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Tir groupé contre la prison !

Publié le mercredi 4 mars 2015, par IEB

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Jeudi dernier, un débat très vivace s’est tenu dans l’enceinte du Palais de Justice à l’appel de l’Association syndicale des magistrats (ASM) et d’IEB. La question du jour : « Une méga-prison à Haren en 2018 : les carottes sont-elles cuites ? » Comme nous le rappelions dans un communiqué de presse au mois de juillet 2014, il est temps de penser l’alternative !

Pour répondre à celle-ci, des représentants de l’administration pénitentiaire (les représentants du SPF Justice ayant une fois de plus décliner l’invitation), de l’ASM, d’IEB, de l’ARAU, du barreau francophone de Bruxelles, du projet Huizen et le 1er échevin de la Ville de Bruxelles. Excepté l’administration pénitentiaire venue défendre la qualité d’un projet qu’elle est en charge d’exécuter, les critiques furent unanimes. Tous les orateurs ont pointé le déficit démocratique de ce projet, l’absence de consultation des secteurs concernés. L’ASM de rappeler que la Cour des comptes a souligné le manque d’étude préalable sur les problèmes de capacité pénitentiaire et le choix du type de prison. Et l’ARAU de pointer dans la foulée qu’aucune alternative n’a véritablement été étudiée. Les décideurs ont fait le choix de se concentrer sur une seule option : la construction de la plus grande prison de Belgique alors que l’expérience démontre que l’augmentation de la capacité carcérale n’apporte aucune solution à la surpopulation des prisons.

Les associations ont dénoncé avec force le gigantisme d’un projet, « un supermarché de la détention », par ailleurs très coûteux d’autant que sa réalisation sous forme de partenariat public-privé grèvera le budget public pendant 25 ans. Autre source partagée d’inquiétudes, l’éloignement du complexe pénitentiaire du centre-ville et du Palais de justice qui ne manquera pas de perturber l’exercice serin de la justice et donc d’impacter négativement les droits de la défense, sans compter l’exclusion renforcée des détenus qui risquent d’être moins visités, que ce soit par leurs avocats, leurs familles ou les autres associations d’aide aux détenus. Ne vaudrait-il pas mieux rénover la prison de Saint-Gilles bien mieux connectée au tissu urbain, aux transports publics et au Palais de justice ? Repenser notre système carcéral comme le propose le projet Huyzen ?

L’ARAU, IEB et la Ville de Bruxelles n’ont en outre pas manqué de souligner le manque d’intégration urbaine d’un tel projet qui ne pourra que renforcer l’enclavement de Haren déjà ceinturé par une multitude d’infrastructures : Ring, dépôt STIB, OTAN, Diabolo ferroviaire,… renforçant le statut de Haren comme « poubelle » de la Région. L’ARAU et IEB rappellent en outre la multitude de projets en cours à proximité, notamment le fameux projet de centre commercial Uplace, qui vont décupler les problèmes de mobilité et de congestion déjà bien présents dans la zone, des kilomètres de files en perspective.

Le débat fut aussi l’occasion de creuser les motivations de la Régie des bâtiments, propriétaire du foncier pénitentiaire à Saint-Gilles, Forest et Haren. Cette dernière se comporte comme un promoteur immobilier en laissant pourrir la prison de Forest, justifiant ensuite par ce laisser-aller la nécessité de la démolir, récupérant un foncier dont les plus-value sont indubitables. Et le 1er échevin de s’interroger sur les compensations au profit de la Ville de Bruxelles qui doit accueillir sur son territoire le mastodonte sans partager les bénéfices de l’opération immobilière.

Enfin l’ARAU clôturera ce débat en déclarant le terrain de Haren comme « le Larzac » de Bruxelles en plaidant pour le maintien d’une ceinture verte autour de la Région et le développement d’une ferme urbaine à cet endroit. Comme nous le rappelions dans un communiqué de presse au mois de juillet 2014 [1], il est temps de penser l’alternative !


Présence IEB

Dernier ajout : 22 juillet.