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Mobilité

Saint-Gilles tourne autour des voitures et les voitures tournent dans Saint-Gilles

Publié le lundi 19 avril 2010, par Jérôme Matagne, Nicolas Prignot

A l’initiative du Comité de défense de Saint-Gilles, 4 comités de quartiers ont alerté les Saint-Gillois de la volonté des édiles locaux de creuser un parking souterrain sous le Carré Hôtel des Monnaies, jouxtant le parvis de Saint-Gilles.

Pour prévenir les habitants et les habitués du bas de la commune, 4 comités de quartier saint-gillois ont organisé une soirée d’information ouverte à tous. Des représentants de la commune et de la société Interparking ont été invités ce 9 mars à présenter leur ambition et leur projet pour le parvis. Ensuite, c’est IEB et l’ARAU qui ont exprimé leur point de vue avant de laisser la parole à la salle.

« Des voitures pour dynamiser Saint-Gilles ! »

Un parking de 200 places est donc dans les cartons. En réalité, il y est de longue date. Il y a quelques années, une première étude de faisabilité avait déjà été réalisée. Toute personne sensée aurait pensé que l’idée serait
abandonnée suite aux conclusions de cette étude. En effet, la rentabilité
du projet paraissait douteuse en raison des difficultés techniques dues à
la présence d’une nappe phréatique. Mais la commune n’en a eu cure car
elle ne doute pas de la pertinence du projet et fera appel à un PPP partenariat public-privé) pour financer les travaux. Elle envisage de financer le fonctionnement du parking à l’aide des revenus des horodateurs placés
en surface. Une étude d’incidence a également été réalisée, qui réitère les
conclusions de la précédente étude, mettant fort en doute la rentabilité
financière du projet.

Pour faire passer la pilule du parking souterrain, la commune y associe un
réaménagement de la surface de la place sans voitures. Un grand piétonnier qui correspondrait avec la volonté de faire du parvis un pôle d’attraction
culturel/horeca, en ouvrant des cafés « branchés » et en rénovant l’Aegidium dans le but de créer un restaurant et une salle de congrès. On le voit, l’ambition est de « revitaliser » le quartier et d’attirer une clientèle sans cesse plus nombreuse, principalement en soirée mais pas d’améliorer la qualité de vie des habitants. D’ailleurs, vu le prix des travaux, le montant
de l’abonnement pour les riverains devrait achever de les convaincre
qu’ils ne font pas partie du public cible. soulignons que les 200 places
prévues font plus que compenser la perte de parking en surface et que
les offres de parking privé à proximité ne manquent pas : ne citons que le
parking de la Porte de Hal (offrant 503 places), distant de moins 500 mètres,
et... qui ferme ses portes à 20h et le week-end !

Un projet du passé

La commune entend bien sûr faire une « large concertation publique » afin de recueillir l’avis des citoyens. En effet, une enquête publique aura lieu à l’été. Néanmoins, elle n’offrira que 15 jours aux personnes désireuses d’être informées et de faire valoir leur droit d’être entendues quant aux atteintes à leur environnement. C’est pourquoi, sans attendre le coup d’envoi politique, ces comités de quartiers ont présenté le projet à leurs concitoyens.

Lors de cette soirée, de nombreux doutes ont été exprimés sur la réelle
volonté de la commune de remettre en question l’option du parking souterrain. Tout d’abord, pour réaliser le parking, la commune a déjà voté
une proposition de PPAS dérogeant au PRAS. De plus, l’opposition souligne
le fait que, dans le cahier des charges de l’étude d’incidences, l’option
« réaménagement sans parking » a été introduite en toute dernière minute,
et acquise de haute lutte. Enfin, l’entêtement de la commune qui prévoit ce parking depuis plus de dix ans et s’oppose à tout autre projet de
réaménagement de la place publique n’augure rien de bon. L’opposition
souligne ainsi que le réaménagement de la place aurait pu avoir lieu dans
le cadre du contrat de quartier Métal-Monnaie entre 2004 et 2007.

Vive la place Flagey !

La position d’IEB par rapport à un nouveau parking souterrain ne surprendra pas les lecteurs. Une nouvelle infrastructure accueillante pour les bagnoles n’aidera en rien à la diminution attendue de la pression automobile (et pourtant défendue par Saint-Gilles !) dans un des coins de la Capitale les plus accessibles en transport public. Les quelques millions d’euros dépensés ici (l’étude d’incidences estime le coût des travaux à 6 millions d’euros) trouveraient un but plus utile parmi les nombreuses priorités régionales. Si la place a sans doute bien besoin de devenir autre chose qu’un lieu de passage, l’option parking est à oublier. L’augmentation du nombre de places de parking qui seront utilisées par des extérieurs à la commune risque bien de saturer toutes les rues avoisinantes, d’augmenter la pollution de l’air, et d’entraîner tous les problèmes liés à l’augmentation du trafic automobile. Les tarifs pratiqués dans ce genre de parking rendant les places inabordables pour les habitants, ce ne seront pas eux qui en profiteront. S’il y a un regain d’attractivité du quartier en voiture, il ne faut pas non plus imaginer que tous les automobilistes se précipiteront sur un parking payant, alors que les places de surface sont gratuites après 19h... ce qui risque d’entraîner encore plus de circulation, les automobilistes cherchant à se garer gratos, et tournant en rond dans le quartier.

C’est un chantier de plusieurs années qui attend les amoureux du parvis. Au vu du succès d’une autre priorité du bourgmestre empêché, la revitalisation du quartier de la gare du Midi, les années risquent d’être très longues. Et si on ajoute à cela la difficulté technique entraînée par la présence d’une nappe phréatique comme sous la place Flagey, on semble être bien loin des deux années de travaux annoncées par la commune.

Quant à l’aspect en surface du futur Carré de l’Hôtel des Monnaies, un
renouveau est d’ores et déjà prévu. Il y a près de deux ans déjà, une autre
agence d’urbanisme mandatée par la commune a présenté un dessin sympathique pour cette place actuellement terne et pavée. Sur les différentes esquisses, on trouvait beaucoup de verdure, des pelouses et des bancs, des terrains de sport mieux intégrés voire même une activité commerciale. Par contre, pas une seule place de parking mais bien une trémie de stationnement souterrain. Il semble que tout le monde veuille de ce parking...

Nicolas Prignot et Jérôme Matagne

BEM n°235 – 19 avril 2010

BEM n°235 – 19 avril 2010

Dernier ajout : 19 novembre.