est un avantage que pour le budget des régions. L’environnement et la qualité de vie resteront les parents pauvres des gouvernements belges, tandis que la mesure de la vignette brûlera inutilement la carte de la « taxe » dans les leviers disponibles pour infléchir le comportement des automobilistes. A ce prix-là, autant ne rien faire du tout...

Par contre et puisque nous sommes proches des élections fédérales, Inter-Environnement Bruxelles appelle le futur gouvernement fédéral à prendre ses responsabilités. Nous citerons deux mesures parmi d’autres.

La fiscalité des déplacements doit être revue en profondeur avec notamment l’adoption d’une taxe kilométrique intelligente. Elle permettrait de faire payer l’automobiliste en fonction des distances parcourues, des lieux, du caractère plus ou moins polluant du véhicule et des moments de la journée où la voiture est utilisée. Elle pourra également varier en fonction du caractère plus ou moins polluant du véhicule.

Les avantages liés aux voitures de société (la moitié des 500.000 immatriculations enregistrées chaque année en Belgique concerne des voitures de société qui bénéficient d’un régime fiscal extrêmement avantageux) pourraient être échangées contre d’autres avantages sociaux (abonnements de transports en commun, abonnement Cambio, mise à disposition de vélos,...).

Par ailleurs, d’autres mesures, incitatives (pour les transports en commun ou dits « doux ») ou contraignantes (péage urbain, l’augmentation de l’accise sur les carburants les plus polluants) existent.

Mais pour y parvenir, il faudra qu’un (ou plusieurs) gouvernements énoncent clairement l’objectif principal de la politique de mobilité : assurer la mobilité de tous dans le respect de l’environnement et de la qualité de vie. Et les moyens pour y parvenir : passer de l’automobile à la mobilité « douce » et « commune » (cette mobilité étant bien moins socialement injuste que la voiture). La vignette était collée aux deux tests. Il est bon qu’elle soit recalée. Et maintenant place au courage politique.

Anne-France Rihoux Secrétaire générale d’Inter-Environnement Bruxelles anne.france.rihoux chez ieb.be
Claire Scohier Chargée de mission « Mobilité » d’Inter-Environnement Bruxelles courriel