Sortir de la rue les personnes qu’elle a le plus violentées, qui cumulent assuétude et problèmes de santé mentale, tel est l’exploit du Housing First. Vu qu’il ne prévient pas la perte du logement, ce programme ne constitue qu’un des deux dispositifs à universaliser pour éradiquer le sans-chez-soirisme. À terme, il ne devrait même plus exister en tant que tel.
Le Housing First (HF) est de plus en plus connu, même au-delà du secteur professionnel de la lutte contre le sans-chez-soirisme, et l’on doit s’en féliciter : il est sociétalement crucial de porter à la connaissance de tout un chacun que les personnes sans chez-soi que l’on peut croiser dans l’espace public et dont la situation et l’état physique et/ou mental semblent « désespérés » peuvent retrouver durablement un logement. Par quel miracle ? Celui du programme HF, qui est tout à la fois une méthodologie, une philosophie, une morale et un humanisme. Et le HF ne tient d’aucune forme de pensée magique. C’est, au contraire, un travail très concret et balisé, réalisé par des équipes de professionnels dûment formés. Et ça marche, en Belgique comme ailleurs : plus de 90 % des personnes relogées dans le cadre du HF sont encore en logement deux ans après.
Pour le dire autrement, le sans-chez-soirisme des personnes présentant, consécutivement à un long parcours de rue, un « double diagnostic » (problèmes de santé mentale et d’assuétude) n’est pas une fatalité et cette bonne nouvelle sociétale doit être connue de tous et toutes. Raison du numéro de mai-juin 2025 de Bruxelles en mouvements, qui lui était consacré.
Même l’actuel gouvernement Arizona s’en est emparé, et c’est heureux : « Nous intensifions la lutte contre le [sans-chez-soirisme] et continuons à travailler sur des projets tels que HF pour les sans-chez-soi confrontés à des problèmes complexes [1]. »
Mais c’est la formulation retenue par le gouvernement d’Alexander De Croo (2020-2025) qui illustre le mieux un possible malentendu en forme de douce illusion, contre lequel le présent article veut mettre en garde : « L’accord de coopération sur le [sans-chez-soirisme] sera actualisé pour lutter contre le [sans-chez-soirisme] dans les villes et communes du pays par une augmentation ambitieuse du nombre de trajectoires selon le principe “Housing First” [2]. » La phrase sous-entend en effet que le HF est « la » solution au problème du sans-chez-soirisme.
La réalité est plus nuancée : le HF fait seulement partie de la solution, et ce dans un premier temps, mais, dans le scénario idéal de l’éradication définitive du sans-chez-soirisme (éradication possible, souhaitable et rentable), le HF ne devrait plus exister en tant que tel.
L’intuition géniale de l’organisation new-yorkaise Pathways to Housing qui a inventé le HF en 1992, c’est que retrouver un logement est le meilleur accélérateur de réinsertion pour les personnes qui l’ont perdu, et que c’est le seul pour les personnes les plus vulnérées* [3], pour lesquelles le HF a été conçu.
Ce que le HF démontre avec une force inégalée, c’est qu’il n’y a pas de politique de lutte contre le sans-chez-soirisme qui vaille si, comme aujourd’hui, la question du logement n’y tient pas la place centrale. Tant que le secteur du logement restera un des secteurs connexes, parmi d’autres, du secteur du sans-chez-soirisme (à côté de la santé, des violences intrafamiliales, de l’aide à la jeunesse, des prisons, des addictions, du surendettement...), l’efficacité du travail des innombrables acteurs de la lutte contre le sans-chez-soirisme restera extrêmement limitée.
En termes institutionnels bruxellois, ledit « secteur du sans-chez-soirisme », qui n’est à l’heure actuelle qu’un sous-secteur du secteur social-santé, doit devenir un sous-secteur du secteur du logement [4]. Sinon, être en non-logement ne sera jamais considéré comme un problème de logement, seulement comme le symptôme d’un problème social-santé, ce qui est sans doute pertinent pour les personnes vulnérées suite à un long parcours de rue, mais qui est totalement absurde pour l’écrasante majorité des personnes qui viennent de perdre leur logement. On peut, par exemple, se retrouver à la rue faute de pouvoir payer un loyer abusif imposé par un bailleur sociétalopathe*, pour fuir les violences de son partenaire, par manque de moyens financiers suite à une séparation ou encore à cause d’une perte d’emploi, et ce sans avoir l’ombre d’un début de problème social-santé.
Certes, plus une personne est dépourvue longtemps d’un authentique chez-soi, plus elle risque de développer des problèmes social-santé, mais la plupart des sans-chez-soi n’avaient, au départ, qu’un problème de logement. C’est l’évidence même, mais celle-ci ne préside pas aux dispositifs prévus pour lutter contre le sans-chez-soirisme. En forçant le trait, on peut dire que la question du logement est, étrangement, dans l’angle mort de ces actions, même si, ces dernières années, on observe une évolution positive [5], toute timide qu’elle soit :
Illustration par le HF, tel qu’il est pratiqué en Région de Bruxelles-Capitale (RBC), de l’absence incongrue du « logement » au centre de la lutte contre le sans-chez-soirisme, les équipes doivent travailler avec des listes d’attente, vu qu’elles n’ont pas d’accès automatique et garanti à des logements abordables. Chacun des opérateurs HF doit constituer son propre parc de logements et ils sont, à cet égard, en concurrence les uns avec les autres. Pourquoi une telle situation ? Parce que – en toute logique institutionnelle mais en tout illogisme opérationnel – l’agrément HF a été porté par le ministère de l’Action sociale et de la Santé et non par le secrétariat d’État en charge du Logement. Du coup, les premiers mots de l’article 20 de l’Ordonnance relative à l’aide d’urgence et à l’insertion des personnes sans chez-soi du 14 juin 2018, article qui introduit le HF en RBC, sont : « Sous réserve du nombre de places disponibles… ».
Si le mérite du HF est de mettre, sur le terrain et dans les esprits, le logement au centre, il n’a pas contribué à remettre en question le socle de la lutte conventionnelle contre le sans-chez-soirisme, à savoir le « modèle de l’escalier » [9]. Son potentiel révolutionnaire est pourtant énorme : puisque le HF fonctionne pour les personnes les plus vulnérées, il doit forcément fonctionner pour les moins vulnérées, jusqu’aux pas du tout vulnérés, comme la plupart de personnes qui viennent de perdre leur logement.
Parce que le HF a été pensé pour les plus vulnérés, sur lesquels les acteurs de la lutte conventionnelle contre le sans-chez-soirisme se cassaient les dents et que, une fois son efficacité démontrée, il a été présenté comme le complément parfait de cette lutte conventionnelle, ainsi consolidée, plutôt que comme une base solide pour la remettre en question. Si bien que cohabitent désormais deux modèles, le HF pour les plus vulnérés et le modèle de l’escalier pour les autres. Et les personnes pour qui le modèle de l’escalier n’a pas fonctionné resteront sans authentique chez-soi jusqu’au moment où, suite à des années d’errance, elles finiront par être suffisamment vulnérées pour être éligibles au programme HF. Or le modèle de l’escalier ne fonctionne pas pour tout le monde, tant s’en faut, et donc la « production » de personnes tôt ou tard vulnérées ne connaîtra pas de fin et, partant, le HF devra fonctionner éternellement. Bref, tant que prévaudra le modèle de l’escalier, qui met le logement, non au début mais à la fin du processus de réinsertion, il faudra le HF pour pallier les ratés de ce modèle en relogeant les personnes les plus vulnérées. Et le sans-chez-soirisme ne connaîtra pas de fin.
Cet état actuel des choses conforte les fatalâches* dans leur conviction délétère mais révolte ceux et celles qui ne voient pas dans le sans-chez-soirisme une fatalité mais un malheureux choix de société, qui lorgnent depuis 2008 sur la Finlande, le seul pays européen où le nombre de sans-chez-soi chute drastiquement [10], et qui veulent d’autant plus sociétaliser* la question du logement que celle-ci touche une partie croissante de la population, et plus seulement les « bras cassés ».
En l’état, réservé aux plus vulnérés, le HF ne rime donc pas, à lui seul, avec fin du sans-chez-soirisme. Celle-ci suppose, en plus, le remplacement de l’inefficace modèle de l’escalier par ledit « modèle ukrainien », provoqué par Vladimir Poutine : en seulement trois semaines, une incroyable Task Force, au centre de laquelle œuvrait comme par enchantement Bruxelles Logement, a permis à la quasi-totalité des plus de 11 000 sans-chez-soi ukrainiens débarqués en RBC de ne pas se retrouver à la rue. Une prouesse d’autant plus remarquable que l’on sait que le nombre de personnes officiellement sans chez-soi en RBC avoisine les 10 000.
On ne peut surestimer le caractère historique de ce « modèle ukrainien ». Pour la première fois (de l’Histoire ?), la décision a été prise, pour une population donnée, qu’elle échapperait à la rue, et il a suffi de se donner les moyens de cette décision pour qu’elle soit couronnée de succès… puisque ces moyens existent dès qu’on s’oblige à penser en dehors des cadres budgétaires traditionnels, préformatés par des politiques héritées, sans remise en question, du passé [11]. Quant à la sempiternelle question : « Pourquoi avoir tout mis en place pour accueillir dignement les Ukrainiens et non, par exemple, les Syriens, Afghans ou Soudanais ? », la réponse n’est pas sans intérêt ici : parce que – certes, le racisme à l’œuvre est radical et systémique – les Ukrainiens sont Blancs et supposément chrétiens, mais, surtout, parce que les Ukrainiens sont des escapés* tombés dans le sans-chez-soirisme, du jour au lendemain et à la suite d’une agression bien identifiée et condamnée par la communauté internationale. Autant on trouve normal de faire le maximum pour les escapés, autant on se trouve très généreux de faire le minimum pour les sans-chez-soi.
Et l’on ne peut de même surestimer l’heureuse coïncidence et la chance aujourd’hui à saisir. Nous sommes en effet en présence de deux dispositifs, aux modalités concrètes fort différentes, qui ont fait leurs preuves et qui ont été pensés pour les deux extrêmes de la population : les personnes les plus vulnérées (le HF) et les personnes pas du tout vulnérées (le « modèle ukrainien »). Il suffit donc d’universaliser progressivement et simultanément ces deux dispositifs et de désinvestir dans les dispositifs attachés au modèle de l’escalier qui ne fonctionnent pas assez, voire pas du tout. C’est ce que le SDI a appelé l’udéskif*, qui résume d’un mot son programme politique et qui s’illustre aisément :
Le miracle du HF n’est donc pas qu’il peut éradiquer le sans-chez-soirisme. Il permet surtout de rattraper le temps perdu à laisser trop longtemps des personnes sans authentique chez-soi. À terme, une fois l’udéskif résolument implémentée et installée dans la durée, le nombre de personnes à reloger via le HF (peu à peu étendu aux personnes plus légèrement vulnérées) diminuera tendanciellement, jusqu’à ce que, faute de candidats, les opérateurs HF mettent la clé sous la porte, avec la satisfaction d’avoir rempli leur mission et gagné leur place dans le musée de la lutte victorieuse contre le sans-chez-soirisme.
Cela ne se fera pas sans la décision sociétale de ne plus tolérer le fléau du sans-chez-soirisme, comme on l’a déjà fait pour l’esclavage, le racisme, la pédocriminalité ou les violences sexistes et sexuelles. Quand sera prise cette décision sociétale ? Impossible de le dire et impossible d’imaginer qu’elle ne le sera jamais.
Une étape importante vers cette décision sociétale est d’arriver à la création d’une branche « Logement » au sein de la Sécurité sociale. Une fois effective, cette branche impliquera, concrètement, l’universalisation du « modèle ukrainien » et donc la fin de la possibilité de se retrouver, suite à un quelconque accident de la vie, à la rue [12].
Et le HF ne sera plus qu’un lointain souvenir étudié par les historiens férus des innovations héroïques de l’humanité solidaire…
escapé·e : n. (acronyme d’Enclos·e dans le Système mais Capable Aisément et Périodiquement de s’Échapper). C’est la dénomination des personnes non-immenses et donc pourvues d’un chez-soi, de celles et ceux qui, littéralement, s’en sortent, ont la possibilité de se ménager des portes de sortie. 1. En forgeant « escapé », le SDI envoie un message politique fort : les personnes communément estimées les plus « intégrées » le sont en fait le moins. Ceux qui vantent le système ont les moyens, à commencer par un chez-soi, de s’en protéger. 2. Derrière « escapé », il faut entendre : arrêtez d’exiger de nous des « preuves d’insertion » ! Les immenses sont dans le système H24, ils ne sont pas « désaffiliés » mais « trop affiliés » à leur goût.
fatalâche : n. Désigne une personne qui préfère penser que le sans-chez-soirisme, par exemple, est une fatalité et qui décide de ne pas remettre en question sa conviction. 1. Tant qu’il y aura des fatalâches, la société pourra se contenter d’éviter que les personnes sans chez-soi crèvent comme des chiens sur la voie publique ! 2. Le sans-chez-soirisme a encore de beaux jours devant lui : 99 % de la population actuelle est fatalâche et donc défaitiste. La vieillesse, la bêtise, la mort ou encore l’hiérarchisme sont des fatalités, mais pas le sans-chez-soirisme !
principirisme : n.m. (du latin principirium, « début, origine, prélude » et peior, « plus mauvais »). Réflexe mental ou habitude méthodologique consistant à réfléchir à un phénomène à partir des situations les pires, avec l’idée infondée qu’elles illustrent l’essence du phénomène et/ou détiennent la clé de son bon traitement. 1. Toute l’« aide » déployée pour les sans-chez-soi est guidée par l’image d’Épinal d’une personne sans-abri (au sens strict du terme), avec les stigmates y attachés et consécutifs à une longue période sans chez-soi. Conséquence de ce principirisme, rien n’est mis en place pour la personne qui vient de perdre son chez-soi et qui doit juste en retrouver un. 2. Tout le monde se félicite de l’existence de la prison pour les plus dangereux criminels et tout le monde sait qu’elle est largement contre-productive pour les autres, mais, principirisme oblige, on s’entête à les y emprisonner… Il faudrait faire l’histoire du principirisme, qui, bien ancré dans les esprits, sévit partout !
sociétaliser (quelque chose) : v. En faire une « question de société » et non une problématique sociale, expliciter le choix de société implicitement à l’œuvre derrière la situation. 1. Sociétaliser le sans-chez-soirisme, c’est montrer que la société a décidé que des personnes sans chez-soi étaient dans l’ordre des choses, plutôt que se demander si elles ont merdé et/ou joué de malchance. 2. Le verbe fait-diversier existait déjà, il manquait son antonyme : sociétaliser. Le verbe a aussi l’avantage d’interpeller chaque citoyen·ne, alors que son synonyme courant, politiser, pourrait sembler ne concerner que la classe politique... L’adjectif sociétal est, de même, politiquement plus efficace que systémique ou structurel, qui donnent l’impression qu’on ne peut rien y faire.
sociétalopathe : adj. et n. Personne souffrant d’un trouble de la conscience politique, caractérisé par une lâche ou égoïste indifférence à l’impact sociétal de ses (in)actions, (in)sensibilités, (ir)réflexions, (in)décisions. 1. Si je ne trie pas mes déchets, par exemple, je suis sociétalopathe. Et tout le monde est, d’une manière ou d’une autre, sociétalopathe, mais seuls les salauds sont fiers de l’être. 2. Je taxe par la présente de dangereux sociétalopathes ceux qui avalisent l’idée dévastatrice selon laquelle être en non-logement n’est pas un problème de logement. Mais les pires sociétalopathes, c’est les bailleurs « bidala » (acronyme de Bailleurs Indifférents au Droit Au Logement Abordable).
udéskif : n.f. (acronyme approximatif d’Universalisation De Ce Qui Fonctionne). Universalisation de ce qui fonctionne et, concomitamment, désinvestissement progressif, ou abandon pur et simple, de ce qui fonctionne trop rarement ou pas du tout. 1. Au sein du secteur du sans-chez-soirisme, l’udéskif est aussi précis que simple, car seuls deux dispositifs fonctionnent et, comme par hasard, le (re)logement y occupe une place centrale : A) ledit « modèle ukrainien » mis au point avec une efficacité remarquable en faveur des réfugiés ukrainiens et B) le programme HF réservé, pour rappel, aux personnes présentant un double diagnostic, problèmes de santé mentale et d’assuétude. Et ces dispositifs sont aux deux extrémités du spectre, puisqu’ils concernent A) des escapés venant de tomber dans l’immensité et B) les immenses les plus fracassés, désaffiliés, détériorés par la rue. On sait donc maintenant comment s’y prendre. Plus d’excuses ! Priorité à l’udéskif ! 2. Être orienté udéskif, c’est dire, d’un côté, « Pas question de tomber à la rue ! » et, de l’autre, « Pas question d’y rester ! »
vulnéré·e : adj. Qualifie une personne qui, brisée, défaite, cassée, diminuée, n’est plus que l’ombre d’elle-même. 1. Vulnérable, tu es fragile. Vulnéré, tu es foutu. Un mec vulnéré ne vivote pas sous le cynique « seuil de risque de pauvreté », mais sous le « seuil de pauvreté », point barre. 2. On ne travaille pas avec les personnes vulnérables comme avec les vulnérées. Pour ces dernières, on était davantage dans le palliatif : zéro objectif, juste être là. Puis la méthodologie HF est arrivée : objectif relogement, juste un gros accompagnement.
Secrétaire politique du Syndicat des Immenses
[1] Accord de coalition fédérale (2025-2029), p. 82.
[2] Accord de gouvernement (30 septembre 2020), p. 28.
[3] Les mots suivis d’un astérisque sont définis en annexe. Ils font partie des 200 mots inventés par le SDI pour bien décrire et combattre le sans-chez-soirisme et ils se retrouvent dans Le Thésaurus de l’immensité, La Lettre volée, 2024.
[4] C’est l’objet de la Manif au finish #5 du SDI, qui, tous les troisièmes mercredis du mois à 13h30, place Saint-Jean (à un jet de pierre du Parlement bruxellois), invite les Bruxelloises et Bruxellois à danser au rythme de Pitoyable, qui n’est autre que la chanson Formidable de Stromae dont les paroles ont été réécrites pour l’occasion [https://www.syndicatdesimmenses.be/action-septembre-2025].
[5] Pour plus de détails, lire « Vue imprenable sur les angles morts du ”logement” grâce à ceux qui n’en ont pas » in Dérivations, n°10, 2025, p. 68-85.
[6] Le mot sans-abri est d’abord erroné : sur les près de 10 000 sans-chez-soi répertoriés en RBC, « seuls » près de 1 000 sont sans-abri-au-sens-correct-du-terme. Le mot est ensuite vicieux à plus d’un égard. Il sous-entend que leur trouver un abri pour une nuit résout quoi que ce soit. Sur le plan méthodologique, il invite à céder au principirisme*. Enfin, il incite à essentialiser l’être-sans-abri comme être-avec-un-gros-problème-social-santé.
[9] Selon ce modèle linéaire, le sans-chez-soi est supposé être d’abord présentable afin d’accéder à un abri de nuit, puis se mettre en ordre administratif afin de candidater pour une chambre dans une maison d’accueil, puis, si tout va bien, prétendre à un logement de transit, ultime étape avant un logement classique.
[10] Pour info, Juha Kaakinen, le cerveau du plan d’éradication du sans-chez-soirisme en Finlande, fera une masterclass le 23 mars 2026 dans le cadre de la troisième édition de L’immense festival.
[11] Commandée au département DULBEA de l’ULB par le SDI et feu le mouvement Droit à un toit / Recht op een dak, l’étude « Le sans-chez-soirisme : suite ou fin ? » (2022) a définitivement démontré que, pour la RBC, le coût de la gestion du sans-chez-soirisme équivaudrait à celui de son éradication syndicatdesimmenses.be. Ce résultat n’a pas surpris les observateurs de la politique menée en Finlande, où l’on se félicite des économies budgétaires rendues possibles par une politique drastique de prévention du sans-chez-soirisme et de relogement systématique des personnes ayant malgré tout perdu leur logement.
[12] Ce projet de nouvelle branche, qui est mentionné dans la première des 35 mesures du Masterplan piloté par Bruss’Help, est porté par le SDI. Voir Masterplan de fin du sans-chez-soirisme, Bruss’Help, mars 2024.