Inter-Environnement Bruxelles
© Matthias Forster - 2021

La route industrielle nord ou comment doubler le ring à l’intérieur de la région

L’ARAU, BRAL, IEB, Fietsersbond, GRACQ, Coordination Senne, Un cœur pour Haren, le Comité de quartier Marie-Christine/Reine/Stéphanie, l’ensemble des comités représentatifs de Neder-Over-Heembeek (1), s’étonnent de découvrir au gré d’enquêtes publiques ou de demandes d’avis à la Commission régionale de la Mobilité les prémices de la création d’une route industrielle Nord qui entérine la localisation du Brussels International Logistic Center (BILC) sur le site de Tour et Taxis. Concrètement, les associations demandent au Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale d’être cohérent et de s’inscrire dans la politique régionale de diminution de 20% de la pression automobile voulue par le PRD. Concrètement de renoncer à doubler le ring à l’intérieur de la Région, d’entamer une réflexion sur l’implantation du BILC et de développer réellement un plan de déplacement des « marchandises » pour l’ensemble de la Région.

Durant l’été 2006, l’Administration de l’Equipement et des Déplacements (AED) a élargi la chaussée de Vilvorde entre le pont Jules Van Praet et le pont de Laeken. Ce réaménagement a ensuite fait l’objet d’une demande de permis. La Commission de Concertation, réunie à Bruxelles-Ville le 27 septembre 2006, a remis un avis favorable moyennant l’élargissement de la piste cyclable côté canal à 2,20 m. La Ville et l’IBGE se sont abstenus. Les associations pensent que l’élargissement de la chaussée est illégal et constitue le premier élément de l’établissement de la « route industrielle Nord ». La Région s’engage par là dans une pente dangereuse qui vise à fluidifier la circulation des poids lourds dans la ville.

Les associations ci-dessus partagent un avis unanime pour dénoncer cinq points inacceptables :

  1. l’accord du 31 mars 1999 entre la Ville de Bruxelles, la Région, le Port de Bruxelles et les comités de Neder-Over-Heembeek n’est pas respecté. Ce texte précise entre autres que la Ville et la Région doivent fournir toutes les informations sur les activités et les projets sur les terrains industriels de Neder-Over-Heembeek qui peuvent causer des nuisances aux habitants. Les comités signataires, Un cœur pour Haren, Heembeek blijft-Heembeek reste, Promenades Vertes de Neder-Over-Heembeek, n’ont pas été mis au courant des changements. Se basant sur cet accord, les associations exigent un débat ouvert et clair dans lequel toutes les cartes seront mises sur la table.
  2. l’élargissement de la chaussée de Vilvorde est illégal puisqu’il a été réalisé sans permis . C’est un exemple de la politique du fait accompli et un déni de démocratie : comment comprendre autrement le mépris à l’égard de la procédure d’enquêtes publiques ? L’Administration doit respecter la législation en vigueur au même titre que n’importe quel citoyen et a un devoir d’exemple.
  3. cet élargissement risque d’en entraîner d’autres . L’élargissement de cette voie préfigure le réaménagement de l’axe qui relie le centre TIR à la sortie n°6 du ring de Vilvorde. L’élargissement de la chaussée de Vilvorde est le premier domino d’une longue chaîne pour élargir d’autres voiries vers le centre de la Région.
  4. cet élargissement entérine, sans aucune consultation publique, la localisation du Brussels International Logistics Center (BILC) à côté du centre TIR sur le site actuel du Port à Tour et Taxis. Or cette localisation est un contresens puisqu’elle vise à implanter un centre logistique dans des quartiers densément peuplés à proximité immédiate du centre-ville. L’extension des activités existantes n’a pas de sens à cet endroit et entraînera de nombreuses nuisances : les accès à l’eau et au chemin de fer sont inexistants. Seuls les poids lourds pourront atteindre l’endroit. Pour laisser passer les camions alimentant ce centre, la Région devra augmenter le gabarit d’autres voiries. Le risque reste grand de voir les camions continuer à envahir les quartiers résidentiels à proximité que ce soit pour rejoindre le centre logistique ou pour se parquer. Arrivées à cet endroit, les marchandises seront transbordées dans de plus petits véhicules pour desservir le Pentagone et ses quartiers avoisinants qui seront, eux, protégés du trafic des camions. Du moins si la volonté politique actuelle de protéger le Pentagone du trafic de transit et des grands gabarits se maintient. Par contre, pour desservir les deux tiers de la Région située à l’Est du Canal, les camions ou les camionnettes (2) sur lesquels les biens seront transbordés devront reprendre leur itinéraire en sens inverse pour se réengager sur le boulevard Lambermont, et rejoindre les boulevards Léopold III et de moyenne ceinture. La création de la nouvelle voirie ne déchargera en rien ces axes et le trafic de marchandises continuera à traverser ces quartiers densément habités. Pourquoi protéger le seul Pentagone et pas les autres quartiers habités ?
    La localisation du BILC sur le site de Tour et Taxis répond-t-elle aux conditions de succès d’un centre logistique de cette ampleur ? Quelle sera l’activité réelle du BILC ?
    Un centre logistique nécessite la proximité des grands axes de communication, la possibilité de transfert modal vers le rail et l’eau et enfin une superficie importante. Aucune de ces conditions n’est réalisée à Tour et Taxis. D’autres entreprises présentes dans la zone portuaire, telle Mabru, cherchent au contraire à accroître la part des marchandises transportées par chemin de fer, ou, mieux encore, le transport par voie d’eau ce qui leur permettrait d’enrayer la croissance du nombre de camions par jour (mille camions par jour pour le marché matinal), qui leur pose des problèmes de coûts et d’impact environnemental de l’aveu même de leurs responsables ( La Libre Belgique du 29/09/2006).
    Les associations demandent la présentation d’un projet global pour l’implantation d’un BILC (3) qui prenne en compte les besoins de mobilité d’une telle infrastructure. Avant de prendre une décision, les associations demandent au Gouvernement d’étudier d’autres alternatives telles que l’occupation du terrain Shell de l’autre côté de la rive en aval, Schaerbeek Formation ou d’autres terrains industriels en voie de mutation .
  5. le projet ne prend pas en compte l’usage du canal et de son évolution. L’itinéraire cyclable le long du mur du Palais royal deviendra très dangereux à cause du déplacement d’air généré par la vitesse et la charge des camions. Aucune des deux rives n’est réservée à la mobilité douce contrairement aux plans alors que le canal fait partie d’un itinéraire plus important, le Rever ou Réseau européen des voiries vertes reprises au PRD, qui en Belgique devrait relier Anvers à Charleroi. Le BRYC a déjà empêché, il y a deux ans, le passage sous le pont Van Praet et le Port veut aujourd’hui obliger les cyclistes à contourner les installations de Carcoke. Il n’y a pas encore de décision quant à l’affectation d’une partie de la zone du canal à la création d’un pôle de loisirs. Néanmoins les associations souhaitent que le développement de la zone du canal n’hypothèque pas cette fonction.

Des nuisances dans toute la Région

Les associations s’inquiètent aussi du projet de route industrielle Nord, reliant le boulevard de la Woluwe à l’avenue de Vilvorde, sur lequel le Ministre Smet a demandé l’avis de la Commission régionale de mobilité en octobre 2006. La justification de la création de cette voirie dépend aussi de la localisation du BILC . La rapidité avec laquelle le Ministre cherche à avancer sur ce dossier vient du fait que la Région souhaite profiter des travaux ferroviaires pour la réalisation du Diabolo — boucle ferroviaire reliant l’aéroport de Bruxelles aux lignes Bruxelles-Liège et Bruxelles-Anvers — pour créer à moindre frais cette nouvelle voirie. Les associations rappellent que la création de cette voirie n’a pas été retenue dans le PRAS (4). Elles demandent que l’étude d’incidence prévue pour la création de la route industrielle Nord envisage l’alternative zéro autrement dit de ne pas créer cette route . Les associations insistent sur le fait que la réflexion sur la circulation des poids lourds dans la Région doit être globale et reposer notamment sur les mouvements routiers liés au port et à l’avant-port qui devraient être explicités.

Les effets indésirables tels que la fréquentation de cette route par des voitures privées seront inévitables. Telle quelle, la route industrielle n’offrirait pas que des avantages à la Région. Elle ne déchargerait pas automatiquement le boulevard Léopold III, le boulevard Lambermont et le Pont Van Praet qui doivent, au contraire, être réaménagés pour diminuer le flot de voitures et de poids lourds et augmenter l’attractivité résidentielle de ces axes. La route industrielle Nord ne résoudrait pas non plus automatiquement la question de la circulation des poids lourds dans les quartiers et ne serait d’aucune utilité pour régler la question de leur stationnement. La solution ne peut être uniquement technique, elle doit aussi être organisationnelle.

En conclusion, l’ARAU, Fietsersbond, GRACQ, Coordination Senne, Un cœur pour Haren, le Comité de quartier Marie-Christine/Reine/Stéphanie, l’ensemble des comités représentatifs de Neder-over-Heembeek, BRAL, IEB demandent au Gouvernement de suspendre les projets d’élargissement qui se préparent sur la chaussée de Vilvorde au-delà du pont Van Praet et de lancer un débat public sur ses intentions concernant le projet d’établissement du BILC à Tour et Taxis et les projets d’infrastructure qui y sont liés.

  1. Soit Promenades vertes de Neder-Over-Heembeek, Comité Pagodes-Beyseghem-Albert, Comité Faines, Heembeek blijft-Heembeek reste, Gementeschapcentrum De Kleun
  2. Or il s’avère que les véhicules utilitaires légers (camionnettes) sont des plus polluants (voir par exemple
    http://www.econologie.com/les-utilitaires-legers-articles-922.html
    ou
    http://www.b-rail.be/corp/assets/mobilys2006/theme_B/de_ceuster_fr.ppt).
  3. Deux plans font référence aux ouvrages d’art et infrastructures nécessaires au développement du BILC sur le site de Tour et Taxis : le plan pluriannuel des travaux publics régionaux (p. 58 et 140) et le PRD (priorité 8, p. 31) concernant l’amélioration de l’accessibilité du site depuis le ring.
  4. Il y a deux projets, l’un présente la création d’une voirie au sol (PCD de Bruxelles-Ville), l’autre une voirie aérienne qui prolongerait la sortie de Machelen via le Pont de Buda vers l’Hôpital militaire (PRD). Le Diabolo n’est pas repris dans le PRAS : son éventuelle création supposerait une modification de ce plan.

Signataires

1. ARAU - Isabelle Pauthier 02/219 33 45 — 0477/33 03 78
2. BRAL — Ben Bellekens 02/217 56 33
3. IEB — Anne-France Rihoux 02/223 01 01 ou 0495/83 15 44
4. Fietsersbond — Roel De Cleen - O486 306 604
5. GRACQ — Bernard Dehaye 0498/20.47.21
6. Coordination Senne - Dolores Baïta 02/201 08 08
7. Un cœur pour Haren - Jean Dochy 02/705 25 24
8. Comité de quartier Reine/Marie-Christine/Stéphanie — Jean-Louis Smeyers 02/428.75.27

9. ensemble des comités représentatifs de Neder-Over-Heembeek :

- Benoît Elleboudt, Président, GSM 0475/77 05 63

- Ghislain Debongnie 02/262 0068