Inter-Environnement Bruxelles (IEB) et Natagora annoncent avoir déposé un recours auprès du Gouvernement contre la dérogation à l’Ordonnance Nature accordée à l’Union Saint-Gilloise, dans le cadre de son projet de construction d’un nouveau stade de football sur le site du Bempt. Les organisations dénoncent une dérogation dangereuse pour la biodiversité bruxelloise, sans grande valeur ajoutée pour la capitale. Il y a quelques semaines, la publication du nouvel atlas des oiseaux nicheurs bruxellois montrait l’importance de ces derniers espaces naturels pour les populations d’oiseaux.
Initialement octroyée par Bruxelles Environnement, la dérogation a fait l’objet d’un premier recours devant le collège d’environnement. Ce dernier ayant confirmé la décision de Bruxelles Environnement, IEB et Natagora ont décidé d’introduire un nouveau recours, devant le Gouvernement cette fois. Si la dérogation est maintenue par le Gouvernement, nous étudierons la possibilité de porter l’affaire devant le Conseil d’État.
Les terres du Bempt convoitées par l’Union pour son stade sont principalement constituées d’une friche, d’une zone humide et de deux bosquets, servant de refuges pour de nombreuses espèces animales et végétales. Ces zones, situées dans la vallée de la Senne et à proximité d’un parc, favorisent les haltes migratoires et constituent un habitat essentiel pour une biodiversité riche, avec des espèces comme le Merle, le Moineau, le Pic Epeiche et le Faucon Pèlerin. La dérogation délivrée par Bruxelles Environnement autorise la destruction de cet habitat et l’abattage de 237 arbres, malgré l’état défavorable de conservation de plusieurs espèces observé à l’échelle des trois régions.
IEB et Natagora soulignent que ce projet soulève des préoccupations majeures, dépassant le cadre de la simple construction. L’octroi de la dérogation sans consultation publique constitue une entrave à la participation citoyenne, en contravention avec la Convention d’Aarhus. De surcroît, l’administration a pris cette décision malgré les réserves exprimées par le Conseil supérieur de la Nature. L’absence d’évaluations indépendantes, qu’elles soient académiques ou associatives, met également en lumière les lacunes du processus décisionnel.
La directive Européenne Oiseaux, impose un cadre plus strict et offre moins de dérogations possibles. Ici, la dérogation a été justifiée par un prétendu « intérêt public majeur ». Cependant, cette appréciation est contestable, car la construction répond principalement à des intérêts sportifs et commerciaux privés, plutôt qu’à un besoin collectif essentiel. La notion d’« intérêt public majeur » doit être revue à l’aulne des besoins sociétaux, notamment la préservation des espaces naturels et les conditions de vie face aux enjeux climatiques.
De plus, l’existence de solutions alternatives satisfaisantes, comme la rénovation du stade Marien ou la mutualisation d’un stade « identitairement » neutre, n’a pas été sérieusement étudiée.
Enfin, la dérogation aura un impact non négligeable sur les populations d’espèces concernées. Or les mesures compensatoires imposées par l’autorité suscitent des doutes quant à leur efficacité. Elles se limitent à des restrictions sur les périodes d’abattage, au reboisement avec, notamment, des jeunes plants et à l’installation de nichoirs. Cette dérogation néglige donc des éléments critiques comme l’illumination de l’intérieur du stade, les émissions sonores promises à 90dB ou encore la pression piétonne de 16000 supporters en zone de parc.
Les instances regardent ce nouveau stade comme une opportunité de rayonnement pour Bruxelles. IEB et Natagora considèrent que Bruxelles rayonnait davantage en défendant le Bempt et donc la qualité de vie de sa population, en préservant les espaces où elle se sent bien, où elle peut pratiquer du sport en amateur. Pareillement, notre ville rayonnerait davantage en protégeant les habitats naturels et en permettant à tous les arbres, même les plus malingres, de croître en paix. La Région rayonnerait davantage en contraignant un club de football expansionniste à renoncer à son projet de stade – à la visée ouvertement mercantile – et à conserver, adapter et rénover son stade historique, le Marien.