Urgence à Athènes

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28 mai 2026 • Andreas Stathopoulos

La plus grande occupation d’Europe, la communauté de Prosfygika, est menacée d’expulsion depuis ce début d’année par la Région d’Attique. Les quelque 400 habitant·es, appuyé·es par de nombreux soutiens, se mobilisent pour défendre leurs logements et leur mode de vie collectif. Deux parmi ell·eux ont choisi d’entamer une grève de la faim illimitée. Il s’agit d’Aristotelis Chantzis, en grève de la faim depuis le 5 février - son état de santé est désormais critique -, et de Suzon Doppagne, une liégeoise habitant à Prosfygika depuis plusieurs années, qui l’a rejoint le 1er mai.

Prosfygika, c’est huit barres de logements en plein cœur d’Athènes, le long de l’avenue Alexandras, jouxtées par le quartier général de la police, la Cour suprême et un hôpital spécialisé en traitement du cancer. Depuis 2010, les habitant·es y développent un mode de vie auto-organisé à travers l’Assemblée de la communauté squattée de Prosfygika et de multiples projets et infrastructures collectives. C’est un quartier résistant au cœur d’une métropole, pour lequel les précaires, réfugié·es et militant·es qui l’habitent ont dû se battre, notamment contre le crime organisé et le trafic de drogues qui s’y étaient enracinés pendant les longues années d’abandon qui ont précédé le projet collectif.

C’est aussi un lieu chargé d’histoire. Prosfygika signifie littéralement « logements pour réfugié·es », et pour cause : ces immeubles désormais classés ont été construits dans les années 1930 pour accueillir quelques un·es des 1,5 millions de grec·ques expulsé·es d’Asie mineure dans le contexte du traité de Lausanne. Parmi les occupant·es d’aujourd’hui se trouvent encore quelques rares déscendant·es des réfugié·es de l’époque, les autres ayant abandonné les logements qui leur avaient été offerts dans le cadre d’une politique d’accueil des réfugiés d’Asie mineure au fil des années de délabrement. Plus tard, en décembre 1944, le quartier devient le lieu d’affrontements sanglants lorsque les habitant·es de l’époque prêtent main forte aux partisan·es de l’EAM pour tenter de résister aux forces de l’Etat grec et à celles de l’armée britannique présente pour enrayer la montée du communisme. De multiples impacts de balles encore visibles sur les façades des immeubles témoignent des combats des « Dekemvriana ».

En tant que fédération d’habitant·es bruxelloise, toute cette situation nous touche. D’une part, il y a l’urgence humaine liée à l’intention d’expulser 400 personnes, dont des familles et des enfants qui ont grandi à Prosfygika, et à la grève de la faim de deux personnes, dont une ressortissante belge. D’autre part, il y a le cynisme avec lequel les pouvoirs publics grecs mobilisent des fonds européens – bruxellois comme on dit en Grèce – destinés à produire du logement social, pour détruire du logement social de fait et s’en servir comme levier de valorisation foncière.

Le projet visant Prosfygika s’inscrit en effet dans le cadre du développement immobilier plus large des quartiers de Ambelókipi/Gyzi, où la démolition programmée de l’ancien stade de Panathinaikos voisin a ouvert les appétits des promoteurs et des politiques. Rappelons aussi que, en Grèce, le logement social locatif est pour ainsi dire inexistant et que la municipalité d’Athènes possède environ 80.000 logements vides disséminés à travers la ville, sans compter les logements vides appartenant à d’autres institutions, notamment l’Église orthodoxe grecque. Si l’enjeu était de loger des gens, c’est sans doute par là qu’il faudrait commencer. Dans tous les cas, considérant le contexte athénien, la décision d’employer ces fonds à cet endroit n’a, clairement, rien de social et relève plutôt d’une volonté de gentrifier le quartier, d’attaquer les milieux militants auto-organisés et d’offrir des cadeaux aux promoteurs privés.

Du 2 au 4 juin, une délégation des occupant·es de Prosfygika sera en Belgique pour dénoncer l’expulsion programmée de leur communauté et l’utilisation scandaleuse de fonds européens à cette fin. Dans le cadre des journées d’action et de solidarité annoncées pour les soutenir, il y a un appel à un rassemblement le mercredi 3 juin à 16h à la place du Luxembourg, devant le parlement européen. [https://www.instagram.com/p/DYy_oC_iF1Y/]

N’hésitons pas à les rejoindre et à les soutenir en interpellant les autorités européennes et belges à ce sujet.

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Pour plus d’informations…
Lire le communiqué de la Coalition européenne d’action pour le droit au logement et à la ville sur le sujet : https://housingnotprofit.org/defend-the-squatted-community-of-prosfygika/

Consulter le site de l’Assemblée de la communauté squattée de Prosfygika : https://sykaprosquat.noblogs.org/english/