Inter-Environnement Bruxelles
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29/06 Galerie Bortier, la fête aux irrégularités !

On se souvient qu’il y a quelques mois, Inter-Environnement Bruxelles avait porté plainte contre une série d’irrégularités relevées dans le dossier de la Galerie Bortier. A juste titre puisque l’administration régionale Urban.brussels avait dressé constat des différentes infractions, allant de l’installation de hottes professionnelles à des changements de destination et d’utilisation d’espaces, en passant par la réalisation de travaux modifiant l’aspect d’un bien classé, des vitrines ayant été remplacées par des volets en PVC. Des mises en demeure avaient été envoyées à l’exploitant, l’informant de l’obligation d’introduire des demandes de permis liés à ces changements.

Les volets en plastique de la partie classée, baissés durant les heures creuses de l’après-midi © IEB - 2025

Rappelons que, très tôt, ce dossier avait soulevé autant de questions que de contestation, lorsque la Régie foncière avait décidé de confier la gestion de la galerie à la SA Choux de Bruxelles, géant des food markets, en dehors de toute procédure de sélection et au mépris d’une pétition de soutien aux libraires qui avait récolté plus de 13.000 signatures. Grâce à des documents restés jusqu’ici dans les coulisses du pouvoir communal, on en sait plus, aujourd’hui sur la manière dont l’ensemble du dossier a été géré, depuis l’annulation de l’Appel à Manifestation d’Intérêt lancé en 2022, à la signature d’un bail commercial avec la SA Choux de Bruxelles en avril 2024.

Lire à ce sujet, l’article paru sur la site de la Galerie Bortier

Rappelons aussi que lors des transformations de la galerie, le nouvel exploitant avait non seulement pu mener ses travaux au pas de charge et sans permis, mais qu’il l’avait fait avec le soutien explicite de la Régie foncière, plusieurs fois présente sur place pour exhorter les ouvriers à « foncer, car une fois que ce serait fait, on ne pourrait plus revenir en arrière ».

Interpellée à ce sujet lors de la Commission de Développement territorial du 16 décembre 2024 (vidéo à partir de 1h37), la Secrétaire d’État Ans Persoons confirmait qu’aucun permis d’urbanisme n’avait été enregistré ni demandé, alors qu’ils étaient effectivement nécessaires. En conséquence, une procédure d’enquête publique serait introduite, précisant que même s’il s’agissait d’une demande de régularisation, celle-ci ferait l’objet d’une attention en tous points semblable à une demande de permis « normale ».

Entre-temps le projet est devenu réalité, la galerie Bortier est aujourd’hui un food court dans un écrin de luxe, où survivent quelques librairies, comme dans un décor, et où l’horeca n’a rien d’accessoire, contrairement à ce que prétendait initialement le nouvel exploitant. Ce dernier s’est récemment résolu à introduire la demande de permis exigée. Une enquête publique devrait donc suivre prochainement. La galerie étant partiellement classée, la CRMS sera consultée pour avis conforme, ainsi que le SIAMU, la galerie étant l’une des sorties de secours de la Salle de la Madeleine. Or il est désormais possible de louer la galerie en soirée, partiellement ou totalement, pour des événements privés réunissant de 30 à 300 personnes (et autant de tables entravant le passage).

Inter-Environnement suivra bien évidemment de près la demande de permis et l’enquête publique, déplorant que cette procédure arrive, une fois de plus, face au fait accompli. Mais puisque la Secrétaire d’État s’est engagée, au nom de son administration, pour que l’enquête se déroule avec toutes les garanties d’une procédure « normale », nous veillerons à ce qu’il en soit ainsi.

Pour en savoir plus : sur le site de la Galerie Bortier consacré à son histoire, un article revient sur le processus qui a mené à sa désaffection progressive, à l’éviction de la plupart des libraires et à l’arrivée de la SA Choux de Bruxelles.