Tristes tropismes et joyeuses colères

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2 octobre 2012

Après avoir disséqué « Le droit à la ville » d’Henri Lefebvre tout au long de ce numéro, la question suivante nous vient tout naturellement à l’esprit : quels sont aujourd’hui les exemples de réappropriation de ce droit à la ville qui peuvent selon Lefebvre tracer les contours d’une transformation de la société et de l’homme vers l’émancipation [1] ?

À Bruxelles, les années contemporaines aux écrits de Lefebvre vécurent coup sur coup les mobilisations populaires de la bataille des Marolles (en 69, gagnée), de la mobilisation contre le périphérique sud (en 74-79, gagnée), de la mobilisation contre le projet « Manhattan » au quartier nord (en 74-75, perdue), puis de celle du comité « Botanique » (entre 75 et 85, gagnée : elle déboucha sur le maintien des habitants dans des logements rachetés et rénovés par les pouvoirs publics plutôt que démolis par les promoteurs au profit de bureaux).

Ne soyons pas nostalgiques. Il est probablement plus difficile aujourd’hui de citer une expérience contemporaine de même envergure. Il est par contre plus aisé de se mobiliser contre l’abattage imminent d’arbres d’alignement, pour des piétonniers au centre-ville ou pour toujours plus de « culture » sur les berges du canal que de descendre sur le pavé pour réclamer le blocage des loyers. Il ne se passe pourtant pas un jour sans que nous soyons invités à nous mobiliser, mais probablement sous d’autres formes que par le passé.

Luttes contre les centres fermés et pour la régularisation des sans papiers, contre la mise sur pied d’un Marché transatlantique, pour une structure unique gérant le rail belge, pour repenser le rapport à la consommation, à des nouvelles formes de crédit, au bien commun : voilà un impressionnant foisonnement qui devrait nous aider à faire le deuil de nos attentes déçues et nous amener à penser de nouvelles alliances dans la ville. Mouvements de chômeurs, militants d’une ville accessible à tous, syndicats de travailleurs, autant d’alliés avec lesquels nos membres et sympathisants possèdent un patrimoine humain, un modèle social, une culture urbaine à revendiquer, à inventer et à partager. Les sombres tropismes ne sont pas pour nous. NON, NON nous n’avons rien à cacher si ce n’est le grondement contenu de nos joyeuses colères, tous ensemble, tous ensemble, OUI, OUI !

Inter-Environnement Bruxelles

(*) Tristes tropismes : ce terme est passé dans l’usage littéraire en parlant d’une force obscure, inconsciente qui pousse à agir d’une certaine façon.


[1Henri Lefebvre. Le droit à la ville, p.4 du présent Bruxelles en mouvements.