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Patrimoine immobilier : il faut classer l’avenue du Port

Publié le mardi 5 novembre 2013, par IEB

L’alignement des 300 platanes a été sauvé de haute lutte, mais Bruxelles-Mobilité ne se presse pas pour replanter ceux qui ont été coupés. Voilà qu’il est à nouveau question d’asphalter cette avenue centenaire, de jeter ses 1 500 000 pavés (tous taillés à la main). L’APPP [1] veut que ce témoin industriel et portuaire soit définitivement protégé. C’est une question de respect, de charme et de beauté… et d’emploi.

L’avenue du Port est une avenue industrielle et portuaire, tracée en 1903 pour desservir le site emblématique de Tour et Taxis. Elle a été conçue pour un trafic intense, lourd, et lent. Longue de 1 600 mètres, large de 30 mètres, ses proportions sont classiques (1/5 - 3/5 - 1/5) : deux trottoirs de 6 mètres, plantés de quelque 300 platanes, et une chaussée de 18 mètres, composée d’un million et demi de pavés de porphyre.

Malgré son peu d’entretien, elle a résisté au temps. C’est la dernière avenue portuaire conservée en Belgique.

La possibilité technique de la rénover existe, bien que les règles de l’art du pavage solide sur sable soient en voie de disparition (les autorités préfèrent de nos jours noyer les pavés dans le ciment : du travail vite fait, moins solide, et qui rend les pavés irrécupérables). L’immense avantage du pavage traditionnel est que les pavés de porphyre – une roche belge très dure – sont indéfiniment réutilisables. Il faut cependant les redresser tous les vingt ans (alors que ré asphalter doit se faire plus fréquemment). On constate aussi la très faible empreinte écologique du pavage traditionnel au sable. Repaver une chaussée comme l’avenue du Port donne de l’emploi à 40 paveurs pendant 7 mois, soit 1 600 000 € distribués en salaires tous les vingt ans. C’est le moment pour Bruxelles-Mobilité d’acquérir une expérience en matière de pavage, qu’elle ne possède pas actuellement, d’où son insistance à recourir à l’asphaltage.

Un axe de circulation rapide n’est pas nécessaire dans ce secteur : il existe à 200 mètres de là une parallèle de 2 x 2 bandes, l’Allée Verte.

Comme il s’agit d’une avenue industrielle, lui garder son pavage a l’avantage d’y ralentir la circulation automobile, ce qui sécurise les manœuvres lentes des camions. Rappelons que la solution préconisée par Bruxelles-Mobilité est d’installer des radars pour pénaliser (après coup) la vitesse excessive des automobiles encouragée par l’asphaltage de cette chaussée.

Rénover, plutôt que détruire, c’est aussi respecter le travail et la fatigue des travailleurs qui ont placé les premiers pavés, il y a plus d’un siècle, c’est respecter un élément important du patrimoine culturel de Bruxelles, un savoir-faire qu’il convient de reconnaître, et dont nous pouvons être fiers.

Il est temps qu’on arrête la destruction du charme de Bruxelles. Charme qui n’est pas incompatible avec des trottoirs et des pistes cyclables confortables.

Infos : www.avenueduport.be.

Notes

[1L’Action Patrimoine, Pavés, Platanes regroupe entre autres : Inter-Environnement Bruxelles, l’A.R.AU, BruxellesFabriques, le Comité de quartier Marie-Christine/Reine/ Stéphanie…).


Prises de position

Dernier ajout : 22 août.