Des mesures sécuritaires et anti-sociales de l’Arizona, foulant aux pieds la justice sociale et les libertés fondamentales, à la perspective désastreuse d’un partenariat public-privé pharaonique pour financer le Métro 3 vers Bordet : le présent dossier n’est pas sous la bannière d’un seul thème, mais le résultat de différentes plumes souhaitant partager leurs inquiétudes, mais aussi leurs coups de gueule.
C’est Laurent d’Ursel, du Syndicat des immenses, qui tire le premier la sonnette d’alarme par un article qui fait suite à notre Bruxelles en mouvements sur le housing first. Il nous fait part de son désir de pousser le curseur un peu plus loin sur la question cruciale du droit au logement. Si le housing first est devenu une mesure phare pour lutter contre le sans-chez-soirisme, c’est bien parce que nos autorités se montrent incapables d’assurer l’exercice général du droit au logement de toutes et tous. Le housing first n’est jamais que le cache-sexe d’une situation tragique dans une ville qui loge mal la majorité de ses habitant·es. Si tout le monde avait un chez-soi, le housing first n’aurait plus lieu d’être.
Or ce dernier, qui fait presque figure de Graal, n’est pas accessible à tou·tes les précaires, notamment aux sans-papiers qui, non seulement, ne trouvent pas à se loger, mais sont violemment expulsé·es par les forces de l’ordre lorsqu’iels trouvent et occupent un bâtiment vide susceptible de les accueillir et de leur fournir un minimum de droits. Le Front anti-expulsions nous livre l’histoire de l’occupation du square de l’Aviation par le Collectif Zone Neutre durant 7 mois. 70 personnes sans papiers, dont 15 enfants, qui ont apporté de la vie et de la joie sur le square avant de se faire chasser, le 17 octobre 2025, à coups d’auto-pompe, de matraque et de gaz lacrymogène.
À quelques pas de là, autour de la gare du Midi, l’avenir ne s’annonce pas plus rose, puisque pays a voté la loi Frontex, qui doit connaître une application directe dans cette gare internationale considérée comme frontière extra-européenne (dite Schengen). Des agents y auront pour mission de renforcer la lutte contre les migrations illégales de la Belgique. La géographe Siwa Parisel nous explique les enjeux soulevés par la future mise en œuvre de ces missions par ces agents ayant le droit d’utiliser une arme à feu et d’incarcérer en cas de besoin les personnes sans titre de séjour valide.
Ce sont aussi à coups de matraques qu’ont été accueilli·es, le 14 octobre, les manifestant·es venu·es exprimer leur colère et leur désaccord sur les mesures gouvernementales mettant à mal leurs droits sociaux. Un des manifestants a taillé son crayon pour nous livrer une bande dessinée de son cru retraçant ce moment glaçant où, après avoir rejoint le bloc antifa devant l’Office des étrangers, il a pu sentir dans sa chair la démesure d’un État qui n’est plus là pour nous protéger, mais pour nous enfoncer.
Pendant ce temps-là, nos autorités planifient des contrôles renforcés, sur les territoires ciblés par le trafic de drogue, à l’aide de brigades mixtes composées à la fois d’agents de police et de militaires. Appelé Plan Grandes Villes, ce programme est pensé dans la droite ligne du Plan Canal de 2016 qui faisait suite aux attentats de Paris. Un régime d’exception qui finit par devenir la norme et qui cible les quartiers centraux et populaires pour masquer, comme le souligne le jeune géographe Joseph Nicolay Nesvadba, l’incapacité de nos gouvernants à gérer la question sociale autrement que par la baguette et la peur.
Ce sont des inquiétudes d’un autre ordre que ce journal a également décidé d’exprimer, celles relatives à la poursuite probable du Métro 3 malgré l’audit accablant de la Cour des comptes, qui a incité le parquet à ouvrir une information judiciaire sur le respect de la législation en matière de marchés publics, et la suspension du permis autorisant la démolition du Palais du Midi. Ces camouflets, qui s’ajoutent aux nombreux défauts et impacts avérés du projet sur certains quartiers et les finances régionales, ne semblent pas encore avoir eu raison de ce projet impayable et interminable, dont le sort devrait être scellé par le prochain gouvernement.
En cas de poursuite du Métro 3, la Région s’expose au risque de devoir conclure un partenariat public-privé (PPP) pour financer l’extension de la ligne jusqu’à Evere. Or, selon un rapport de la STIB dont la publicité a été limitée à la presse, ce PPP coûterait 6 milliards d’euros, ce qui ferait monter la facture totale du Métro 3 à 8 milliards d’euros. En 2009, les estimations faisaient état d’un montant de 900 millions.
En plus d’aborder les inconvénients rédhibitoires d’un partenariat public-privé, nous avons également décidé d’analyser le traitement médiatique du Métro 3 après que le rapport de la STIB évoqué ci-dessus soit arrivé dans les rédactions. Alors que depuis plusieurs années, la presse généraliste se gargarise de fact-checking et de lutte contre les fake news, force est de constater que pour certains éditorialistes, la maîtrise du dossier et la nuance du propos importent peu. Loin de contribuer utilement au débat public, certaines prises de position offrent une couverture médiatique biaisée et tellement favorable au fiasco qu’est le Métro 3 qu’on se demande si elles n’ont été écrites par un porte-parole de la STIB.