Inter-Environnement Bruxelles Inter-Environnement Bruxelles

Solutionner la congestion à Bruxelles : le péage urbain plutôt que l’élargissement du Ring

Publié le jeudi 23 octobre 2008, par IEB

Tags :

Carte blanche de la plate-forme Modal Shift parue dans le Soir du jeudi 23 octobre 2008.

Depuis cet été, pas une semaine ne se passe sans que la presse se fasse l’écho du dossier d’élargissement du Ring au Nord de Bruxelles. C’est dans ce contexte qu’est née la plate-forme Modal Shift[1] dont le leitmotiv est de plaider pour un transfert modal écologique du transport (modal-shift) plutôt qu’en faveur du développement d’une multi-modalité tout azimut accroissant nos mobilités quotidiennes et les pressions que celles-ci exercent sur notre environnement. Alors que la Région bruxelloise s’apprête à rendre son avis auprès de la Région flamande dans ce dossier épineux, Modal Shift propose une solution énergique pour résoudre le trop-plein de voitures qui congestionnent le Ring et la Région bruxelloise : le péage urbain.

JPEG - 21.9 ko
Ring vers Zaventem - 29 septembre 2008

Retour sur les prémisses de ce dossier. Il est indiscutable que le Ring et la Région bruxelloise sont saturés par un flot de véhicules toujours grandissant et que la capitale voit d’année en année, à l’instar d’autres zones en Région flamande, son accessibilité se retreindre à peau de chagrin. Pas étonnant lorsqu’on sait que selon les derniers chiffres de l’association européenne du secteur automobile, la Belgique est un des rares pays européens où les immatriculations sont en hausses en 2008 (+ 5,3% par rapport à la même période en 2007). La Région flamande a donc récemment sorti de ses cartons un projet d’envergure qui élargit sensiblement le R0 entre la E40 Gand et la E40 Liège, jusqu’à 18 bandes à certains endroits. La solution miraculeuse consiste à séparer, sur le Ring, les bandes de circulation consacrées au trafic de transit de celles consacrées à la circulation locale. Bien que la plupart des partis flamands semblent se féliciter de cette solution (seul Groen ! se prononce franchement contre le projet), d’autres voix expriment des inquiétudes profondes sur les effets économiques, écologiques et sociaux globaux d’un tel projet à court mais surtout à long terme. Il est évident qu’un projet d’une telle dimension mérite le temps de la réflexion. Deux questions ne peuvent être éludées : quels sont les effets pour Bruxelles sur le court et le long terme de ces plans et d’autres solutions alternatives ne permettent-elles pas d’atteindre un résultat plus probant ?

Estimer l’impact d’un élargissement jusqu’à 18 bandes, suppose une vision claire des flux et déplacements qui traversent Bruxelles en relation avec le Ring. On peut identifier quatre mouvements. Les plus importants concernent les navetteurs (environ 240.000 navettes entrantes en voiture). Viennent ensuite les déplacements internes à Bruxelles qui utilisent le Ring pour éviter la circulation en ville, suivis des déplacements de commune à commune périphériques. Termine « la marche », la circulation de transit qui touche la ville pour éviter la congestion du Ring (déplacements baïonnettes).

Prendre position en faveur de l’élargissement du Ring n’incitera certainement pas les navetteurs à prendre le train pour se rendre à Bruxelles. Infrabel réalise actuellement des investissements pour accroître la capacité de la circulation en train depuis et vers Bruxelles et le RER offre certainement des perspectives en ce sens. Une utilisation optimale de ces infrastructures ferroviaires par un transfert modal ne pourra certainement pas être atteinte en cas d’élargissement sensible du Ring. Elle pourrait l’être, par contre, grâce à l’introduction d’un péage urbain dans la zone de Bruxelles la plus touchée par la navette. Par la même occasion, l’offre en transport en commun serait améliorée dans cette zone grâce à l’affectation des recettes du péage au transport public. Pour répondre aux déplacements de commune à commune périphériques, le RER devrait être pensé non seulement en radial mais aussi en rocade pour canaliser ces déplacements.

Le nombre de déplacements en voiture internes à Bruxelles continue d’augmenter. Mais seule une infime partie fait usage du Ring pour échapper à la congestion intra- bruxelloise. Les déplacements baïonnettes (45.000 déplacements par jour) répondent au même réflexe mais inversé en cas de saturation du Ring. L’élargissement du Ring permettra effectivement de capter cette circulation en diminuant la pression dans Bruxelles. Mais la libération de l’espace en Région bruxelloise entraînera par effet de vase communiquant le retour dans la ville des mouvements internes à celle-ci cités ci-dessus, l’usage du Ring perdant tout intérêt. On peut donc conclure cette équation par un résultat nul. Alors que la combinaison du RER et du péage urbain aura un effet global positif pour Bruxelles en termes de diminution de la pression automobile pour autant que les mesures d’accompagnement liées à la gestion du stationnement, à la hiérarchisation des voiries et à l’amélioration de l’offre en transport public soient adoptées. Les études menées dans le cadre du Plan Iris 2 sont formelles : seul le péage urbain permet de diminuer la pression automobile de plus de 20% en Région bruxelloise. Et contrairement à ce qu’affirme le Ministre de la mobilité bruxelloise, le projet de plan Iris 2 pointe le risque créé par une amélioration sensible de la capacité du Ring, laquelle ferait repartir à la hausse le trafic à destination de la Région.

Ce raisonnement trivial a d’ailleurs été mené par le directeur d’étude de Stratec, Hugues Duchâteau, qui concluait déjà en juillet dernier qu’il donnait 5 à 10 ans au Ring, après élargissement, pour atteindre un même point de saturation. Coût des grands travaux inutiles : un milliard d’euros. Il pose le péage urbain comme solution majeure pour décongestionner le Ring.

Le Ring a actuellement trois fonctions : permettre le trafic de transit, améliorer l’accessibilité de la périphérie flamande et celle de Bruxelles. Son usage prioritaire devrait se fixer sur sa fonction de transit puisque le RER est censé décharger le Ring, d’une part, des navetteurs grâce à sa dimension radiale et, d’autre part, des déplacements inter-communaux grâce à sa forme de rocade. Pour Bruxelles, le péage urbain et une politique de stationnement solide diminueront drastiquement la pression en réorientant les automobilistes vers des comportements mobiles plus rationnels et écologiques. Tôt ou tard nous arriverons à cette conclusion. Mais pourquoi attendre alors que nous pouvons en tirer dès à présent les bénéfices.

Quant à l’étude sur l’élargissement du Ring Nord, Modal Shift considère qu’elle doit être subordonnée à la réalisation préalable de deux mesures :

  1. l’amélioration de l’administration de la circulation sur le Ring par la création d’un centre dynamique de gestion de la circulation, assurant la gestion dynamique et en temps réel de la sécurité, des itinéraires, des panneaux d’information, de la vitesse optimale,...
  2. une meilleure intégration des différents réseaux de transport public et l’élargissement des réseaux transfrontaliers pour améliorer l’accessibilité des communes périphériques et leur liaison optimale à Bruxelles.

Modal Shift restera vigilant dans ce dossier urbicide. Pour plus d’informations sur la plate-forme, vous pouvez visiter le site : www.modalshift.be.



[1] Modal Shift se compose actuellement de : BBL, Bral vzw, BTTB, Fietsersbond, FoE Belgium, Gracq, Greenpeace Belgium, IEB, IEW, Mobiel21.


Prises de position

Dernier ajout : 21 janvier.