Inter-Environnement Bruxelles
© Matthias Forster - 2021

Tour Realex : après des années d’entêtement, la Région lâche le promoteur

© Atenor - 2021

« Il n’est plus question de tour à cet endroit. Il y en a déjà une à côté, The One. Une, on peut le défendre sur le plan urbanistique. Pas deux. Ce serait une erreur catastrophique. Et on ne peut pas accepter ça ».

Non, vous ne rêvez pas, ces propos n’émanent ni d’associations, ni de riverains, ni de comités de quartier en colère contre la Tour Realex, mais bien du Secrétaire d’État à l’Urbanisme, Pascal Smet, suite à l’annonce du refus de délivrance de permis par la Région.

Maintes fois retoqué, la dernière version de ce projet d’Atenor consistait en un centre de conférences (un cube de 55 mètres de côté), surmonté d’une tour de bureaux (un parallélépipède rectangle, qui en portait la hauteur totale à 114 mètres). Un accord avait même été signé en janvier 2021 entre la Commission européenne et le promoteur, pour le Centre de conférences. Et c’est cette seule partie que la Région entend aujourd’hui conserver, au grand dam du promoteur.

Si ce revirement de la Région est, en soi, une bonne nouvelle qui semble sonner le glas des divers plans stratégiques et règlements d’urbanisme élaborés dans le quartier, du Projet Urbain Loi (PUL) au Plan d’Aménagement Directeur (PAD), tous marqués du sceau de la folie des hauteurs, le sentiment général reste néanmoins celui d’un grand gâchis et d’une perte de temps, d’énergie et d’argent, dont aucun des acteurs – Région, Commission européenne, promoteur – ne sort indemne.

Le promoteur menace d’ailleurs d’en revenir à un permis antérieur, délivré, par la Région en octobre 2019, la veille de plaidoiries au Conseil d’État qui se seraient immanquablement soldées par l’annulation du permis remplacé dans l’urgence. Sauf que ce permis a, lui aussi, fait l’objet d’un recours et qu’Atenor devra la démolir si le permis attaqué est annulé par le Conseil d’État. Même Pascal Smet en convient aujourd’hui, lui qui soutenait le contraire, il y a quelques mois, soumis au feu roulant de questions parlementaires sur ce dossier.

Que retenir de cet imbroglio ?

Que depuis le début, les associations, les comités de quartier et les riverains qui étaient allés en recours, contre le règlement d’urbanisme zoné (RRUZ), d’abord et contre les permis, ensuite, avaient raison de dénoncer ces outils mis en place par la Région elle-même, permettant aux promoteurs de déroger de manière débridée aux normes de gabarit et qui auraient eu pour effet de balafrer le ciel bruxellois, depuis la place des Palais jusqu’à l’avenue de Tervueren.

Que depuis le début, les associations, les comités de quartier et les riverains, qui dénonçaient une vision dépassée de la ville, tant sur ce projet précis que sur les différents plans élaborés dans le quartier européen, avaient vu juste et qu’il est temps, pour la Région, de revoir sa copie.

Mais exercer son rôle de contre-pouvoir et, comme Cassandre, avoir raison avant tout le monde ne sont pas choses aisées, à Bruxelles, puisque les associations (ARAU, BRAL, IEB), très critiques vis-à-vis de ce projet, se voient aujourd’hui privées de reconnaissance sur leurs métiers de base en Urbanisme et priées de s’inscrire dans le cadre étroit d’appels à projet « innovants » .

Nous ne saurons jamais combien la Région aura dépensé, au long de ces huit années de recours au Conseil d’État et à la Cour européenne de Justice, pour défendre, avec une obstination parfois interpellante, ce projet qualifié « d’innovant » sur le site d’Atenor, avant de se rendre à l’évidence que ce projet serait « une erreur catastrophique ».

Seule certitude, voilà de l’argent public qui aurait pu être dépensé utilement, tandis que, de leur côté, IEB et les autres requérants payaient leurs frais d’avocats... sur fonds propres.