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Le BILC déplacé, tout reste à faire…

Publié le jeudi 14 janvier 2010, par IEB

Le gouvernement bruxellois a décidé d’abandonner la localisation initialement prévue pour le BILC : le centre logistique n’ira pas sur le site du Port de Bruxelles qui jouxte Tour et Taxis. IEB s’est fortement investi dans ce dossier, en partenariat avec l’ARAU et le Bral. Nous saluons donc la décision du gouvernement.

Le BILC est un dossier plus complexe qu’il n’y paraît, le positionnement d’IEB a provoqué un débat inattendu au sein même de son assemblée générale. Car si la majorité de nos membres était d’accord sur les raisons environnementales et économiques de s’opposer au projet, une voix minoritaire, constituée notamment de riverains du quartier Maritime, mais aussi d’autres comités issus de quartiers populaires plaidait pour que le BILC, considéré comme un prolongement de l’activité historique du TIR, soit soutenu comme moyen de retarder, voire d’empêcher une mutation sociologique du quartier, favorisée par le méga projet d’aménagement du site de Tour et Taxis par le promoteur privé T&T Project.

Le projet de Tour et Taxis est tout autant dangereux que celui du BILC

L’avenir du quartier Maritime reste donc un enjeu majeur que les autorités publiques doivent garder à l’esprit. Car le projet d’aménagement du site de Tour et Taxis, tel qu’il a été accepté dans son principe par la Ville de Bruxelles et par la Région aura des incidences tout aussi dommageables en matière sociale que le BILC n’en aurait eues sur le plan environnemental. Ce projet, enclavé dans le quartier Maritime, va créer une spéculation foncière qui provoquera immanquablement le déplacement forcé des populations les plus pauvres, incapables d’encaisser les hausses de loyer inhérentes à ce genre de mutation urbaine. Paradoxe : cette hausse des loyers risque d’être aggravée par l’abandon du BILC, qui augmentera d’autant l’attractivité de la zone que le promoteur entend dédier aux logements non conventionnés ainsi qu’à des activités de commerce fort peu en concordance avec les besoins des habitants actuels.

La Région doit bientôt se prononcer sur le dépôt de plans modificatifs de la part du promoteur. C’est l’occasion de lui rappeler les revendications d’IEB à propos de ce projet : un phasage qui privilégie l’entièreté du parc public, d’abord, et financé à 100% par le promoteur, des logements publics ensuite, 30% de logements sociaux (nous suggérons que le promoteur cède une partie du terrain au gouvernement pour permettre la construction de ces logements sociaux) et 20% de logements conventionnés. Pas de bureaux, le stock de bureaux vides dans la région étant suffisant. Enfin, des commerces qui répondent aux besoins des habitants existants et qui ne mettent pas en péril l’activité économique existante dans le quartier.

Il faut noter que ces exigences rencontrées, les conditions nécessaires au maintien de la population locale ne sont pas encore réunies. Il s’agira d’accompagner la mutation du quartier par une politique de maîtrise foncière par le public extrêmement volontariste. Une politique qui pourrait passer par la création d’un périmètre large dans lequel les pouvoirs publics auraient le devoir d’exercer leur droit de préemption.

Le site de l’ancien BILC doit rester propriété publique

Dans le même ordre d’idée, le terrain libéré par le BILC à Tour et Taxis doit rester public et être affecté aux activités productives génératrice d’un emploi peu qualifié au profit des Bruxellois. Il serait particulièrement mal venu que le Port de Bruxelles, propriétaire de ce terrain soit tenté par une opération spéculative de revente qui lui permettrait par exemple de générer le cash nécessaire à l’acquisition des terrains de Schaerbeek Formation. Heureusement cette option reste hypothétique tant que l’affectation au PRAS du terrain propriété du Port n’est pas modifiée.

Un plan marchandise avant de décider de l’implantation d’un quelconque centre logistique

La décision de déplacer le projet du BILC à Schaerbeek Formation semble prématurée tant que l’on n’aura pas une compréhension exhaustive de la réalité du transport de marchandises à Bruxelles. Les pouvoirs publics possèdent très peu d’informations sur le nombre de camions qui entrent et sortent de Bruxelles chaque jour, leur taux de remplissage, la part de marchandises destinées à la Région et la part qui ne fait qu’y transiter. Peu d’informations également sur l’emploi généré par ces activités, ni de la part de celui-ci qui concerne les Bruxellois. Décider de l’opportunité de doter la région d’un centre logistique sans avoir objectivé ces données, ce serait atteler la charrue avant les bœufs.

De même, si les autorités devaient décider d’implanter un nouveau centre logistique sur le site de Schaerbeek Formation à la suite du plan marchandises, il va de soi que celui-ci devra être bien différent du projet BILC, qui faisait la part belle au transport par la route. Un projet publique se devra d’être exemplaire en matière environnementale et devra consacrer une part substantielle au transport par la voie d’eau et par le rail, voire de tendre vers un centre logistique digne de ce 21e siècle : un site zéro carbone !

Il est par ailleurs un débat qui n’a jamais eu lieu, politique celui-là. S’il semble pertinent de réserver une large part de la zone de Schaerbeek Formation à l’installation d’activités productives, il n’y a encore jamais eu de véritable débat sur le type d’activités à favoriser. Il va de soi que la priorité des priorités est la création d’emplois adaptés aux bruxellois, mais d’autres considérations rentrent également en jeu : veut-on favoriser des activités au service de la ville, au service de l’hinterland ou à caractère international ? Ces questions n’ont jamais été tranchées et devraient l’être le jour où l’on reparlera d’un centre logistique.

Enfin, n’oublions pas que la zone de Schaerbeek Formation jouxte une zone d’habitation que les édiles politiques ont souvent tendance à oublier bien que Haren fasse l’objet depuis quelques années d’un regain d’intérêt pour la création de logements tant publics, que privés. Il s’agira d’intégrer les besoins de ces habitants le moment venu.


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