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Un port de plaisance à Anderlecht ? Une charge publique anti-sociale pour un profit privé !

Publié le mercredi 7 juin, par IEB

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Le projet de Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) de Biestebroeck intégre un « bassin » de 5 000 m² destiné à accueillir des yachts en plein cœur d’Anderlecht. Le Comité de Biestebroeck et les associations dénoncent le gaspillage de ce précieux foncier juste pour répondre aux appétits des promoteurs, demandent de privilégier les activités productives dans la zone, de plafonner la part de logement et réclament des mesures pour favoriser le logement social.

Les associations se rassuraient du fait que le projet de PPAS cadrait suffisamment les affectations de l’îlot pour freiner l’éventualité d’un tel projet totalement inapproprié à cet endroit. Quel ne fut pas leur étonnement lorsqu’elles découvrirent début mai 2017 la nouvelle mouture du projet de PPAS intégrant un « bassin » de 5 000 m² destiné à accueillir des yachts en plein cœur d’Anderlecht. La commission de concertation est prévue ce jeudi 8 juin à 9 h. Le Comité de Biestebroeck et les associations sont abasourdis de l’attention ainsi portée par les autorités à ce qui de toute évidence aurait dû rester de l’ordre du fantasme urbanistique.

Un projet sans plus-value et anti-social

Excepté son rôle spéculatif, il ne présente aucune plus-value ni pour le quartier ni pour la Région. L’actuel port de plaisance de la Région, le Brussels Royal Yacht Club (BRYC) n’est rempli qu’à 60 % et sert essentiellement de port d’hivernage en raison du peu d’avantage pour la navigation de plaisance sur la canal en direction de Charleroi. Le projet, s’il rencontre un certain succès, ce qui est douteux au vu de son mauvais emplacement (lire ci-dessous), viendra directement concurrencer le BRYC déjà sous-utilisé.

Le foncier bruxellois est trop précieux pour le gaspiller en vue de réaliser une marina de 5 000 m² entourée de logements haut de gamme hors de portée du revenu moyen des Bruxellois.e.s et certainement des habitants de ce quartier populaire. C’est ce que n’a pas manqué de pointer le Conseil consultatif du logement dans son avis rendu le 19 mai 2017 en reprenant les inquiétudes évoquées dans le rapport d’incidences environnementales (RIE p.162) : la création de la marina « pourrait s’accompagner d’effets négatifs pour la population vivant actuellement dans le quartier environnant comme la réduction du stock de logements accessibles. (…) Le risque est grand de créer une exclusion sociale et une véritable rupture avec les quartiers voisins plus pauvres ».

Le pire endroit pour une marina !

Il apparaît à la lecture du RIE que de nombreux obstacles techniques pèsent sur la réalisation d’une marina à cet endroit. Le canal de Bruxelles à Charleroi donne la priorité au transport de marchandises ce qui occasionne en été de longs temps d’attente pour les bateaux de tourisme. C’est pourquoi la plupart des plaisanciers lui préfèrent des canaux à usage plus touristique avec moins d’écluses (on compte 2 bateaux/jour en période touristique). Par ailleurs la voile n’est pas autorisée à Biestebroeck. Il faut dire qu’il existe entre l’écluse d’Anderlecht et le BRYC pas moins de 19 ponts quasi tous fixes.

Durant les crues, la navigation est interdite car les deux écluses sont submergées. En outre, le bassin viendrait s’implanter dans une partie étroite du canal formant un coude et donnant peu de visibilité au trafic rendant les manœuvres à cet endroit très délicates sachant que les péniches sont prioritaires et que les berges du canal sont élevées, accroissant encore la mauvaise visibilité.

Le bassin nécessitera de dévier une piste cyclable très utilisée le long du canal. Et surtout, il obligera à dévier un important collecteur de Vivaqua ce qui nécessitera le placement d’un nouveau collecteur avec des techniques spécifiques en raison de la proximité de la nappe phréatique.

Un coût démesuré au profit non partagé

Le RIE souligne encore que « si la demande (résidence de standing et de plaisance) n’est pas rencontrée le projet est voué à l’échec. Il existe malheureusement des exemples, dont Londres et Saïda au Maroc, pour lesquels la marina a créé un grand décalage trop difficile à combler pour les promoteurs. Le résultat a été un investissement massif de la Ville pour la maintenir en fonction (…) En effet, il s’agit d’un bassin créé en intérieur d’îlot sur lequel tout développement par la suite est fort compliqué ».

Il est évident que si un promoteur s’embarque dans une telle aventure c’est parce que le projet de marina augmentera la valeur des logements au pourtour mais sans garantir le fonctionnement ultérieur de l’infrastructure. En réalité, c’est une fois encore les pouvoirs publics qui prennent le risque et le secteur privé qui récupère les bénéfices.
Or les coûts estimés de l’opération sont conséquents. L’aménagement du bassin lui-même est estimé à 575 000 euros, le prix du déplacement du collecteur à 1 400 000 euros et l’évacuation des terres pour la réalisation du bassin à 3 000 000 euros. En outre, l’emplacement choisi est situé à un endroit où les déchets et alluvions ont tendance à s’accumuler, ce qui nécessitera un dragage fréquent et coûteux estimé à 70 000 euros/an.

Le coût de l’investissement d’un tel projet a pour conséquence qu’il faudra 60 ans pour rentabiliser l’infrastructure en partant du principe que tous les emplacements seront occupés (peu probable) pour un abonnement annuel de 1 600 euros (c’est le prix de la marina d’Anvers qui offre des avantages bien plus compétitifs).

Si le projet de marina est l’ultime fleuron de l’urbanisme spéculatif en cours, rappelons que c’est la quasi totalité du projet de PPAS qui conduira, s’il est adopté, au gaspillage d’un précieux foncier juste pour répondre aux appétits des promoteurs.

Lisez à ce sujet le communiqué des associations lors de la première enquête publique [1] où elles rappellent et demandent que :

  • le PPAS opte pour une typologie spatiale plus favorable à l’installation des activités productives.
  • l’instruction des projets essentiellement caractérisés par le logement soit gelée aussi longtemps que des prescriptions plus encadrantes n’auront pas été adoptées.
  • conformément à la philosophie de la ZEMU et pour privilégier les activités productives, la part du logement soit plafonnée à 40% des superficies de plancher.
  • des mesures claires soient prises pour assurer que 30 % du logement construit dans le périmètre soit public dont la moitié en social.

Contacts

  • Inter-Environnement Bruxelles (IEB), Claire Scohier, 0473/66 75 05.

  • Union des locataires d’Anderlecht (ULAC), Abderazzak Benayad, 0477/56 07 85.

  • Centre de rénovation urbaine (CRU), Karel Vermeersch, 02/522 62 23.

  • Bruxelles Fabriques, Guido Vanderhulst, 0477/250 961.


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