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Bruxelles en mouvements n°296 : ré-industrialiser la ville, une question politique !

Publié le mercredi 10 octobre, par IEB

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La ré-industrialisation de la ville n’est plus un tabou. Après s’être profondément désindustrialisées, les villes se voient enjoindre par l’Europe de se réindustrialiser. C’est devenu un leitmotiv depuis la crise financière de 2008. Quel projet politique se cache-t-il derrière l’engouement pour la ville industrielle ? Pourquoi développer et maintenir l’activité productive en ville ? Telles sont les questions posées dans ce numéro de « Bruxelles en mouvements » (n°296, septembre-octobre 2018).

La ré-industrialisation de la ville n’est plus un tabou. Après s’être profondément désindustrialisées, les villes se voient enjoindre par l’Europe de se ré-industrialiser. C’est devenu un leitmotiv depuis la crise financière de 2008. La réindustrialisation de la ville est brandie comme une solution mais peut emprunter divers chemins de traverse. Pour certains, il s’agit de développer l’économie créative, les fab-labs, la smart city et autre imprimante 3D, la ville industrielle prenant le chemin de la révolution digitale organisée autour de la gestion de données et de flux (le big data). D’autres courants plaident pour une approche plus centrée sur l’activité manufacturière d’un type plus traditionnel mais se voient parfois taxés de nostalgique de la période industrielle. Quel projet politique se cache-t-il derrière l’engouement pour la ville industrielle ?

Il est certain que la réflexion supra-locale portant sur la ré-industrialisation des territoires urbains combinée à une crise de l’emploi peu qualifié bruxellois à un moment où la flambée des prix du foncier de la Région pousse plus que jamais les dernières entreprises vers la périphérie, tout ceci a ravivé l’intérêt des institutions pour les activités productives en ville. Les nombreux plans et études lancés sur le sujet en témoignent : le dernier numéro des rapports de l’Observatoire des activités productives, le Plan Marchandise, la recherche Cities of Making, le Plan Régional d’Économie Circulaire (PREC), les ateliers de Architecture Workroom, la Chaire en économie circulaire et métabolisme urbain… sans oublier le futur Plan Industriel du cabinet Gosuin prévu pour la fin de cette année. D’importantes zones d’ombre planent sur les options choisies.

L’orientation majeure des politiques régionales de ces dix dernières années met l’accent sur le développement hautement technologique, s’adressant à des travailleurs hautement qualifiés, les services de pointe et les fonctions internationales de la ville, prenant comme point de départ le très peu démocratique Plan de Développement International (PDI) de 2007. Les volontés de réduire l’empreinte environnementale, de diminuer la congestion automobile ou de gagner en indépendance par rapport à des productions externes à la ville en accueillant plus d’entreprises d’activités productives en ville, semblent rester des vœux pieux dès lors qu’aucune mesure forte n’est là pour restaurer l’équilibre entre les forces économiques exogènes largement dominantes et les forces endogènes malmenées.

Notre modèle actuel produit un accroissement de la dualisation sociale en se reposant sur une économie de l’international peu redistributive. Face à ce constat, IEB cherche a promouvoir un équilibre régional qui mettrait davantage l’accent sur l’économie endogène. C’est dans cette préoccupation politique qu’IEB inscrit sa démarche autour de la place des activités productives en Région bruxelloise. Il s’agit bien de promouvoir un débat public et politique sur les besoins et les apports des activités productives au-delà d’un mythe abstrait du retour à l’industrie ou d’une croyance dans l’avènement de la smart city. Pragmatiquement, nous plaçons le curseur à partir de l’existant pour identifier les besoins premiers sous l’angle d’un progrès social et environnemental, plutôt qu’en fonctionnant sur des critères abstraits de métabolisme urbain hors-sol.

Il s’agit de défendre la valeur d’usage de nos sols sur leur valeur marchande. Le présent dossier pose la question du pourquoi, avant celle du comment développer/maintenir l’activité productive en ville, et tente de ne pas tomber dans le panneau d’une réindustrialisation urbaine épousant les contours d’une économie cannibale ou d’une planification continuant à faire des rentes des territoires de la ville le critère de sélection de ce qui s’y implante. Il fait le choix d’être attentif aux effets environnementaux, sociaux et redistributifs des politiques économiques au bénéfice des populations de la Région bruxelloise.
 

Consultez le sommaire du Bruxelles en mouvements n°296, septembre-octobre 2018.


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