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Dossier prison

Saint-Gilles et Forest : quelles priorités pour le réaménagement des prisons ?

Publié le mercredi 26 juin 2013, par Raphaël Vanden Bosch

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Les prisons bruxelloises sont vétustes, inadaptées et surpeuplées. La perspective d’assister dans un avenir proche au déplacement de la population pénitentiaire bruxelloise vers un nouveau pénitencier à Haren fait débat. Tout comme les futures affectations des lieux, vidés bientôt de leurs occupants.

Dans ce quartier situé à la frontière de Saint-Gilles et de Forest, une première réaction consisterait à se réjouir de bientôt voir cesser le ballet des hélicoptères de surveillance lors des transferts de détenus. Oubliée aussi la valse des fourgonnettes, toutes sirènes hurlantes, transportant les détenus. Dans le quartier, les nuisances liées à l’activité des prisons sont, certes, un tantinet pénibles.

Mais à y regarder de plus près, la désaffectation des lieux a surtout de quoi inquiéter les riverains – mais pas que ces derniers, tant les enjeux sont plus globaux et sociétaux. C’est surtout, une nouvelle fois, l’absence de dialogue et de transparence sur les intentions des propriétaires du site – 10 hectares, quand même – qui irrite. Les enjeux pointés par les membres du CODES sont de trois ordres :

  • de manière générale, les riverains s’étonnent légitimement de voir la population carcérale sans cesse augmenter au-delà des capacités d’accueil. La situation actuelle est l’occasion rêvée de réfléchir vraiment au sens même de la peine et de la manière de l’exécuter. Des mesures alternatives existent : il faut les utiliser prioritairement. Il y a lieu aussi de se poser la question de l’aide à la réinsertion sociale des prisonniers, quasi inexistante actuellement. Autant de sujets à propos desquels les autorités semblent curieusement faire l’impasse ;
  • le choix de déporter la population carcérale en bordure de la région suscite également l’interrogation. Cet éloignement va rendre la vie très compliquée pour tout ce petit monde qui gravite autour de la prison. Non seulement pour les familles et connaissances des prisonniers, mais aussi pour les avocats, le personnel, les fournisseurs. Une prison en ville garde tout son sens. Sa proximité des tribunaux et le centre-ville garantissent une immersion dans le réel qui ne peut qu’être galvaudée en périphérie ;
  • enfin, si la décision de désaffecter la prison l’emportait, la dimension du site serait l’occasion de déployer dans ces quartiers des lieux de convivialité, de respiration, de vie. Les riverains ne sont pas particulièrement attachés au patrimoine que constituent ces infrastructures pénitentiaires. La priorité n’est pas là, cependant il serait souhaitable de conserver certaines parties de cet ensemble architectural qui ont une valeur architecturale remarquable et qui constituent également une trace du passé. Question de ne pas tout raser pour le plaisir de raser.

Par quoi sera comblé le vide de ce gigantesque espace si les prisons déménagent : l’enjeu est primordial. Nous y voyons l’occasion de dynamiser ce quartier en répondant à certains défis que connaît Bruxelles aujourd’hui.

L’occasion est trop belle de présenter une épure qui proposerait du logement mixte (mais surtout public et social), des commerces de proximité, un pôle scolaire ou académique (une extension de la faculté d’architecture de l’UCL voisine), des équipements collectifs et des espaces verts.

Et tout cela, bien sûr avec une vision d’ensemble cohérente.

Les riverains des abords des sites veulent être associés dès aujourd’hui aux réflexions quant à la future affectation des lieux. Et nous manifestons avec vigueur et détermination notre refus de voir fleurir des logements luxueux, de nouveaux bureaux ou des tours.

Raphaël Vanden Bosch
Comité de Défense de Saint-Gilles (CODES)

BEM n°264 – Mai-juin 2013

BEM n°264 – Mai-juin 2013

Dernier ajout : 17 juillet.