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La ville en chantier, la ville enchantée

Ville chantée, ville en chantier…

Publié le mercredi 11 juillet 2018, par Claire Scohier

... ville chahutée ou insoumise, ville spéculée et fantasmée, ville d’accueil ou d’exil, ville résistante ou d’oppression, des villes en état de guerre mais aussi de peuples en joie... La ville est une inépuisable source d’inspiration. Nous la déclinons d’années en années au travers des pages de Bruxelles en Mouvements au fil de textes analytiques, journalistiques, scientifiques et critiques ; mais la poésie, le rêve, la flânerie ou la colère sont aussi le terreau de nos réflexions. Maints poètes, philosophes, troubadours, rockeurs et autres slameurs ont mis en mot les villes, leurs turbulences complexes, leur foisonnement vital, leurs lignes de fracture ou encore leur soumission au capital.

Pour constituer ce recueil, nous avons creusé, cherché, fouillé, harponné des textes drôles, percutants ou émouvants, des mots rythmés, entêtants ou tranchants évoquant la ville, ses arbres salis qui se penchent sur des rigoles, ses troupeaux de voitures qui klaxonnent, ses pigeons qui se dandinent au milieu des gravats, ses attachements durables ou ses exils... une ville qui ressemblait hier à une usine géante à ciel ouvert et aujourd’hui parfois à un parc d’attraction. Toutes les villes se prennent avec des mots et nous voulions résister aux sirènes du city marketing et de ses mots valises, aux slogans lisses et passe-partout de nos édiles, au charabia technocratique des urbanistes et autres architectes en mal de reconnaissance, au bla-bla durable des communicants minables.

Ces textes nous parlent de Bruxelles, une ville où plus on parle de mobilité, plus on se fait chier dans les embouteillages, une ville où la langue est une politique et l’amnésie une opinion, une ville où on met les pauvres dans des prisons durables, une ville où le privé-public et l’promoteur pensent d’abord à faire leur beurre. Ils évoquent ses quartiers rassemblant presque tout le genre humain, ses rues embouteillées, ses terrasses remplies de cultureux pensant fond du logement, ses pavés, sa rivière qui verse dans un canal, ses places en chantier ou aseptisées, ses immeubles vides, ses rails qui rampent sous terre, ses tunnels et ses cratères, ses bureaux qui poussent comme des champignons, ses supporters devant la Bourse qui attendent le début du match, ses chômeurs ou ses businesswomen et leurs valises à roulettes dans les couloirs du TGV, ses manifestations éparpillées, son quartier des lobby, ses filles de l’est à l’arrière de la gare du nord...

Nous quitterons aussi Bruxelles pour rejoindre Ostende, Toulouse, Marseille ou Beyrouth… Une récolte subjective de textes poétiques ou chantés, couchés sur le papier pour mieux les ancrer/encrer dans nos mémoires, certains célèbres, d’autres méconnus ou oubliés, certains éphémères, d’autres ayant traversé les siècles, certains trouvés dans des recueils, d’autres glanés lors d’un concert, certains immuables, d’autres détournés le temps d’un cri, d’un combat dans un quartier chamboulé par des politiques publiques ou privées. Voilà de quoi donner des idées, rythmer et chalouper vos mois d’été... et tous ceux qui suivront.

Claire Scohier
Inter-Environnement Bruxelles

Bem n°295 - Juillet-août 2018

Bem n°295 - Juillet-août 2018

Dernier ajout : 15 octobre.