Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Plus de 62 000 arbres à haute tige condamnés depuis 2010 - Il est urgent d’agir

© Archives d’IEB - 2024

Malgré la loi climat dont s’est dotée la Région en 2021 et la motion déclarant l’urgence climatique et environnementale signée par les communes, les abattages frénétiques d’arbres à haute tige continuent à être autorisés en l’absence d’information raisonnée et coordonnée sur le patrimoine arboré de la Région. Celui-ci est géré par vingt-deux institutions qui ne mettent pas leurs informations en commun. Les chiffres disponibles via la base de données OpenPermits ne reflétant que très partiellement une réalité fort inquiétante, des citoyens et collectifs (dont HELP4Trees) tirent la sonnette d’alarme en interpellant les autorités, via une pétition introduite auprès du Parlement bruxellois, pour mettre en place une politique « arbres » axée sur l’information aux citoyens et sur la préservation urgente du patrimoine arboré de la Région.

Plus de 24 000 arbres à hautes tiges disparus au cours des 5 dernières années et plus de 2 700 en danger aujourd’hui.

L’analyse de la base de données OpenPermits [1] révèle que, si l’on exclut les abattages effectués dans le cadre de la gestion de la Forêt de Soignes, plus de 62 000 arbres à haute tige ont disparu en 13 ans (plus de 24 000 au cours des 5 dernières années) et que, toujours selon ces mêmes données, seuls 3 254 arbres auraient été replantés sur la même période, ce qui paraît dérisoire. Des abattages massifs ont déjà eu lieu (comme les 500 arbres disparus du Parc de Woluwe en 2020) et d’autres sont aujourd’hui à l’instruction : à Bruxelles, 1 seule demande prévoit d’abattre 208 arbres, 109 à Watermael-Boistfort, 107 à Ixelles… en tout, près de 2 700 arbres supplémentaires devraient disparaître prochainement.

Uccle, Bruxelles-Ville, Watermael-Boitsfort, Woluwe Saint-Pierre championnes des abattages.

Si Uccle reste une des communes les plus vertes, elle est aussi une des plus affectées par les abattages : 14 635 arbres depuis 2010. Bruxelles-Ville (à l’inclusion de Laeken) : 12 400, Watermael-Boitsfort : 5 466, Woluwe Saint-Pierre : 5 141 (pour 1 881 permis d’abattage). On abat, la plupart du temps, sous la pression des pouvoirs publics, en zones encore boisées. La Ville de Bruxelles s’est dotée d’un « plan canopée », Ixelles, d’un « plan arbres », d’autres communes prennent individuellement des initiatives liées aux arbres… pourtant, le constat est sans appel : malgré la motion d’urgence climatique votée par toutes les communes, depuis 2019, plus de 3 000 permis d’abattage ont été délivrés, dont 25 % par Urban : la Région de Bruxelles Capitale, en perdant ses arbres, perd de son "vert" et un précieux allié dans la lutte climatique.

22 institutions gèrent indépendamment les arbres bruxellois : ce labyrinthe administratif menace directement le patrimoine arboré de la capitale.

Pour établir un bilan « arbres » de la Région de Bruxelles capitale (nombre d’arbres vivants, abattages, replantations…), il faut s’adresser à 22 institutions : les 19 communes (espaces verts et voiries communales), Bruxelles Environnement (parcs et espaces verts régionaux), Bruxelles Mobilité (voiries régionales) et Urban (arbres remarquables) qui ne mettent pas leurs données en commun. En réponse à l’absence d’une cartographie centralisée des arbres vivants, disparus ou menacés, une initiative citoyenne contributive a été lancée récemment par IEB : https://arbres.cartobru.be. Mais ce n’est pas suffisant et il appartient au pouvoir public de la réaliser.

En l’absence d’un cadastre des arbres régional, les communes et la Région prennent leurs décisions d’abattage à l’aveugle. ​

Si Bruxelles Environnement met pléthore d’outils en ligne (surtout cartographiques) établissant un état des lieux, ces outils ne permettent pas d’en apprécier l’évolution. Bruxelles Mobilité ii informe de son activité par voie de communiqués de presse : nombre d’arbres en gestion et plantations… mais rien sur les abattages. Par conséquent, les décisions d’abattages prises par les communes et par la Région se prennent à l’aveugle. Cet intolérable mille-feuille administratif augmente la vulnérabilité des arbres en ville.

Un jeune arbre planté met 25 ans à produire les mêmes bénéfices qu’un arbre à haute tige. Trop tard au rythme du changement climatique.

La Région annonce 21 000 arbres et arbustes plantés en 2021… Les pouvoirs publics avancent souvent que la (re)plantation compense les abattages : rien n’est moins vrai. Décider d’abattre un arbre, c’est se priver immédiatement des nombreux bénéfices qu’il procure sur le temps long : bienfaits sur la santé mentale, ombre, fraîcheur par évapotranspiration, limitation des vents froids, absorption de 25 kg de carbone par arbre par an, production de 10 kg d’oxygène par arbre par jour, rétention d’eau… ce qu’un arbre nouvellement planté, s’il survit, mettra 25 ans a minima à restituer. Sans compter leur rôle essentiel dans l’embellissement du paysage urbain, les arbres sont indispensables au maillage vert et au maintien de la biodiversité en ville puisqu’ils offrent des abris aux animaux.

Grand écart entre le discours politique et la réalité du terrain : nos arbres doivent être protégés dès aujourd’hui.

Malgré l’omniprésence du changement climatique dans le discours politique, force est de constater l’abîme entre les promesses et la réalité du terrain (arbres abattus quotidiennement à la suite de permis délivrés, mais aussi illégalement sans aucun permis, parfois même par les communes). Confrontés à ce manque criant d’information, un réseau de citoyens et des collectifs inquiets lancent l’alerte face à la destruction de leur patrimoine arboré et la bétonisation toujours croissante de leur ville. Ils appellent les responsables politiques régionaux à se mobiliser aujourd’hui pour préserver les arbres de la Région de Bruxelles Capitale. Par la voie d’une pétition ils les appellent :

  1. à se doter urgemment d’une politique « arbres » à l’échelle régionale visant une gestion respectueuse du patrimoine arboré, dont les 3 axes sont : préserver le patrimoine arboré existant, augmenter le nombre d’arbres, mobiliser et sensibiliser les citoyens ;
  2. à organiser un service régional à part entière, composé également de citoyens et d’experts scientifiques qualifiés, seul habilité à centraliser la gestion du patrimoine arboré de la Région ;
  3. à mettre en place des outils harmonisés et aisément disponibles au public (comme un inventaire/cadastre de tous les arbres, une cartographie et des données permettant de suivre l’évolution du contingent arboré dans le temps) permettant des prises de décisions informées et transparentes ;
  4. à contraindre l’application de la motion d’urgence climatique et des ordonnances existantes en matière de protection environnementale et de préservation de la biodiversité, éventuellement à en édicter d’autres visant la protection explicite des arbres à haute tige existants ;
  5. à mettre en place une Chambre de l’environnement Bruxelloise à l’instar de celle inaugurée en 2022 au sein de la Cour d’Appel de Mons (élément non repris dans la pétition) ;
  6. à participer au changement de paradigme largement plébiscité par la population : refuser de considérer les arbres comme un simple ornement de la ville et revendiquer qu’ils soient désormais traités avec le soin porté au vivant.

[1La base de données OpenPermits reprend les demandes de permis d’urbanisme et d’environnement. L’analyse a été faite sur les données « arbres » de 2010 à 2022 et exclut les abattages liés à la gestion de la Forêt de Soignes.