Inter-Environnement Bruxelles

Que vont nos tours devenir ?

Article publié le 9 août 2020 par Marco Schmitt
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Le 7 novembre, L’Écho titrait « Que vont nos tours devenir ? » en constatant la désertion des tours de bureaux et leur avenir. L’article se termine en citant Stéphan Sonneville, CEO d’Atenor qui encourage une réflexion sur le quartier Nord pour laquelle « la participation citoyenne qui débute doit impérativement être à la base de la construction d’un consensus. Et pas un alignement sur une minorité, soit-elle gueulante ! ».

À ces mots, Marco Schmitt de l’Association du Quartier Léopold (AQL) a répondu :

Chers amis les promoteurs quand vous n’êtes pas spéculateurs à la posture mouvante au gré du vent pour mieux faire oublier vos inconséquences. L’égoïsme ravageur de l’environnement n’est pas celui de la « minorité gueulante », mais bien celle d’une autre minorité, bien plus étroite encore, celle de la petite bande de plus en plus réduite d’acteurs de l’immobilier à l’appétit insatiable si bien énumérée dans l’article promotionnel de l’Écho.

Comme d’autres, cet article semble sonner l’hallali de la tour en tant que forme urbaine, mais il prépare plutôt le terrain à de probables et nouveaux ravages environnementaux. Jetée les vielles brosses à dent, il s’agit de faire en sorte d’en fabriquer des tas de nouvelles, tout aussi jetables que les précédentes, et même si les nouveaux ‘campus’ seront faits en bois issu de forêts durables avec de la soie de porc d’élevage industriel bio, nous pouvons nous attendre à de prochaines obsolescences.

« Que vont devenir nos tours ? » Comme c’est étrange, elles sont devenues tout d’un coup les nôtres et cela au moment précis de leur désaffect(at)ion. Un petit peu comme s’il fallait, ici aussi, libérer la petite bande d’une charge afin qu’elle puisse avoir les mains plus libres pour se lancer dans de nouvelles aventures tout aussi à-court-terme que la précédente. C’est probablement ce qui est a comprendre aussi de ’l’équation Proximus’ d’Isabelle Pauthier.
La ‘mixité enfin’ !
Nous pouvons constater ce que ce type de mixité a pu produire de désastreux dans le quartier Léopold en train de devenir européen, toujours plus … le désert. Cette mixité tant mise en avant par le pouvoir publique n’a fait qu’enfermer ce quartier davantage sur lui même que précédemment. On y a construit effectivement du logement et on y a introduit de nouvelles superficies commerciales, mais de quel type et pour quel public ?
Les nouveaux logements y sont plus vides qu’ailleurs car l’augmentation spéculative de la valeur immobilière est devenue si rentable que la mise en location n’est plus vraiment nécessaire. Et quand l’appartement-cage-à-lapin est quand même occupé, il l’est par un public d’expat-contrat-court. Avec la crise sanitaire, il a quitté illico presto et durablement le quartier pour retourner télé-travailler à partir de son pays d’origine.
Entre fonctionnaire européen qui télé-travaille plus que d’autres, logements ‘produit financiarisés’, magasins vides et habitants pop-up, le quartier européen est en train de vivre une débâcle bien plus intense qu’ailleurs. A trop se spécialiser on devient fragile. Dans un quartier structuré comme celui de la rue de la Loi ou du boulevard Albert II (Onze Albert ne mérite quand même pas d’être traité comme un monarque du golf) la mixité fonctionnelle n’est pas une solution, mais fait partie du problème.
Ce n’est donc pas la mixité des fonctions, concept ringard s’il en est, qui va rendre un quartier ‘résilient’ aux crises qui s’annoncent. Laissons tomber cette vieillerie fonctionnaliste pour réfléchir plutôt la ville diversifiée ouverte à tous les publics.
Chers promoteurs et gouvernement bruxellois, là se trouve le véritable enjeu révélé par la crise sanitaire qui est aussi une crise environnementale et sociale, ne l’oublions pas.

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