Inter-Environnement Bruxelles

Sur un plateau d’argent

Article publié le 17 décembre 2019.
Version imprimable

Une de plus. La succession de ventes de biens publics par la Région bruxelloise continue, la Région ayant décidé de vendre à Atenor, AG Real Estate et Axa-IM (trois géants très actifs de la promotion immobilière en RBC) l’immeuble CCN qui abrite une partie de l’administration régionale.

© Andreas Stathopoulos

Cette dernière devra donc prendre ses nouveaux quartiers à partir de 2021 dans la Silver Tower, bâtiment privé, et dès lors s’acquitter d’un loyer à l’instar de l’administration d’Actiris. Après la vente de son siège du centre-ville, celle-ci est désormais locataire de bureaux à Saint-Josse pour un montant annuel de 5,5 millions d’euros et ce, pour une durée de 25 ans. En 2016, le loyer a même été indexé à 7,2 millions d’euros. Un exemple de plus de la dilapidation des biens publics au profit du secteur privé qui gagne sur tous les plans : celui de l’acquisition et celui des loyers exorbitants, payés par les contribuables.

En parallèle, la Région lance des Plans d’Aménagement Directeurs (PAD) sur plus d’une dizaine de quartiers bruxellois, un nouveau dispositif à visée planificatrice et réglementaire qui a entre autres pour particularité de pouvoir déroger à toutes les autres orientations planologiques. Et ce, tout en étant dispensé des Commissions de concertation, seul lieu formalisé où les habitants peuvent s’exprimer. L’outil semble avoir été conçu de manière à pouvoir assouplir toute réglementation susceptible de freiner les ardeurs des promoteurs immobiliers. Aurait-il la vertu d’accélérer la procédure dans l’intérêt public ? Pour enfin construire des milliers de logements sociaux dont la Région a cruellement besoin ? Il n’en est rien. Bien qu’ayant des « superpouvoirs », un PAD ne pourrait pas fixer des typologies de logements dans son programme [1] et donc une parité de logements sociaux...

Cette vision de l’aménagement du territoire qui consiste principalement à « sécuriser les promoteurs et les architectes » et à « équiper les quartiers (écoles, crèches, centres sportifs, espaces publics, espaces verts) pour rendre la ville attractive et donner envie aux investisseurs de s’y déplacer » [2], selon les mots de Philippe Close, s’attacherait, nous dit-on, à tirer les leçons du passé et à tourner définitivement la page de la Bruxellisation.

Parce qu’ils sont présentés comme smart, win-win ou green, ces projets de partenariats public-privé se parent d’exemplarité pour annoncer un changement de pratiques. En réalité, ils servent surtout à dégager de nouvelles rentes et à en reporter les coûts sur la collectivité. Le constat initial de la Bruxellisation demeure dès lors inchangé : nos élus offrent la ville sur un plateau d’argent aux promoteurs immobiliers. Est-ce bien là leur rôle ?


[1Le PAD Heyvaert fait figure d’exception pour le moment. La preuve que quand on veut on peut ?

[2Philippe Close face au monde immobilier : « N’ayons plus peur. Osons l’originalité », in Trends/Tendances, 03/10/19.