Les archives de l’écologie politique et des luttes environnementales en danger

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18 juin 2026 • Chloé Deligne

Les historien·nes le savent, sans archives, il est impossible de faire ou d’écrire de l’histoire. Faire de l’histoire, ce n’est pas simplement s’amuser à contempler ou ressasser le passé, mais c’est pouvoir comprendre des trajectoires, des évolutions, c’est pouvoir reconstituer d’où l’on vient et comment on a changé, comprendre pourquoi certaines choses impossibles à un moment deviennent pensables 10 ou 20 ans plus tard, c’est aussi s’intéresser aux chemins qui n’ont pas été pris et qui peuvent alimenter aujourd’hui nos devenirs. Ainsi, l’histoire, grâce aux archives, est un « vivier des possibles ».

Par ailleurs, dans certains cas, le travail mené au départ d’archives permet d’« administrer la preuve », autrement dit de démontrer « preuves à l’appui » que certains récits sont faux ou mensongers, ou de rappeler aux acteur.ices d’aujourd’hui les discours qu’ils ont tenus hier ou les gestes qu’ils ont posés avant-hier, et dont ils sont socialement et politiquement « responsables ». Cela éclaire la vie interne des organisations et aide à ce qu’elles puissent se remettre en question.

Au-delà encore, les archives servent à construire des récits qui tiennent la route, et qui ensuite peuvent éventuellement alimenter des mémoires collectives. L’histoire des horreurs de la colonisation serait impossible sans archives, l’histoire de l’exploitation des enfants dans les industries du 19ᵉ siècle serait impossible sans archives, l’histoire des mouvements d’écologie politique (dont IEB fait partie) serait impossible sans archives. Les archives permettent de dire « Oui, cela a existé », de dessiner des explications et d’en tenir compte dans nos actions d’aujourd’hui.

Quel·les que soient les acteurs·ices, qu’ils ou elles soient des personnes physiques ou morales, tous et toutes ont intérêt à ce que les archives soient conservées. Les archives sont un des outils de la discussion contradictoire et de l’exercice démocratique (quelque coloration qu’on donne à ce terme).

Or aujourd’hui, un des gouvernements d’un pays qui se revendique « démocratique », celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), veut tout simplement faire disparaître des archives par l’arrêt du financement de lieux de conservation au motif que ceux-ci ont « un lien supposé » avec des partis politiques. Plus exactement, il s’apprête à faire voter un décret dit « transversal » visant à abroger dès le 1ᵉʳ janvier 2027 les financements publics dont bénéficient actuellement les centres d’archives, les organisations de jeunesse, les associations d’éducation permanente qui entretiendraient des tels liens. Le Conseil supérieur de l’Éducation permanente a rendu un avis cinglant et unanime contre ce projet.

À ce titre, le centre de documentation et d’archives en écologie politique Etopia (Namur) est dans le viseur. Il s’agit d’un centre d’archives reconnu pour la qualité de son travail par les instances de la Fédération elle-même depuis plus de 20 ans. En se basant sur l’avis très positif rendu par la Commission des Patrimoines culturels de la FWB, la Ministre Présidente de la FWB et notamment Ministre de la Culture Mme Degryse confirmait, dans une notification en juin 2025 la reconduction de la reconnaissance et la revalorisation des subsides pour cinq ans, jusqu’en 2029,… avant que le gouvernement ne fasse volte-face pour des raisons « idéologiques » (octobre 2025). Outre que le gouvernement, en particulier la Ministre Degryse qui a également l’Éducation permanente dans ses attributions, méprise ainsi la qualité du travail de certains opérateurs culturels et l’importance des archives politiques, les mesures envisagées sont basées sur une ignorance des missions de ce centre, de son fonctionnement et des archives qui y sont conservées et valorisées. Si ce centre d’archives conserve les archives des mandataires et du parti écolo, ce que beaucoup d’autres partis ne font pas, il conserve aussi près de 5km linéaires d’archives de mouvements de l’écologie politique au sens le plus large du terme ! Parmi eux, il y a IEB mais aussi l’ARAU, les Amis de la Terre, le Réseau IDée, et tant d’autres, y compris au niveau européen…

Lutter pour le maintien et le financement des centres d’archives, qui sont reconnus et encadrés légalement, y compris quand ils conservent des archives de mouvements politiques, c’est précisément se donner des moyens de lutter contre la fabrique d’une histoire fantasmée, hagiographique et… hautement idéologique. Les politiques de D. Trump en matière d’archives en sont le plus triste exemple récent, lui qui a fait disparaître des milliers de documents d’archives d’un accès public et limogé dès février 2025 la directrice des Archives nationales américaines pour mieux « reprendre en main » le discours mémoriel.