Inter-Environnement Bruxelles

Bêtes urbaines

Bruxelles en mouvements n°328, février 2024.

Le premier Bruxelles en Mouvement de 2024, année des cinquante ans d’IEB, explore les interdépendances de la ville, des humains et des animaux.

Alors que les villes sont souvent pensées comme une sorte d’antithèse de “la nature”, faites de briques, d’asphalte et de béton, concentrés d’artifices humains, perçues comme des espaces inhospitaliers pour les plantes et les animaux, elles sont au contraire grouillantes de vies “sauvages”, c’est-à-dire non contrôlées (et parfois non désirées), et de relations complexes entre de nombreux êtres vivants. Cette intense présence sauvage est amplifiée aujourd’hui par le fait que les villes sont des refuges au milieu de campagnes ravagées par l’agriculture industrielle, l’étalement urbain et la fragmentation spatiale.

Si les animaux transforment la ville (ses habitants, leurs pratiques et le futur de certains lieux), l’inverse est également vrai : la ville transforme les animaux “sauvages”. Leurs taux de reproduction y sont souvent plus élevés (du fait de l’abondance de nourriture), leurs comportements diffèrent des groupes observés “à la campagne” (les renards réputés solitaires se mettent à plusieurs pour “chasser” les poubelles, le faucon pèlerin opère de nuit grâce à l’éclairage nocturne,…) et leur signature génétique s’en différencie. Ce qu’on (re)découvre aussi en s’intéressant aux animaux sauvages urbains, c’est que chaque espèce, voire chaque groupe social au sein d’une espèce, a sa propre histoire et sa propre culture.

Ce numéro du Bruxelles en Mouvements, à travers les sept articles qui le composent, constitue une première invitation à mettre en évidence les interdépendances entre ce qui arrive aux villes, à ses habitant·es et à ses animaux. Au programme : animaux féraux, synanthropes, sauvages, marrons et liminaires, mammifères, insectes, arachnides et oiseaux, renards, rats, punaises, araignées et ténébrions, martinets et faucons pèlerins. Il y est question des conditions de devenirs communs face au capitalisme et à ses dégats (Allan Wei), des longues séquelles de l’usage du DDT, d’une enquête sur des “cultures renardes” en plein coeur de Bruxelles (Chloé Vanden Berghe), de l’importance écologique de la ville en tant que lieu de production de déchets, de la méconnaissance de la vie des rats pourtant au coeur de l’écologie urbaine (Aude Hendrick et Sophie Vanderschueren), de la prolifération des punaises de lit dans le sillon des échanges mondialisés et de ses conséquences différenciées sur la santé (Jean-Michel Decroly), de la génération d’une nature aussi impure que réjouissante dans les ruines laissées par un projet immobilier abandonné (Nicolas Schroeder), d’accueil et d’apprivoisement d’oiseaux en perdition (les martinets) dans une ville qui devient trop lisse (Ariane d’Hoop), et de la médiatisation du retour d’un héros transformé par la ville : le faucon pèlerin (Marius Pailhès).