Marseille en colère pour le droit au logement !

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3 août 2022 • Claire Scohier

Marseille et ses quartiers centraux populaires ne sont pas sans montrer des similitudes avec Bruxelles, tant dans leurs faces obscures (indigence du droit au logement, opérations de rénovations vitrines qui laissent sur le quai les habitants…) que lumineuses (réseau actif de militance à différents niveaux). À Marseille, c’est le Plan Euromed qui donne le ton, à l’instar de notre Plan canal, pour développer l’attractivité des quartiers centraux. Mais des collectifs s’organisent et marquent des points !

Marseille et ses quartiers centraux populaires ne sont pas sans montrer des similitudes avec Bruxelles, tant dans leurs faces obscures (indigence du droit au logement, opérations de rénovations vitrines qui laissent sur le quai les habitants…) que lumineuses (réseau actif de militance à différents niveaux). À Marseille, c’est le Plan Euromed qui donne le ton, à l’instar de notre Plan canal, pour développer l’attractivité des quartiers centraux. Mais des collectifs s’organisent et marquent des points !

Si Marseille dégage une image bien différente de celle de Bruxelles par sa rade ensoleillée et son port de plaisance en cœur de ville, une loupe plus avertie permet de dégager nombre de similitudes entre les deux villes historiquement industrielles devenues métropoles.

Deux villes en miroir

Marseille, ce sont 860 000 habitants (1 200 000 pour la Région bruxelloise) avec une démographie décroissante à partir des années 60 et reprenant vigueur à partir des années 90, exactement comme chez nous. 26 % des habitants y vivent endessous du seuil de pauvreté (30 % en RBC). Dans l’hypercentre, le taux de pauvreté grimpe jusqu’à 45, voire 55 %. Tant Bruxelles que Marseille ont des quartiers centraux populaires, à la différence de la plupart des villes françaises où le centre est habité par une population nantie.

À Marseille, 44 % des logements sont occupés par des propriétaires, cette proportion est de 40 % à Bruxelles. Autrement dit, dans les deux villes, la majorité des habitants sont locataires et l’essentiel des grands ensembles de logements sociaux ont été édifiés entre 1965 et 1975. Ces grands ensembles sont rarement supérieurs à quelques centaines de logements et ne sont pas trop éloignés du centre-ville. Parallélisme encore dans le taux de personnes peu diplômées et le chômage très élevé.

Par contre, le pourcentage de logements sociaux est nettement plus élevé à Marseille (20 %) qu’à Bruxelles (6,8 %) mais cela n’empêche pas la Métropole Aix-Marseille-Provence de compter 72 500 demandeurs en attente d’un logement social (51 000 en RBC). Il faut dire que 80 % des logements sociaux sont destinés aux ménages aux revenus modestes alors que seuls 16 % sont destinés aux ménages les plus démunis.

Si Marseille diffuse le mythe d’une ville très cosmopolite, elle l’est nettement moins que Bruxelles avec 13 % de la population d’origine étrangère (essentiellement des Algériens, Tunisiens et Marocains). Mais une économie informelle liée aux sociabilités ethniques y est cependant très présente, héritée de la tradition portuaire adossée à des marchés informels qui suivent ces réseaux communautaires, notamment au travers du commerce de véhicules d’occasion embarqués pour l’Algérie, la Tunisie, le Maroc mais aussi vers Abidjan ou Dakar. Encore un parallélisme avec l’économie informelle de Bruxelles, notamment celle que l’on rencontre dans le quartier Heyvaert à Cureghem. Néanmoins ces marchés informels vont commencer à s’étioler à partir des années 90.

La politique de revitalisation des années 90

S’enclenche début des années 90 une politique de « reconquête » du centre-ville. Les dirigeants de Marseille se plaignent que la ville est à la traîne dans la compétition mondiale entre les métropoles. Ils décident en 1994 d’entrer dans la course avec le projet pharaonique Euroméditerranée visant à revitaliser le centre de Marseille et surtout ses espaces portuaires : plus de 500 hectares à développer avec comme fer de lance la multinationale CMA-CGM, le troisième acteur mondial dans le transport maritime. 34 000 Marseillais habitent le périmètre. Les espaces portuaires vont être vidés de leurs activités industrialocommerciales pour créer les conditions d’investissement pour de nouveaux acteurs : production de logements et bureaux à destination des cadres et employés des entreprises du tertiaire, valorisation de grands gestes architecturaux (dont ceux de Jean Nouvel), soutien au développement des industries culturelles [1]. L’arrivée du TGV en 2001 d’un côté et la reconversion du port en terminal de croisières de l’autre vont assurer l’afflux de touristes.

La rue de la République, cette artère haussmannienne de 5 200 logements qui relie le VieuxPort au port industriel, va recevoir pour mission d’établir une liaison entre les deux périmètres d’intervention du projet Euroméditerranée. Historiquement, cette artère devait accueillir la bourgeoisie locale mais celle-ci n’était jamais venue et peu à peu s’y étaient installées les classes populaires liées professionnellement au port. En 2002, l’OPAH (Opération programmée d’amélioration de l’habitat) entame son programme d’éradication de l’habitat indigne sur l’artère. En 2004, un fonds de pension américain, Lone Star, crée MarseilleRépublique pour gérer les 1 350 logements qu’il vient d’acquérir, une gestion radicale visant à provoquer l’expulsion des habitants par des pratiques de non-renouvellement de baux combinées à des pannes d’ascenseurs, des coupures d’électricité régulières…

Un centre-ville pour les indésirables de la république

Martine est la première locataire à recevoir une lettre de non-renouvellement de son bail : « Impossible d’avoir de l’info. J’allais aux Docks, chez Euromed, mais il n’y avait que la maquette et les prospectus, j’allais au boulevard des Dames mais c’était pour les propriétaires. On n’avait aucune information [2]. » Il apparaît que le bailleur organise sciemment des squats dans les logements déjà vides pour exercer une pression au départ sur les habitants encore présents. Certains d’entre eux s’adressent à Un centre-ville pour tous (CVPT). Ce collectif est né en 2000 lors des opérations de rénovation du quartier Belsunce, le quartier populaire situé juste en dessous de la gare Saint-Charles, lieu d’arrivage de nombreuses populations maghrébines. CVPT, composé de travailleurs et retraités spécialisés dans les questions urbanistiques, vise à faire respecter par les pouvoirs publics le droit à vivre en centre-ville de Marseille, le droit à un logement décent, à obtenir la transparence dans les opérations de réhabilitation du point de vue de l’habitant, et à utiliser tout moyen public d’action, de défense juridique, de formation pour « réhabiliter avec l’habitant ». Le collectif finance ses actions avec les seules cotisations de ses adhérents : « On n’a pas de subventions, pas de secrétariat, on n’a pas de lieu de pouvoir, ça sort de l’ordinaire [3]. »

Les espaces portuaires vont être vidés de leurs activités industrialocommerciales pour créer les conditions d’investissement pour de nouveaux acteurs.

Leur champ d’action prend de l’ampleur lorsque s’ouvre le chantier de la rue de la République. Le collectif met comme condition à son soutien que les habitants concernés se regroupent pour sortir des démarches individuelles et de la plainte. Naît alors le Collectif des habitants de la rue de la République. CVPT met alors ses compétences au service des habitants malmenés pour créer un réseau d’expertise bénévole. Ensemble, ils organisent une manifestation en novembre 2004 qui réunira 600 habitants du quartier : « Ils n’ont pas réalisé qu’on allait se battre. Ils ont pensé qu’on était des gens incultes et miséreux. […] La manifestation de novembre, c’est vrai, je ne m’y attendais pas, il y avait du monde ! [4] » À partir de 2005, des permanences se mettent en place dans un bar de la rue, tenues de manière informelle par les habitants puis organisées par CVPT : elles constituent un canal fiable d’information au plus près du terrain avec une poignée d’habitants assidus. Ensemble, ils gagnent ainsi plusieurs procès contre le bailleur qui débouchent sur la condamnation des propriétaires et le relogement ou l’indemnisation substantielle des habitants. Dans la foulée, la préfecture s’engage à ce qu’aucune expulsion n’ait lieu et Marseille République revend 300 logements à des bailleurs sociaux. Les permanences perdureront jusqu’au début de l’été 2009, l’action collective s’étiolant : « On pourrait dire que Marseille République a contribué à fonder les bases d’une communauté attaquée. Et on a joué simplement un rôle pour organiser cette communauté émergente… on a organisé un moment, on a essayé de donner une forme un peu pérenne, de donner du sens… » [5]. Fin 2018, la rue de la République comptait toutefois encore plusieurs centaines de logements vacants.

« Ils n’ont pas réalisé qu’on allait se battre. Ils ont pensé qu’on était des gens incultes et miséreux. »

De 2010 à 2018, seulement 31 logements sociaux ont été créés par la Ville au lieu des 1 500 promis par la Soleam (Société locale d’aménagement de Marseille). Difficile de ne pas dresser de parallèle avec l’échec de nos Plans logements bruxellois. Seulement 14 logements ont été réhabilités sur les 2 000 qui devaient l’être, la Soleam ayant notamment dédié le budget qui devait être consacré à la réhabilitation du logement à l’« embellissement » de la Plaine [6]. Elle sera épinglée par la Chambre régionale des comptes début 2021 pour sa gestion calamiteuse, qui s’illustre tristement par l’affaire des effondrements de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018 qui causa huit morts. En 2015, le rapport Nicol relevait qu’un Marseillais sur huit vivait dans un logement représentant un danger pour sa santé. L’État français, suite aux effondrements, va demander un audit immeuble par immeuble de 44 000 logements potentiellement indignes et rejette entièrement la responsabilité sur la ville de Marseille. Et pour cause, six élus de la majorité municipale sont eux-mêmes des marchands de sommeil, propriétaires de taudis qu’ils louent au centre-ville [7]. Le CVPT épingle la Ville qui a laissé se délabrer son patrimoine dans sa tentative de gentrification des quartiers Belsunce, Noailles et du Panier. Claude Valette, l’adjoint à l’urbanisme de Gaudin, le maire de l’époque, déclarait : « Il faut nous débarrasser de la moitié des habitants de la ville. Le cœur de la ville mérite autre chose [8]. » La stratégie de la municipalité a consisté à rendre des immeubles vacants pour écarter les populations pauvres et d’origine étrangère et laisser la place à une population plus conforme aux stratégies de peuplement des élus marseillais. Trois des quarante arrêtés de péril imminent publiés par la mairie entre le 5 novembre et le 1er décembre concernent des bâtiments municipaux vacants depuis des années.

Les collectifs en colère après les morts de la rue d’Aubagne

L’affaire sera judiciarisée et un rapport d’expertise à la mi-juin 2020 établit que l’effondrement a été déclenché par la rupture d’un poteau supportant le plancher du rez-de-chaussée du numéro 65 de la rue. La municipalité, paniquée, évacue dans les mois qui suivent l’accident au moins 4 500 Marseillais habitant dans 578 immeubles identifiés comme « dangereux », dont un tiers à proximité de l’accident. Les habitants sont relogés pour la plupart dans des hôtels éloignés de leurs quartiers. En 2021, 1 500 de ceux-ci vivent toujours dans des logements temporaires.

Dès le 10 novembre 2018, un défilé intitulé « marche blanche » rassemble plusieurs milliers de manifestants jusque devant la mairie demandant la démission de la municipalité et scandant « Gaudin assassin ». Le même qui en 2001 déclarait : « Moi je rénove, je lutte contre les marchands de sommeil et je fais revenir des habitants qui paient des impôts [9]. » Une deuxième manifestation dite « de la colère » est organisée quelques jours plus tard avec encore plus de succès. « 20 millions pour détruire la Plaine, pas une thune pour sauver Noailles, à qui profite le crime ? », interroge une banderole lors de la marche qui sera brutalement réprimée par la police prétextant de la présence des Gilets jaunes qui sont dans leur période de pleine contestation.

Le Collectif du 5 novembre (C5N) demande la réquisition d’appartements vides pour reloger les personnes évacuées – Marseille compterait plus de 30 000 logements vacants, dont plusieurs centaines sur la fameuse rue de la République – mais la majorité municipale s’y oppose. De janvier à mai 2019, le C5N organise des assemblées de 30 à 50 personnes, sans statut officiel, sans local fixe, sans trésorerie mais qui aboutissent à l’adoption de la Charte du relogement, devenue un texte officiel voté par le conseil municipal le 17 juin 2019. L’événement a redonné vigueur à d’anciens collectifs urbains qui se sont ralliés autour du C5N, comme le CVPT ou encore le Syndicat des quartiers populaires de Marseille. Les piliers du C5N sont des femmes. Ce sont elles qui organisent les collectes de vêtements pour les délogés, assurent les relations avec les avocats et autres comités, tiennent des permanences et aident au quotidien délogés. Mais le collectif peut aussi s’appuyer sur l’expertise ancienne du CVPT. Ensemble, ils demandent que le budget 2019-2020 prévu pour la revalorisation des façades, l’amélioration de l’image et de l’attractivité sur certains axes emblématiques du centre ville soit transféré à la rénovation structurelle et priorisée des habitations, soit 5,2 millions d’euros à dépenser d’ici à 2020 : « Pourquoi s’endetter pour embellir les rues de Marseille alors que l’eau ruisselle dans les cages d’escalier et que les plafonds menacent de s’effondrer [10]. »

La question du logement insalubre a pris le devant de la scène en pleine période de campagne électorale. Le tout relayé par des médias locaux diversifiés qui radiographient la ville en permanence sans concession pour les politiques, notamment les sites de Marsactu et de Marseille infos autonomes. Le drame a révélé une cascade d’erreurs, de négligences directement imputables au gouvernement de la ville. Mais c’est surtout la présence de forces sociales déjà prêtes à remettre en cause le système qui a donné toute l’ampleur du mouvement de contestation.

La pression a également produit son effet du côté des instances judiciaires. Le parquet de Marseille a créé un « Groupe local de traitement de la délinquance dédié à la lutte contre l’habitat indigne ». Cinquante enquêtes concernant le non-respect d’un arrêté de péril et vingt-cinq enquêtes pour des faits relevant de l’insalubrité ont été ouvertes. Les premières condamnations sont tombées et des procès sont toujours en cours aujourd’hui.

Le droit au logement reste bien entendu dans un état critique. Michel Peraldi en 2015 posait la réflexion suivante : selon lui la gentrification à Marseille aurait pris une tournure singulière dans la mesure où ce sont plus des touristes et des visiteurs que de nouveaux habitants qui débarquent à Marseille tandis que la classe populaire résisterait à abandonner le centre. Le nombre de croisiéristes dépasse aujourd’hui celui des passagers des lignes maritimes algériennes, tunisiennes et corses. Via le TGV et les lignes low cost, il est possible d’y venir régulièrement sans forcément y habiter. L’auteur relevait à l’époque que le nombre d’acheteurs était infime pour enclencher un phénomène lisible dans l’économie foncière de la ville [11]. Néanmoins, peu à peu le programme Euroméditerannée a ouvert différentes niches spéculatives. Le marasme des prix du foncier au centre-ville a permis à divers spéculateurs d’acheter peu cher dans l’attente des retombées diverses. En 2016, la ville comptabilisait 1 507 ensembles résidentiels fermés [12]. En 2018, l’offre de logements en Airbnb a progressé de 88 % en un an pour constituer 3 % du parc de logements [13]. En 2020, le prix de l’immobilier a bondi de 20 %.

En 2018, l’offre de logements en Airbnb a progressé de 88% en un an pour constituer 3% du parc de logements. En 2020, l’immobilier a bondi de 20%.

Mais les collectifs Marseillais ne désarment pas. Lors de notre passage au mois de juin de cette année, nous avons pu assister à un carrefour de rencontres entre différents collectifs s’organisant contre la gentrification de la ville. Ils ont mis sur pied un observatoire de la gentrification. Une librairie associative a décidé de constituer un fonds de documentation sur la gentrification à Marseille. Leur programme est vaste : se battre contre les croisières, les plateformes type Airbnb, la spéculation immobilière et les grands événements d’attractivité internationale… pour faire exister le droit à un logement digne pour toutes et tous. Au-delà des rassemblements, ils n’hésitent pas à passer à l’action. Le collectif Stop croisières présent à l’assemblée organisait le surlendemain une manifestation devant le port de croisiéristes. Trois jours plus tard, 24 militants du collectif bloquaient l’entrée dans le port de Marseille du navire de croisière Wonder of the Seas avec ses 6 200 passagers !


Stop croisières !

➪ Le port de croisières de Marseille a bien muté ces dernières années. Jusqu’à il y a peu, les ferries qui reliaient Marseille aux différents ports d’attache d’habitants marseillais venus de Corse, d’Algérie ou de Tunisie constituaient l’essentiel des traversées. Aujourd’hui, ce sont des méga-navires, sortes de villes flottantes accueillant jusqu’à 6 000 croisiéristes, qui tiennent le haut du pavé le long des quais. La crise du Covid a révélé l’ampleur de la colonisation du port en cours dès lors que des dizaines de paquebots de croisière inactifs continuaient à tourner à plein régime. Le collectif marseillais Stop croisières s’est créé à ce moment, bien décidé d’en finir avec cette industrie désastreuse.

Stop croisières s’est doté d’un argumentaire. On y apprend qu’une croisière affiche une empreinte carbone par passager similaire, voire plus forte, qu’un voyage en avion. Si l’on prend en compte les 53 plus grands navires en activité dans le monde, un voyage de 8 jours à bord d’un navire de croisière, dans une suite standard avec 4 journées à quai, représente une empreinte carbone de 4,4 tonnes d’équivalent C0 2. Un seul trajet en croisière excède donc plus de deux fois le bilan carbone annuel dont nous disposons. Par ailleurs, ces navires dégagent un fioul lourd, ce résidu qui reste en fond de cuve après le raffinage du pétrole brut. Les bateaux qui sillonnent les mers consomment la moitié du fioul lourd mondial, puisqu’ils sont autorisés à utiliser ce carburant très néfaste pour l’air (émission d’oxydes de soufre [SOx] et d’oxydes d’azote [NOx]). En Europe, la pollution de l’air par le transport maritime (marchandises et croisières) est responsable de la mort prématurée de 50 000 à 60 000 personnes par an, dont 2 500 à Marseille. En 2018, AtmoSud (association agréée par le ministère de l’Environnement pour la surveillance de la qualité de l’air) a constaté que, pour la première fois dans la métropole marseillaise, les émissions de NOx d’origine maritime avaient dépassé les émissions routières.

Suite à diverses protestations, en 2021, la ville de Marseille a supprimé ses subventions au Club de la croisière de Marseille au motif qu’il s’agissait avant tout d’un « outil de lobbying, dans lequel la relation entre pouvoirs publics et intérêts privés n’est pas équilibrée ». Mais le département s’est empressé d’augmenter les subventions pour compenser cette perte.

Pour 2022, le port de Marseille annonçait 2 millions de croisiéristes avec 600 escales. Le 14 juin, c’est le Wonder of the Seas, le plus gros paquebot du monde (équivalent à 3,61 terrains de football) accueillant 7 000 passagers qui était attendu. Stop croisières décide alors de le prendre comme cible et de bloquer l’entrée du port avec 12 canoës et un Zodiac. Les activistes contactent la capitainerie pour indiquer leur position devant l’entrée du port. Ils ont ainsi pu bloquer l’entrée du port durant plus de deux heures. Quelques jours plus tôt, ils organisaient un rassemblement pour dénoncer la mauvaise qualité de l’air à Marseille.

Outre la qualité de l’air et les émissions de CO2, Stop croisières s’inquiète aussi de l’économie prédatrice de ce type d’activité touristique. En effet, une entreprise de croisière favorise la concurrence entre les ports d’accueil pour réduire les coûts. Ce qui place les ports dans une situation désavantageuse au point de les considérer comme « parent pauvre » de l’activité. Le lien entre entreprise de croisière et port d’escale est plutôt de l’ordre de la soumission du territoire. Les retombées économiques de cette activité touristique envahissante sont maigres pour les villes qui les accueillent, l’entreprise encourageant les dépenses des passagers au sein de son navire, au détriment des escales. Les conditions de travail à bord quant à elles relèvent de l’exploitation. La société Carnival, la plus importante compagnie à l’échelle internationale (enregistrée au Panama), échappe aux réglementations américaines en matière de droit du travail et de salaires. Elle emploie du personnel sous-payé venu d’Inde et des Philippines.

Pour en savoir plus : https://stop-croisieres.org


[1M. PERALDI, Sociologie de Marseille, éd. La Découverte, 2015, p. 105. La transformation du port autonome de Marseille en 2008 en Grand Port maritime de Marseille lui confère une compétence immobilière passant du modèle de tool port (port outil) au modèle de landlord port (port propriétaire). Le renouveau s’opère aussi via le secteur culturel en désignant Marseille comme capitale européenne de la culture en 2013.

[2Attention à la fermeture des portes, éd. Commune, Marseille, 2010, p. 81.

[3Attention à la fermeture des portes, éd. Commune, Marseille, 2010, p. 103.

[4Attention à la fermeture des portes, éd. Commune, Marseille, 2010, p. 88.

[5Attention à la fermeture des portes, éd. Commune, Marseille, 2010, p. 92.

[6Il s’agit de cette place emblématique de Marseille dont le vaste réaménagement a défrayé la chronique. Les 11 millions d’euros de budget affichés au départ sont montés à 20 millions.

[7M. PERALDI et M. SAMSON, Marseille en résistances. Fin de règnes et luttes urbaines, éd. La Découverte, 2020, p. 10.

[8L. FESSARD, « À Marseille, « la lutte contre l’habitat indigne ne sert qu’à évincer les plus pauvres », Mediapart.

[9In La Tribune, 5 décembre 2001.

[10Sous le soleil la plaine, journal insolent de quartier, n° 5, mars 2019, p. 23.

[11M. PERALDI, Sociologie de Marseille, éd. La Découverte, 2015, p. 111.

[12E. DORIER, « Les espaces résidentiels fermés à Marseille », in L’Espace géographique, 2018.

[13« Marseille : ce que pèse vraiment Airbnb », in La Provence, 25 janvier 2018.