Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Changer de mobilité ou de voiture ?

© Thomas Burion - 2022

Ce sont 500.000 euros que le Gouvernement bruxellois a décidé d’investir en 2022 à destination des propriétaires de parking et des entreprises pour favoriser l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques. Alors que la course contre la montre est enclenchée pour atteindre 22.000 points de recharge d’ici 2035, de nombreuses questions restent pourtant en suspens.

En effet, les discours favorables à la voiture électrique insistent souvent sur l’innovation qui permettra d’améliorer la performance de la propulsion et des batteries (l’efficience). Mais, alors que les études régionales indiquent que la possession individuelle de voitures ne devrait quasiment pas baisser, que pouvons-nous espérer de ces hausses de rendement si elles accompagnent le remplacement intégral du parc automobile européen tel que l’ambitionnent les constructeurs ? Que penser de l’électrification si sa généralisation ne donne pas naissance à des objectifs surplombants tels que la réduction des déplacements et de la consommation énergétique du secteur des transports ?

Une politique des transports soutenable ne commande-t-elle pas, au minimum, d’objectiver sur le long terme toutes les nuisances sur lesquelles elle repose ? Force est de constater que les autorités bruxelloises se sont limitées à apprécier la pollution atmosphérique directe, celle générée par les transports bruxellois : « En l’absence de méthodologie régionale (sic), les émissions indirectes de gaz à effet de serre ne sont pas non plus évaluées », indique l’une des études relatives à la Low Emission Strategy (zone de basse émission). Et qu’en est-il des particules fines non liées à l’échappement (abrasion des pneus, frein, route…) ? Ces dernières sont pourtant en augmentation constante à cause de l’augmentation de la demande de transport.

Par ailleurs, la plupart des véhicules privés sont immobilisés 80 % du temps. Or, pour compenser les émissions liées à sa production, une voiture électrique doit être utilisée intensivement. Autrement dit, les effets bénéfiques sur l’environnement de l’électrification sont largement tributaires d’une véritable stratégie de mobilité partagée (et donc de réduction de la possession individuelle de véhicules) ;

  • l’achat de voitures de plus en plus puissantes et lourdes constitue une tendance significative de ces cinq dernières années. À moins d’agir sur ce paramètre, la voiture électrique n’apportera rien en termes environnementaux (voire elle aggravera le problème) dans la mesure où ce sont de très grosses et lourdes batteries qui devront être produites.
  • Limitée à elle-même l’électrification n’a à priori aucun impact sur la congestion, la sécurité routière ou l’occupation de la voirie.

À la lumière de ces deux paramètres, l’électrification de la mobilité urbaine devrait être déployée dans le cadre d’un usage intensif, donc partagé, d’une flotte de véhicules légers, avec des batteries dont l’autonomie réduite ne pose pas de problème pour des déplacements qui en RBC sont pour la plupart inférieurs à 5 km. Peu importe le mode de propulsion, c’est bien l’usage de l’automobile, elle-même, qu’il s’agit de repenser. En l’absence de changement de paradigme social et environnemental, la course aux bornes électriques fera surtout le bonheur des constructeurs automobiles…