Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Bruxelles, une ville de services, mais à quel prix ? Conclusions

© Thierry Kuyken - 2022

Sous l’influence conjuguée de tendances lourdes telles que la récession économique, la délocalisation de certaines activités tertiaires, l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail (télétravail, bureaux virtuels, (...), la diminution tendancielle de l’espace occupé par poste de travail, la crise des bureaux est très probablement vouée à empirer dans les prochaines années.

Après avoir vécu une désindustrialisation massive au profit de l’activité tertiaire, Bruxelles se trouve à nouveau à la croisée des chemins. Confrontée à une crise systémique d’ampleur mondiale et multifactorielle (financière, économique, climatique, environnementale, sociale et démographique), la vacance des bureaux bruxellois n’est que la conséquence d’un système capitaliste malade de ses fondements mêmes. Cette crise est l’occasion d’une remise en question radicale : éluder celle-ci nous exposera à la crise suivante, encore plus violente.

Alors, quelle ville voulons-nous pour demain ? Il s’agit ici de questionner les politiques passées de planification du territoire, que nous pouvons qualifier, pour ce qui concerne la maîtrise de la production de bureaux, de catastrophique.

Appliquer le moratoire

Bruxelles est la deuxième ville européenne la plus dense en bureaux après Zürich. Il faut donc rééquilibrer les fonctions dans la ville. D’abord, il faut acter le moratoire sur l’augmentation des surfaces de bureaux à Bruxelles. Ensuite, il faut en amorcer la décroissance. Celle-ci passera par une politique volontariste de reconversion. IEB plaide également pour une dédensification de zones de bureaux peu accessibles en transports en commun au profit de zones mieux desservies (la vacance de bureaux dans ces zones est suffisante pour imaginer ce transfert sans nouvelles constructions de bureaux), de construction de logements et d’équipements collectifs adaptés à la sociologie bruxelloise et non à la clientèle internationale visée par le city-marketing, suffisamment solvable pour que les promoteurs s’en occupent sans incitation.

Quelle capitale voulons-nous ?

Il faut ensuite s’interroger sur le statut de capitale de Bruxelles, un statut qui semble particulièrement préoccuper les spécialistes du city-marketing chargés d’assurer une bonne place pour Bruxelles dans le benchmarking des villes qui comptent au niveau international...

Des bruits de couloirs insistants évoquent que la Région flamande envisage de déménager son administration à moyen terme en dehors de Bruxelles. Ceci pose la question du rôle de Bruxelles en tant que capitale, de l’équilibre à trouver entre ses fonctions pour que celles-ci renforcent ce qui la rend accueillante : son humanité. IEB plaide pour que les fonctions administratives dont la localisation à Bruxelles n’est pas nécessaire soient délocalisées au plus proche des citoyens des différentes Régions et Communautés.

Extraire la planification des contraintes du marché

Confier le territoire au marché, on l’a vu, revient à en perdre la maîtrise. Le marché n’est pas émancipateur pour la cité. Il la contraint à se concevoir comme une marchandise, aliénant habitants et représentants politiques dans l’idée qu’il n’y a aucune alternative à celui-ci. Les pouvoirs publics doivent absolument se décomplexer vis-à-vis des soi-disant contraintes du marché. Il s’agit ici de mettre en place une réglementation simple et contraignante qui force la vertu des acteurs en présence.

Pour réintroduire de la vie dans les quartiers, IEB propose par exemple de favoriser le retour à leurs affectations d’origine les maisons de maîtres et autres appartements du début du siècle progressivement convertis en bureaux : en conjuguant une taxe dissuasive sur les bureaux vides et l’obligation pour le propriétaire à un retour à l’affectation d’origine lors de toute demande de permis de rénovation. La Région devrait mener une politique volontariste pour encadrer et soutenir, notamment financièrement, les reconversions d’immeubles de bureaux en logements.

Pour assurer la durabilité du bâti
futur, IEB plaide pour un durcissement des normes du RRU, en matière
de parking, bien sûr, mais aussi en
matière de liquidité des bâtiments.

En appeler à la responsabilité « citoyenne »

Agir ici et maintenant, c’est bien sûr possible pour les entreprises (voir l’observatoire de la pollution mis en place par la Commission européenne dans le quartier Léopold), mais cette prise de conscience concerne aussi les employés de bureaux.A ceux qui vivent en périphérie (et parfois plus loin encore) dans un environnement sain et qui profitent chaque nuit d’un sommeil réparateur au calme, IEB demande de rentrer en empathie avec la population bruxelloise, en laissant leur voiture au garage, quitte à perdre un peu de temps dans les transports, en changeant leurs habitudes en conjuguant les avantages du train et du vélo partagé, voire, pour ceux qui le peuvent, à revenir habiter en ville.

Quant aux Bruxellois qui continuent à faire leurs courts trajets avec un véhicule d’une tonne et des monceaux de carburant, nous ne leur voyons pour la plupart que bien peu de circonstances atténuantes, c’est pour- quoi d’ailleurs, IEB prône la taxation des parkings de bureaux et un péage urbain qui concerne tout le monde, y compris les Bruxellois !