Inter-Environnement Bruxelles
© Matthias Forster - 2021

Mobilité : l ’heure des choix

L’état déplorable des conditions de circulation nous impose des décisions. La situation budgétaire, fédérale et régionale, doit inciter à la rationalité en termes techniques et budgétaires. Mais les meilleurs choix techniques ne pourront rien sans un changement du rapport à la ville, de la part des responsables politiques, des urbanistes et également de la part des citoyens.

© IEB - 2010

Ce dossier est principalement consacré à une proposition de restructuration du réseau de transport en commun, élaborée par des spécialistes et soutenue ardemment par la société civile : la Cityvision. Imaginant un vaste maillage de trams en surface, défini en fonction des besoins des usagers et offrant des gains de temps substantiels, la Cityvision met également en garde contre les risques du « tout-au-métro ». Après une présentation technique, la parole sera donnée à plusieurs experts en mobilité ou aménagement du territoire, ayant ou non participé à l’élaboration de la Cityvision afin de donner des éléments de contexte et d’analyse. Enfin, le point sera fait sur deux chantiers indispensables à la qualité de vie à Bruxelles : le RER et la fiscalité de la mobilité.

Qui est content de la mobilité à Bruxelles ? Personne ! Qui s’en soucie ? Chacun !

La mobilité à Bruxelles présente au moins deux grandes qualités. Son premier mérite est de mettre tout le monde d’accord. Le constat d’échec est unanime : c’est le chaos. Sa seconde vertu consiste à ne laisser personne indifférent. Chacun croit détenir la solution et désigne volontiers ses coupables favoris. Il faut dire que les causes de la congestion sont nombreuses et les responsabilités partagées. Passage en revue des points noirs, forcément non exhaustif : la fragmentation des compétences entre communes, régions et fédéral ; les réglementations urbanistiques et fiscales qui encouragent l’usage de la voiture ; les facilités de stationnement qui incitent à l’auto-solisme ; des services de police déchargés des missions de régulation de la circulation ; un charroi incontrôlé de marchandises ; un RER qui ne voit jamais le jour...

La STIB doit ouvrir la voie

A cette longue liste de responsables, il convient d’ajouter la STIB. Certes, la STIB n’est pas aidée sur le terrain par les communes et cherche à respecter un contrat de gestion imposé par le politique. Mais la STIB préfère une stricte logique commerciale d’exploitation à ses missions de service public. Les choix de la STIB répondent davantage à la gestion de son réseau qu’aux besoins de ses clients. Par exemple, elle ne cache pas que les récentes restructurations de son réseau visaient à en optimiser l’exploitation, au risque de multiplier les correspondances et d’allonger les temps de parcours des usagers. A l’heure où la STIB déploie des efforts importants pour installer des portiques d’accès à toutes les stations ou pour imposer le ticket électronique et personnalisé MOBIB, l’inanité des fréquences en heures creuses ou le peu de respect témoigné aux clients des Noctis démontre par l’absurde la triste logique de fonctionnement de notre opérateur de transport en commun.

La Cityvision

A cause des mauvais choix du passé, du laxisme général et de la dilution des responsabilités, Bruxelles se retrouve dans l’impasse. Aujourd’hui, des décisions doivent être prises. En matière de transport, les premiers choix paraissent techniques et budgétaires (par exemple : flux, densité et nœud de circulation) mais les conséquences dépassent de loin le cadre de la seule mobilité. Si les retombées prévisibles concernent la qualité de l’environnement et l’amélioration de la santé, il ne faudrait pas négliger les impacts des réseaux structurants de transport public sur le développement urbanistique. Un réseau intégré à la ville participe à l’aménagement harmonieux du territoire, à la construction d’une vaste carte mentale de l’espace de vie, et — si tout va bien — à la cohésion sociale. C’est en pensant à la ville et à ses habitants qu’a été élaborée la Cityvision, présentée dans ces lignes. A première vue, il ne s’agit que d’une simple ré-organisation des lignes de la STIB, moyennant la construction d’une cinquantaine de kilomètres de voies en surface. Proposée pour créer un débat constructif — mais parfaitement réalisable techniquement — elle questionne la pertinence des projets de prolongements de métro défendus par la STIB. Proposition pragmatique, la Cityvision est la manifestation concrète de la volonté de la société civile de participer à la construction de l’espace public et d’y inclure chacun.

Casse-tête bruxellois

Mais pour rendre la ville à ses habitants, un réseau ne suffira pas. Pas plus qu’un RER efficace ou qu’un péage urbain. Même en changeant les lois fiscales et en modifiant les règlements d’urbanisme. Une ville accueillante ne se décrète pas par des textes de lois pas plus qu’elle ne surgit des infrastructures : elle germe dans la conscience des citoyens. Ce qu’il faut à Bruxelles, c’est un renversement du rapport à la ville ; ce qu’il nous faut, c’est une évolution du rapport à notre environnement. Bruxelles n’est plus un carrefour dont on peut mesurer les artères en seuls termes de flux et qu’on peut parcourir isolé dans une cage en acier. Bruxelles peut être une ville à taille humaine qui doit être conçue autour du vivant. Et le dernier spécimen d’être humain que l’on rencontre à la surface de la ville est le piéton. Pour que l’espace public soit à l’échelle de tout le monde, il doit être pensé autour du piéton. Le piéton : plus petit dénominateur commun des Bruxellois.

La Cityvision