Inter-Environnement Bruxelles
https://www.ieb.be/Bruxelles-relance-la-machine-a-expulser
Les centres d’accueil sont saturés, de nombreux emplois sont suspendus ou perdus, mais les expulsions peuvent reprendre.
par Sarah De Laet

Depuis ce 26 avril 2021, les expulsions domiciliaires peuvent de nouveau avoir lieu. Le gouvernement bruxellois a choisi de ne pas prolonger le moratoire sur celles-ci. Or, l’économie est toujours moribonde, de nombreux emplois n’ont pas repris, de nombreux autres ne reprendront jamais. Loin d’avoir été impactés par la perte de revenus, les loyers ne semblent pas avoir subi de diminution. Les justices de paix n’ont pas fermé, ainsi, de nombreuses personnes sont actuellement expulsables et les huissiers vont pouvoir reprendre leur travail.

Du nombre de personnes concernées, nous ne savons rien : les avis d’expulsions et les décisions des justices de paix ne font pas l’objet d’un enregistrement systématique. Les CPAS sont débordés et ne nous ont pas communiqué d’informations à ce sujet non plus.

Ce que nous savons en revanche, c’est que les centres d’accueil sont saturés, et que donc des personnes vont être mises à la rue.

La fin du moratoire sur les expulsions est un drame humain, des drames humains. Ces drames seront les conséquences d’un choix politique. Le choix de faire prévaloir le droit à tirer des profits d’un logement, sur le droit au logement.

Le moratoire a pris fin sans aucune mesure d’accompagnement, sans évaluation de la situation, sans création de places d’hébergement supplémentaires, sans cellule d’accompagnement.

Outre les expulsions, des dettes accumulées vont plonger des personnes dans des situations intenables, et aucune réflexion n’a été menée quant aux propriétaires qui devraient être remboursés en priorité. En traitant la question des expulsions avec une telle légèreté, le gouvernement participe à amalgamer tous les propriétaires : petits et grands, riches et pauvres. Or, en temps de crise économique, tout le monde ne peut pas être remboursé, et les plus pauvres ne peuvent pas être les seuls à se paupériser.

Un acte responsable aurait été de penser cette fin de moratoire depuis plusieurs mois, de s’enquérir auprès des justices de paix du nombre de demandes d’expulsions, de dresser des profils de propriétaires et d’ajuster les éventuelles dettes aux besoins réels de ceux-ci. Mais cela n’a pas été fait.

Depuis lundi, des personnes sont mises à la rue, sont jetées hors de chez elles, endettées. Sans regard sur le patrimoine des propriétaires, et sans tenir compte des conditions des logements loués.

Les expulsions sont inhumaines et dégradantes, elles traumatisent, elles tuent.