Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Faut que ça pompe !

L’eau qui sourd dès lors que l’on creuse le sous-sol bruxellois pour y construire est appelée « eau d’exhaure ». Si le phénomène est fréquent, sa gestion et les protections environnementales prévues par le législateur sont aussi méconnues que son appellation. Rencontre avec Gaëlle Speeckaert, spécialiste des eaux souterraines à Bruxelles Environnement.

© Anah Merlet - 2025

Au fil des enquêtes publiques suivies par IEB, quelques dossiers stipulent que le chantier va nécessiter un « rabattement de la nappe ». Récemment, des riverain·es vigilent·es ont pointé l’absence d’un « drain passif » – un dispositif pourtant simple à installer – dans le permis autorisant la construction d’un projet d’ampleur (Move’Hub, ex-Victor, quartier de la gare du Midi). Il arrive que des habitant·es nous contactent, s’inquiétant d’un éventuel affaissement de leur maison à cause de pompages sur des chantiers voisins. Par ailleurs, le rejet quasi systématique des eaux d’exhaure à l’égout interpelle tant les riverain·es que les travailleur·euses d’IEB. Ces eaux sont réputées « propres » alors que leur rejet dans les eaux « sales » les font transiter par les stations d’épuration. Une pratique inutilement coûteuse alors que leur utilisation pourrait être bénéfique pour la ville et ses habitant·es. Ce numéro du Bruxelles en Mouvements était l’occasion idéale pour faire le tour des dispositions légales qui régissent les pompages, captages, rabattements et autres dispositifs, en compagnie de Gaëlle Speeckaert, gestionnaire de permis d’environnement au sein de la division « Autorisations » de Bruxelles Environnement (BE), qui instruit des demandes de captage temporaire ou permanent de l’eau souterraine. Au gré des projets qui lui sont soumis, elle veille à faire évoluer la législation en faveur d’une meilleure gestion de ces eaux et d’une limitation des impacts des pompages sur l’environnement.

IEB  : « Eaux d’exhaure » est un terme que nous retrouvons fréquemment dans le cadre de dossiers visant à obtenir des permis d’urbanisme ou d’environnement. De quoi s’agit-il exactement ?

Gaëlle Speeckaert  : Pour contextualiser un peu au préalable, Bruxelles, même si on le voit peu, est une ville construite pour partie dans des fonds de vallée (Senne, Maelbeek, Woluwe, Molenbeek…). À de nombreux endroits du territoire de la région, la nappe phréatique est proche du niveau du sol. On la qualifie alors « d’affleurante ». Il s’agit d’une masse d’eau, alimentée directement par les pluies qui s’infiltrent dans le sol. Le terme « aquifère » est aussi utilisé pour désigner un sol ou une roche poreuse ou fissurée, suffisamment perméable pour qu’une masse d’eau souterraine puisse y circuler librement.

La nappe constitue une sorte de zone tampon qui absorbe les surplus d’eau, d’où la nécessité de restaurer des zones d’infiltration sur le territoire. Il est important de comprendre que la nappe n’est pas une « rivière souterraine », mais une partie du sol saturée en une eau qui néanmoins s’écoule lentement vers les fonds de vallée.

Lorsque des constructions sont prévues dans ces zones, l’eau de la nappe phréatique doit être pompée jusqu’à un niveau un peu plus bas que la fosse d’excavation afin que les ouvrages souterrains ou les fondations puissent être construits à sec. On parle alors « d’eau d’exhaure ». Ce terme, davantage utilisé dans le vocabulaire de la construction et du secteur minier que dans le langage commun, exclut l’eau captée à des fins d’exploitation, qui constitue alors un « captage », tout comme l’eau de source, car elle émerge naturellement à la surface, même s’il arrive qu’elle soit mélangée à l’eau de la nappe lors de pompages dans le cadre de chantiers.

Quels sont les cas de figure où l’on pompe cette eau ? Est-ce uniquement pour la construction ?

Le plus souvent, c’est pour la construction des fondations d’un bâtiment, même sans niveau souterrain. Vous imaginez bien que, si on a des niveaux souterrains, il y a d’autant plus de risques que l’on se retrouve sous le niveau supérieur de la nappe phréatique et qu’il faille la « rabattre » durant le chantier.

Le rabattement est donc l’abaissement temporaire du niveau de la nappe phréatique, le temps de construire les fondations – qu’on appelle le « radier [1] » – ou les étages souterrains. Un calcul précis de la nécessité de rabattement est effectué et le niveau de la nappe ne peut pas être abaissé à plus de 50 cm du fond de l’excavation. Une fois le chantier terminé, on laisse remonter la nappe naturellement.

Très rarement, des constructions nécessitent d’aller dans des nappes plus profondes, formées au cours d’ères géologiques lointaines. Ce fut le cas pour la reconstruction des tours WTC (quartier Nord) qui, augmentées de quelques étages, nécessitaient des pieux de fondations plus profonds.

Combien de temps peuvent durer ces pompages ? Se peut-il qu’ils durent indéfiniment ?

Lors de chantiers, les pompages de la nappe sont soumis à l’autorisation de Bruxelles Environnement. Dans la grande majorité des cas, elle est valable pour des périodes qui s’étalent entre deux et dix mois.

Nous avons des outils pour évaluer la profondeur à laquelle se situe la nappe phréatique dans la région. Certains sont réservés à l’administration mais d’autres sont accessibles à toutes et tous comme le portail geodata.environnement.brussels. Sur les cartes qui y figurent, on voit qu’une bonne partie de la région – et surtout son poumon économique (ex-industriel) – se trouve en fond de vallée où la nappe phréatique est affleurante. Construire dans ces zones – le canal et le long de la Senne – implique presque systématiquement de rencontrer cette eau.

Il y a aussi des pompages qui s’installent dans la durée car, par le passé, des constructions ont été réalisées sur des sources et dans la nappe phréatique. À l’époque, les techniques ne permettaient pas d’obtenir une étanchéité des fondations comme c’est le cas actuellement. Des pompes dites « vide-caves » doivent encore y drainer l’excédent d’eau. Lors de rénovations lourdes, ces systèmes sont supprimés et ils ne sont plus autorisés dans les nouvelles constructions.

Des captages permanents peuvent être autorisés par un permis d’environnement et sont répertoriés par aquifère sollicité. Une carte reprend tous les types de captages, tant les captages permanents que les rabattements de nappe ou les pompages d’essai (captages temporaires pour tester le potentiel d’un système géothermique). La carte, accessible au public, renseigne le débit autorisé, la profondeur, l’origine de l’eau, etc. [2]

Mais pourquoi autoriser des projets de construction avec des soubassements et des fondations profondes dans des zones où la nécessité de pompage est une quasi-certitude ?

Il n’y a évidemment aucune volonté de la part de Bruxelles Environnement de promouvoir cette pratique. Ce serait un non-sens. On est cependant confrontés à des contraintes urbanistiques et économiques avec lesquelles il faut composer.

Le territoire bruxellois est limité et il y a une pression foncière importante sur les sous-sols dans les projets de construction et notamment pour les parkings souterrains. 

Lorsqu’un projet est situé à un endroit où nos cartes indiquent la présence de la nappe proche de la surface du sol, ça nous alerte. On prévoit alors d’imposer un ouvrage de passage de nappe dans le permis et même si cela ne fait pas partie du permis d’environnement, on sait déjà qu’un rabattement de nappe sera nécessaire pour la réalisation du chantier. Dans les études d’incidences, ce sujet est souvent déjà abordé. Pour faciliter l’analyse, on estime la hauteur d’un étage à deux mètres et demi ce qui nous permet, par niveau de sous-sol, d’évaluer à quel niveau le projet va s’implanter par rapport à la nappe phréatique.

Néanmoins, on ne peut pas refuser tout projet dans une zone donnée, même s’il va nécessiter un rabattement. Ces dernières années, il y a énormément de projets de démolition-reconstruction le long du canal et de la Senne. Ils nécessitent tous un rabattement de nappe. 

L’outil Brugeotool, accessible au public, permet de réaliser des forages virtuels [3] à n’importe quel endroit de la région et d’estimer la nature du sol et la profondeur des différentes masses d’eau. Les entreprises du secteur de la construction et les bureaux d’études l’utilisent pour accéder à certaines données. De son côté, BE s’en sert pour analyser les demandes de permis ou déclarations. Toutefois, ces données sont basées sur une modélisation et, le sous-sol de Bruxelles étant très hétérogène, on peut avoir des surprises. Souvent, pour les grands projets, un bureau d’études hydrogéologiques est engagé par le demandeur du permis d’environnement pour effectuer des sondages in situ au préalable.

Lorsqu’il est possible de réduire l’impact du projet, on fait le nécessaire pour que ce soit le cas. Parfois on demande à supprimer un niveau souterrain prévu mais c’est plutôt rarissime qu’on en arrive là. Ça peut arriver dans le cadre de l’instruction du permis d’environnement, pour autant que ce soit un projet mixte et que le permis d’urbanisme soit étudié en même temps que le permis d’environnement. Souvent, une solution moins « radicale » existe.

On peut facilement imaginer que vu l’urbanisation en fond de vallée, ces pompages existent depuis longtemps. Mais depuis quand pompe-t-on ces eaux ? Quel est, à l’échelle de la région bruxelloise, le volume pompé annuellement ? Comment ces volumes sont-ils suivis ? Quelle est leur évolution sur de longues périodes (50 ans) ?

Historiquement, il y a toujours eu ce besoin de pomper pour construire à sec.

Le bâti construit avec une emprise dans la nappe phréatique et un sous-sol peu étanche, a souvent été assorti d’un système de pompe de cave. Cette pompe récupère le débit de fuite qui s’infiltre dans le sous-sol pour le drainer, puis remonte l’eau à la surface pour l’amener – dans la plupart des cas – à l’égout. Beaucoup de pompages de faible durée et/ou débit n’étaient pas réglementés. Depuis l’arrêté de 2018 [4], nous avons une vue sur tous les rabattements en cours, mais pas de registre de ces systèmes implantés par le passé. De même, nous n’avons pas la possibilité de savoir de manière rétroactive quel a été le volume pompé à l’échelle régionale pour tous les pompages auparavant non réglementés.

BE reçoit les registres avec les volumes pompés de tous les chantiers dans les trois mois qui suivent la fin d’un chantier. Cela fait partie des conditions d’exploitation de l’autorisation. On autorise un certain débit de prélèvement pour une certaine durée. Donc, en cas de doute durant le chantier ou lorsqu’il est terminé, on contrôle que les conditions d’exploitation ont été respectées.

En réalité, nos préoccupations ne portent pas tant sur la quantité que sur la qualité de la nappe phréatique, contrairement aux masses d’eau plus profondes pour lesquelles c’est plutôt l’inverse. Pour les masses d’eau plus profondes, un rapport est exigé, entre autres institutions, par l’Union européenne. BE est tenue d’effectuer des suivis qualitatifs et quantitatifs de ces masses d’eau.

Nous avons des données assez précises de ce qui est prélevé et une estimation de la recharge qui permet de faire un bilan des entrées et sorties pour les différentes masses d’eau de la région. On dispose d’une série temporelle depuis 1966 des volumes prélevés et du niveau de rechargement de 5 masses d’eau souterraine  : le Système du Socle et des craies du Crétacé, le Socle, les Sables du Landénien, le système Nord-Ouest des sables du Bruxellien et de Tielt et les Sables du Bruxellien. 

Concernant les eaux d’exhaure, la législation est d’application seulement depuis quelques années sur l’ensemble des pompages. On ne dispose donc pas d’une série temporelle sur 50 ans qui nous donne l’idée des prélèvements effectués sur la nappe phréatique.

Vers où sont acheminées ces eaux à l’heure actuelle ? Et en quoi consiste le principe de cascade de rabattement que vous évoquiez et qui est d’application en Flandre ?

Actuellement, l’eau d’exhaure est majoritairement acheminée vers les égouts. Nous tentons d’introduire systématiquement le principe de la « cascade de rabattement », tel qu’il est appliqué depuis longtemps en région flamande. C’est une sorte de guide de bonnes pratiques avec une série d’étapes – qui peuvent être combinées – à suivre pour éviter au maximum le rejet à l’égout. La première étape consiste à essayer de limiter le volume net prélevé. Pour cela, il y a plusieurs manières de procéder. Le pompage peut être limité dans le temps ou des techniques de rabattement plus adéquates peuvent être imposées. On peut ainsi effectuer le rabattement dans une enceinte étanche, une sorte de boîte fermée fichée dans la couche d’argile imperméable. La nappe est alors bloquée autour de cette boîte, ce qui réduit le volume à pomper.

Afin de ne pas bloquer l’écoulement de la nappe, qui on l’a vu n’est pas statique, et de pallier l’effet barrage de l’enceinte permanente, BE impose dans le permis d’environnement la réalisation d’un ouvrage de passage de nappe communément appelé « drain passif ». Ce sont généralement des tranchées drainantes, des piézomètres de rééquilibrage ou éventuellement de simples canalisations qui permettent l’écoulement – au moins partiel – sous, à travers ou autour du bâtiment. Sans ces précautions, la nappe remonterait en amont de la construction, au risque d’inonder les bâtiments avoisinants et serait plus basse en aval, avec un risque de tassement. C’est une nécessité à laquelle le milieu de la construction doit encore être largement sensibilisé et c’est notre rôle d’essayer de fournir un guide de bonnes pratiques, pour qu’il se rende compte que ce n’est ni complexe ni coûteux à mettre en œuvre.

La deuxième étape de la cascade est d’envisager une utilisation partielle de cette eau d’exhaure, sur ou hors chantier. Afin d’en étudier les possibilités, BE subventionne, depuis 3 ans, le projet Open Source de l’ASBL No Way Back [5] qui met en lien les entreprises qui pratiquent ces rabattements avec des institutions publiques qui pourraient utiliser cette eau.

L’utilisation de cette eau n’est pas sans risque à cause de sa qualité médiocre. On ne peut donc pas la mettre à disposition du tout public ni pour tous les usages, mais elle peut par exemple servir à l’arrosage de plantes non comestibles. Le potentiel est donc assez limité  : on ne pourra pas utiliser tout le volume prélevé sur un chantier.

Nous étudions actuellement le potentiel de ré-infiltration de cette eau. C’est assez complexe, car cette solution impose d’avoir un espace sur la parcelle autour du chantier pour réaliser l’infiltration dans le sol en plusieurs points, configuration rare à Bruxelles à cause de la densité urbaine.

Nous ne connaissons pas actuellement le volume d’eau d’exhaure utilisé, à part pour les chantiers qui travaillent en collaboration avec Open Source. Nous avons seulement des données sur le volume prélevé et le volume rejeté à l’égout.

La troisième étape de la cascade est de rejeter – totalement ou partiellement – les eaux pompées dans les eaux de surface qui peuvent l’accueillir. Généralement, il s’agit du canal, éventuellement de la Senne. Cela implique également que l’eau pompée soit d’une qualité répondant aux normes de rejet en eau de surface. Si une pollution est détectée et traitée, ces rejets – tout comme la réutilisation – sont interdits par précaution.

Plusieurs avantages sont liés à cette solution. Le débit du cours d’eau est augmenté, ce qui a pour effet de « nettoyer » son lit ; le réseau d’égouttage est par ailleurs allégé, ce qui évite les surverses lors de fortes pluies.

La quatrième étape de la cascade, l’ultime recours, est le rejet à l’égout. Là aussi, des normes de qualité d’eau sont à respecter (charge en particules, hydrocarbures…). Les conditions se trouvent dans l’autorisation de rabattement de nappe et des inspecteurs veillent à leur respect.

Il est prévu que le principe de la « cascade de rabattement » soit formalisé prochainement dans les textes légaux.

Existe-t-il des techniques de construction qui permettent d’éviter ces pompages ? Avez-vous connaissance de pratiques vertueuses/différentes dans les autres régions et/ou à l’étranger ?

Des techniques de pointe émergent, qui évitent le recours aux rabattements de nappe. La plus avancée est le Jet Grouting, que peu d’entreprises sont capables de mettre en œuvre dans la région. La traduction littérale est « injection par jet ». Dans un mouvement d’ascension progressive, un coulis de ciment est injecté sous haute pression au fond d’un trou. Cette injection érode le sol et se mélange avec lui pour former une colonne en durcissant. Si l’action est répétée, on obtient des parois sur lesquelles des fondations sont déposées. Cela permet de renforcer, d’imperméabiliser, de consolider le sol sans excaver et rabattre la nappe. Cette technique est coûteuse et peut être mise en œuvre seulement pour de gros projets. Néanmoins, selon moi, c’est une voie d’avenir.

La Flandre a historiquement acquis une meilleure maîtrise des techniques de gestion de l’eau souterraine d’abord parce que c’est une région côtière et ensuite parce qu’elle fait face à un problème de sécheresse suite à la forte sollicitation de certaines masses d’eau souterraines – notamment pour le secteur des brasseries.

La région flamande a développé un projet pilote nommé Grondwater in de bouw. De nombreux séminaires ont été donnés (notamment par Buildwise, centre d’innovation de la construction) que les expert·es de BE ont suivi. Nous sommes donc informés sur des techniques qui ne sont pas encore proposées à Bruxelles comme le waterglas injectie qui consiste à injecter dans le sol du verre soluble ou du silicate de sodium, liquide transparent, visqueux qui durcit au contact de certains agents chimiques. En effectuant plusieurs points d’injection, une sorte de rideau d’une masse gélifiée se forme, à la suite de quoi un durcisseur – inerte pour le sol – est injecté. Cela permet de construire un radier sans devoir rabattre la nappe.

Une autre technique est de construire le radier en béton sous eau sans que la nappe ne soit rabattue. L’eau est pompée dans un second temps mais cette technique évite de pomper pendant le temps de la construction des fondations. On attend que le savoir-faire pratiqué par les entreprises flamandes se développe à Bruxelles. Mais à l’heure actuelle, l’absence de taxation sur l’eau pompée et rejetée à l’égout durant les chantiers n’incite pas le demandeur à recourir à ces techniques, qui représentent un coût supplémentaire. Cette taxation constituerait un vrai levier pour encourager le secteur de la construction à adopter de meilleures pratiques. Il s’agit d’une décision politique qui a déjà été discutée par l’ancien gouvernement, et devra l’être par le nouveau, quand nous en aurons un.

Que prévoit la législation ? La réglementation évolue-t-elle ou existe-t-il des volontés de la faire évoluer et d’utiliser ces eaux pour la communauté urbaine ?

En 2018, on l’a vu, il y a eu une évolution positive dans la législation.

Les captages permanents sous de gros bâtiments, dont certains ont fait l’objet de rénovations lourdes, s’accompagnent de conditions dont la réutilisation potentielle de cette eau. Une taxation est également imposée par Vivaqua sur le rejet de cette eau à l’égout.

Les rabattements de nappe, eux, doivent faire l’objet d’une déclaration 1C plutôt que d’un permis d’environnement car ils impactent temporairement l’environnement et le voisinage [6]. Cette déclaration comprend un formulaire général, des plans détaillés du chantier et une note descriptive réalisée par un bureau d’études spécialisé en hydrogéologie (analyse du contexte géotechnique et hydrogéologique, techniques prévues, calcul du rabattement et débit nécessaire, étude d’impacts, mesures compensatoires…). Certaines instances sont consultées si nécessaire selon les infrastructures à proximité (Infrabel…). Les hydrogéologues de BE étudient chaque dossier. Si un avis favorable est rendu, l’autorisation est délivrée, assortie de conditions en termes de débit journalier, durée, normes de rejet de l’eau, impacts (piézométriques [7], tassements admissibles…). L’autorisation doit ensuite être affichée sur le lieu du chantier durant 15 jours, après prise de contact avec le service environnement de la commune, ce qui laisse une possibilité aux riverain.es de réagir, d’aller consulter le dossier à la commune pour voir de quoi il s’agit.

Parfois, nous constatons des chantiers autorisés par des communes dans des périmètres où la nappe est affleurante sans qu’une demande de rabattement de nappe ne nous soit parvenue. Il arrive que nous allions effectuer des contrôles pour vérifier qu’un rabattement illégal n’est pas en cours.

En cas de constat de manquements – absence d’autorisation ou non-respect des conditions d’exploitation de l’autorisation –, le titulaire de l’autorisation (propriétaire de la parcelle en général) est légalement responsable même si, le plus souvent, c’est le bureau d’études, l’entreprise de forage ou de construction qui se charge de mettre en œuvre ces autorisations. 

L’actuel plan de gestion de l’eau (2022-2027) prévoit le soutien aux projets innovants pour la réutilisation/valorisation de l’eau d’exhaure, la sensibilisation et l’information des exploitants de chantiers, des conditions spécifiques dans les autorisations de captage [8]… Plusieurs de ces points sont bien avancés. Il y est aussi question de lever les freins au rejet des eaux de rabattement vers le réseau hydrographique. Nous avons évoqué le frein lié à des pollutions éventuelles, mais il y en a d’autres qui sont plutôt d’ordre administratif.

Lorsque BE impose un rejet de l’eau dans le canal par exemple, le demandeur doit obtenir une autorisation du port de Bruxelles ; il doit éventuellement obtenir une autorisation de Bruxelles Mobilité, de la commune ou de la région en fonction de la voirie qui va être traversée par la conduite d’eau, voire introduire une demande sur la plateforme Osiris si la conduite passe au-dessus de la voirie et prend pied sur le trottoir. Tout ça peut prendre plusieurs mois. Il y a encore des progrès à faire de ce côté pour créer un levier légal qui améliore les choses.

Dernier point, un projet d’agrément pour les foreurs est en cours de finalisation. Il contraindra les sociétés de forage qui souhaitent travailler en région bruxelloise à obtenir un agrément. Le projet est au stade de consultation par le secteur et va pouvoir être finalisé sous peu. Le fait d’obtenir un agrément et de risquer de le perdre en cas de mauvaise pratique crée une pression nécessaire.

Quels sont les impacts économiques, écologiques et sociaux de ces pompages à l’échelle locale et régionale ?

À ma connaissance, il n’y a pas d’impact économique pour la Région ni pour la société, hormis peut-être en assainissement des eaux usées. Mais cela semble anecdotique en comparaison des volumes totaux envoyés à l’égout.

Par contre, le pompage a un coût pour le propriétaire de la parcelle sur laquelle on va construire, de même que les technologies émergentes qui seront/sont mises en œuvre pour réduire ou éviter le pompage.

Mais notre mission est bien sûr de limiter l’impact écologique. Cela passe par les conditions d’exploitation de l’autorisation et le suivi du chantier pour veiller à leur bon respect. Elles sont plus contraignantes dans certaines situations  : si le chantier se situe à proximité d’arbres, d’une zone humide, d’un marais, d’un étang alimenté par la nappe. Elles le seront encore davantage à proximité d’une zone Natura 2000, où des exigences sont systématiquement ajoutées (études supplémentaires et suivi piézométrique). Il y a une équipe d’expert·es dédié·es au sein de BE qui donne son avis dans ces situations. C’était le cas par exemple pour le projet de rénovation des cliniques Saint-Luc pour lequel la mise en place d’un drain passif était nécessaire (et probablement un rabattement en phase de chantier). De nombreuses réunions ont eu lieu en amont du chantier avec nos hydrogéologues, le demandeur, le bureau d’étude, l’équipe Natura 2000 de BE. C’est tout un partenariat qui doit se nouer, en ce compris pour le suivi des opérations où un comité de pilotage est mis en place.

En ce qui concerne l’impact social, bien évidemment, tout chantier crée des nuisances pour le voisinage, et le pompage également. Un rabattement implique une pompe qui tourne en continu 24h sur 24, sept jours sur sept. Nos autorisations visent à limiter le bruit et les vibrations au maximum, par exemple en plaçant un caisson autour de la pompe.

Des mesures de suivi sont imposées dans nos autorisations. Elles concernent le tassement qui peut être généré sur les bâtiments voisins. Certains bâtiments anciens n’ont pas été construits sur pieux et y sont plus sensibles que d’autres plus récents. L’entreprise doit réaliser un suivi, à l’aide de mesures régulières, de seuils maximaux à ne pas dépasser. Certains concernent le niveau piézométrique de la nappe, d’autres le débit de pompage, qui va de quelques mètres cubes par jour à parfois 1 000 m³ [Ndlr  : il s’agit de 1 000 000 litres d’eau soit le volume d’une piscine de 2 m de profondeur sur 25 m de largeur et 25 m de longueur]. En cas de dépassement de ces seuils, les gestionnaires du chantier doivent arrêter immédiatement le rabattement et communiquer avec nous pour réfléchir aux alternatives qui permettent la poursuite du chantier. On n’est jamais à l’abri d’un incident et il arrive que les communes reçoivent des plaintes et nous les transmettent. Nous les étudions alors au cas par cas en essayant d’établir un lien de cause à effet. Il est dans l’intérêt de l’entreprise d’opérer un état des lieux des bâtiments voisins avant le début du chantier mais cela ne figure pas dans les conditions de BE car c’est plutôt pour des questions d’assurance. Nous estimons que la procédure actuelle prévient la plupart des risques. 

À qui s’adresser au sein de BE pour obtenir de l’information sur les différents captages / pompages ?

Toutes les questions qui concernent l’eau souterraine sont à adresser à permit-groundwater@environnement.brussels.

Nous y recevons différents types de ques-tions qu’il s’agisse de personnes qui souhaitent forer un puits pour leur salon lavoir, ou de bureaux d’études relativement à des projets sur lesquels ils travaillent, des questions pointues sur les rabattements…

Dans quels cas justement la qualité des eaux d’exhaure est-elle testée ? Qu’est-ce que ces tests peuvent révéler notamment sur la qualité des eaux souterraines à Bruxelles ?

La qualité de l’eau de la nappe phréatique est une question cruciale. C’est une préoccupation importante pour nous, qui va bien sûr de pair avec la qualité du sol. Nous avons l’objectif de l’améliorer et c’est un vaste travail.

À Bruxelles, nous avons un inventaire de l’état du sol, accessible à tout public sous forme de carte [9] qui répertorie la pollution du sol. Elle détermine une catégorie pour chaque parcelle en fonction de son degré de pollution. Une large partie du territoire reste néanmoins méconnue et « potentiellement polluée ». Certaines demandes d’instruction de permis portent sur des parcelles dont le sol est pollué ou potentiellement pollué. Ça correspond respectivement à une inscription en catégorie 3 ou 4 à l’inventaire de l’état du sol, ou en catégorie 0, 0+3/0+4.

Dans ces cas, le demandeur doit mandater un expert·e sol agréé·e pour introduire un projet de gestion de risque ou un traitement de durée limitée auprès de Bruxelles Environnement. Il couvre le traitement du sol et/ou de l’eau souterraine durant le chantier et doit être validé par les expert·es sol de BE. L’eau est analysée avant et après traitement.

Il existe d’autres cas où le sol est potentiellement pollué. Dans toute demande de permis d’environnement sur une parcelle avec activités à risque passées ou présentes, une reconnaissance de l’état du sol – si celui-ci n’est pas connu – doit être effectuée. Il en va de même pour toute demande de pompage dans la nappe sur un chantier qui ne fait pas l’objet d’un permis d’environnement, parce que le projet ne comporte pas d’installation classée – une habitation par exemple. Lorsque les mesures dépassent les normes d’intervention, un traitement est nécessaire ; des analyses sont effectuées après les actions de dépollution afin de vérifier que la qualité de l’eau est suffisante pour permettre son rejet à l’égout ou en eau de surface.

En fonction du mode de construction – enceinte étanche ou non – le rabattement a une zone d’influence plus ou moins large autour du point de captage. Elle est calculée par le demandeur sur la base de modèles théoriques. Notre service analyse si des parcelles polluées sont dans la zone d’influence du rabattement. On s’intéresse aux parcelles environnantes, car il peut y avoir un risque de migration des polluants, attirés par le captage. C’est étudié par nos hydrogéologues et également par nos expert·es sol si nécessaire. Ils et elles peuvent imposer un rabattement en enceinte étanche, ce qui n’est pas systématiquement prévu, car c’est plus complexe à réaliser et coûteux. 

Les tests effectués sur les eaux d’exhaure peuvent révéler toutes sortes de pollutions liées à une ancienne activité à risque sur la parcelle. Le plus souvent, on retrouve des hydrocarbures ou d’autres polluants liés à une activité industrielle ou au stockage de produits pétroliers, des résidus de pesticides, des nitrates, des composés organiques volatils…

Pour améliorer la qualité de l’eau de la nappe phréatique, il faudrait cesser d’autoriser des activités à risque. La dépolluer à l’échelle globale n’aurait pas de sens, mais à l’échelle de la parcelle, on peut prélever l’eau, la traiter puis la rejeter à l’égout voire la réinfiltrer sur site. On a alors une dilution des pollutions permettant de descendre en dessous des normes visées.


[1Dalle en béton armé qui sert de fondation.

[2Brugeotool reprend les mêmes données mais avec la possibilité de filtrer par type de captage que l’on souhaite voir (permanent ou temporaire, captif ou historique).

[3https://geodata.environnement.brussels/client/brugeotool/technical/147401/168166

[4Arrêté du 8 novembre 2018 (mis en œuvre le 1er avril 2019) du gouvernement de la Région bruxelloise qui réglemente les captages dans les eaux souterraines et les systèmes géothermiques en circuit ouvert.

[5https://www.opensource.brussels

[6Déclaration de classe 1C, environnement.brussels/pro

[7Le piézomètre est une sonde permettant de connaître la hauteur de la nappe.

[8PGE 2022-2027, mesure 7.6, p.737 en ligne sur le site de BE.

[9https://geodata.environnement.brussels/client/brugeotool/home