Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Mobilités à deux vitesses

Bruxelles en mouvements n°321, décembre 2022.

© Benjamin Monti - 2023

Depuis plusieurs mois, l’application du plan de mobilité Good Move enflamme les débats. Pour IEB, cela constitue une preuve que la nécessaire diminution de l’usage de la voiture à Bruxelles demande d’articuler à la fois les enjeux environnementaux et sociaux. Le nouveau numéro de Bruxelles en mouvements vise à la fois à pointer certaines contradictions et angles morts du plan, mais aussi à explorer d’autres pistes d’amélioration de la mobilité bruxelloise.

« Good Move versus Bad Move : anatomie d’une mécanique binaire », l’article qui ouvre ce dossier revient dans le détail sur la mise en œuvre de la politique des mailles apaisées et sur la mobilisation qui a eu lieu à Cureghem ayant abouti au retrait temporaire du dispositif. À revers de la polarisation du débat et des caricatures, le texte en profite pour élargir le spectre et analyser la faillite de la démocratie urbaine bruxelloise, tout en plaidant pour que les politiques environnementales se confrontent à la question des inégalités sociales.

Moins débattu, un autre objectif du plan Good Move, celui de supprimer 65 000 places de stationnement en voirie n’en pose pas moins toute une série de questions, d’autant qu’il est prévu de compenser une partie de cette disparition hors voirie. « Arrêter de cacher la poussière sous le tapis », le second article du dossier pointe certaines contradictions et rappelle que la création d’une place de parking ne constitue pas seulement un incitant à la perpétuation de l’utilisation de la voiture, mais aussi un coût financier certain, que les promoteurs immobiliers ont tendance à répercuter sur le coût du logement, et un coût environnemental, dans la mesure où l’on bétonne des espaces utiles à d’autres fonctions urbaines.

La voiture, pour bon nombre de parents, reste aussi le moyen de transport le plus facile pour réaliser des déplacements avec des enfants et concilier vie professionnelle et familiale. L’article qui suit « Repenser la ville à partir de la mobilité des mères » en appelle à une nouvelle approche des politiques de mobilité et de l’aménagement de l’espace public dans la mesure où le travail du soin, comprenant l’accompagnement d’enfants et de personnes âgées, est majoritairement dévolu aux femmes tandis que les plans de mobilité, l’aménagement des voiries et la conception des infrastructures de transport public sont principalement conçus avec un regard masculin et/ou parfois aveugle aux besoins des personnes à mobilité réduite.

« Gratuité du transport public, la mesure oubliée », le quatrième article de ce dossier constitue un plaidoyer pour l’instauration de cette mesure, une idée pourtant décriée par de nombreux experts en mobilité et économistes, alors qu’elle porte en elle le pouvoir de répondre à la fois à des enjeux sociaux et environnementaux. Prenant le contre-pied de l’augmentation généralisée du coût de l’usage de l’automobile, elle invite à changer de paradigme au profit d’une meilleure solidarité.

Réimaginer le transport collectif comme un bien public et entièrement financé par l’impôt permet de questionner les logiques de contrôle et de surveillance des espaces actuels du transport public telles que décrites dans l’avant-dernier article de ce dossier, « Contrôler les transports publics : pratiques, résistances, alternatives », mais aussi d’interroger la logique de rentabilité qui guide les pratiques managériales de la STIB telles que décrites dans l’article qui clôt ce dossier.

Illustrations : Benjamin Monti