Inter-Environnement Bruxelles

L’épineux combat pour l’accessibilité à Bruxelles

Article publié le 7 décembre 2020 par Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles (CAWaB)
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Pouvoir voyager dans les transports en commun, circuler dans l’espace public, entrer dans les bâtiments en toute autonomie, cela semble si aisé et faire partie intégrante de notre quotidien. Et pourtant, 35 % de la population bruxelloise sont confrontés à de nombreux obstacles. Le CAWaB [1], le Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles, milite sans relâche pour une amélioration de l’accessibilité, entre autres dans les transports et l’espace publics.

Améliorer la mobilité à Bruxelles : un enjeu de taille, au programme de tous les accords gouvernementaux. Mais pour y parvenir, il est indispensable de prendre en compte les besoins de chacun d’entre nous, incluant ceux des Personnes à Mobilité Réduite (PMR).

Contrairement aux idées reçues, les PMR ne définissent pas seulement les personnes en situation de handicap mais englobent un public bien plus large. Une Personne à Mobilité Réduite est une personne gênée dans ses mouvements en raison de sa taille, de son état, de son âge, de son handicap permanent ou temporaire ainsi qu’en raison des appareils ou instruments auxquels elle doit recourir pour se déplacer.

Tout le monde sera donc une PMR au cours de sa vie : que vous soyez parent avec une poussette, livreur avec un chariot, touriste avec des bagages, personne dans le plâtre ou avec des béquilles… Il est donc crucial d’intégrer l’accessibilité dans tout projet afin d’éviter que l’on soit tous discriminés à un moment donné de notre vie.

A-t-on atteint le « Point zéro » ?

Nous avons pris l’habitude de parler du « point zéro », ce moment où la décision est prise au sein d’une région, une commune, un opérateur de transport… d’améliorer progressivement mais systématiquement l’accessibilité pour atteindre un niveau d’accessibilité optimal, souvent des décennies plus tard.

Sans cette prise de décision, les efforts des uns seront toujours anéantis par les maladresses des autres. Par exemple, si la STIB rendait ses arrêts de tram et de bus accessibles mais que les traversées piétonnes aux alentours n’étaient pas sécurisées et de plain-pied, la chaîne de l’accessibilité serait rompue et les déplacements rendus compliqués, voire impossibles.

Tout le monde sera donc une PMR au cours de sa vie.

Alors, a-t-on atteint le « point zéro » à Bruxelles ? C’est une promesse à laquelle on aimerait croire, mais qui demande aujourd’hui encore à être confirmée sur le terrain.
Si la Région et les opérateurs sont de plus en plus nombreux à se doter d’outils et de moyens pour planifier et piloter les travaux de mise en accessibilité, des échecs sont encore récurrents…

Que ça soit dans les transports ou l’espace public, de nombreux projets, qui ont encore vu le jour récemment, continuent en effet d’exclure une partie de la population. Ces différents chantiers mettent dès lors à mal le droit à l’accessibilité et retardent le « point zéro », ce jour où la mise en accessibilité pourra réellement commencer…

Les transports en commun

Le 1er septembre 2018, la STIB inaugurait sa toute nouvelle ligne de tram 9, la présentant comme la première ligne de tram accessible. Ça y est, nous le tenions ce point zéro, ce projet exemplaire qui démontrait que, chez nous aussi, nous étions capables de rendre le réseau accessible. Malgré quelques imperfections, nous en étions convaincus.

Trois semaines plus tard, ce fut au tour de la ligne 8 d’être inaugurée en grandes pompes. Un sacré coup dur pour les représentants des usagers, qui découvrirent qu’au contraire de la ligne 9, absolument rien n’a été prévu pour ne fût-ce que tenter de rendre accessible le nouveau tronçon de ligne.

Le 28 septembre 2018, la Région et ses ministres inaugurent cette extension de ligne, alors que les travaux ne sont pas totalement finis et que les traversées piétonnes ne sont pas sécurisées (les dalles podotactiles, dalles en relief qui aident les personnes aveugles à s’orienter en rue, ne seront placées que plusieurs mois plus tard et certaines manquent encore toujours aujourd’hui…). Le tram passant devant le siège de l’asbl EQLA, association représentative de personnes déficientes visuelles et membre du CAWaB, la pilule a du mal à passer…

Cet échec aura, espérons-le, fait office d’électrochoc auprès des décideurs et de la STIB et éveillé les consciences sur la nécessité de rendre accessible le réseau de tram.

Deux ans plus tard, les imperfections de la ligne 9 n’ont pas été réparées, mais des recherches ont abouti pour trouver la solution qui permettra enfin d’embarquer en autonomie un fauteuil roulant dans les trams de la ligne 8 (et à termes, de toutes les autres).

En effet, en mars dernier, la STIB a invité le CAWaB à visiter des prototypes d’aménagements. Ce projet prévoit de placer, à la hauteur de la porte PMR, des « fusibles » en caoutchouc sur le quai et des bourrelets de porte sur le tram, de rehausser les arrêts pour qu’ils aient une hauteur compatible avec les nouveaux trams et, enfin, d’équiper tous les trams d’une rampe portative pour faciliter l’embarquement en attendant que tous les arrêts soient rehaussés.
Si la solution semble trouvée depuis plusieurs mois, nous ne savons cependant pas à ce jour quand et à quel rythme elle sera déployée sur le réseau.
Cet exemple illustre le constat actuel posé par les représentants des usagers à mobilité réduite dans les instances consultatives et dans les échanges avec l’opérateur de transport : la sensibilité augmente, les projets se mettent doucement en place mais l’accessibilité du réseau ne s’améliore que très lentement !

Piétonnisation de l’espace public

Piétonniser les places bruxelloises a le vent en poupe ces dernières années : la place Jourdan, le Parvis de Saint-Gilles, la place de la Bourse et la place De Brouckère...
Ces grands aménagements de l’espace public devraient permettre de les rendre accessibles. Et pourtant, des manquements en termes d’accessibilité ont été relevés.
Les travaux du piétonnier du centre-ville, débutés en 2015, sont en voie d’achèvement. À l’issue de plus de cinq années de travaux, les indicateurs ne sont pas tous bons, bien au contraire, comme c’est le cas pour la place De Brouckère. Sur cette place si réputée du centre-ville, le revêtement a fait l’objet de nombreuses plaintes de la part d’usagers.

Le revêtement choisi – des pierres bleues clivées s’apparentant à de petits pavés irréguliers – n’assure pas le confort des usagers et augmente le risque de chutes. Un comble pour le plus grand piétonnier d’Europe !

Suite à plusieurs interpellations du CAWaB, Beliris et la Ville de Bruxelles ont confirmé que la bande de circulation consacrée jusqu’ici aux voitures sera désormais fermée à la circulation et rendue aux piétons, offrant un confort de revêtement satisfaisant aux PMR.

Problème partiellement résolu puisque cette bande traversant la place sera régulièrement consacrée à des événements, privant les piétons de la voie « confort ». L’accès à la ligne guide naturelle représentée par les façades des bâtiments pour les personnes déficientes visuelles, aux commerces (cinéma, café…) restera compliqué lui-aussi du fait de la présence de ce revêtement irrégulier.

D’autres difficultés sont à déplorer sur le piétonnier et concernent l’accessibilité des poubelles, la présence d’orifices des avaloirs trop grands, l’absence de contraste des dalles podotactiles, ou encore, l’inaccessibilité de certains commerces qui auraient pu bénéficier des travaux pour voir leur accès facilité.

Un piétonnier de cette ampleur n’est pas sans poser d’autres soucis aux personnes à mobilité réduite. Le nombre de places de stationnement réservé est limité, le service de « navette » sur le piétonnier n’a jamais vu le jour et, aujourd’hui, la Région étudie la faisabilité d’un service de prêt de fauteuil roulant pour les personnes qui auraient des difficultés à parcourir l’entièreté du piétonnier à pied.

Un peu plus loin, la Place Jourdan était, elle, inaugurée en février 2019. D’énormes défauts d’exécution ont été relevés (traversées impraticables en fauteuil roulant, dalles podotactiles manquantes ou mal positionnées…).

Si les bonnes intentions existent, la volonté et le courage politique de refuser de réceptionner un tel fiasco, prolongeant la durée des travaux de quelques semaines, ne sont eux pas encore au rendez-vous.

Cette prise en compte tardive et insuffisante des usagers à mobilité réduite pour des projets de cette envergure et qui devraient accueillir des milliers de visiteurs chaque année retardent tant et plus ce point de départ pour une accessibilité intégrale de notre capitale…

Le plan Good Move, plan ambitieux qui rendra Bruxelles plus accessible ?

Les exemples de problèmes d’accessibilité susmentionnés sont loin d’être des cas isolés et se produisent encore trop régulièrement. L’approbation récente du plan Good Move par le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, qui trace les grandes orientations à suivre pour améliorer la mobilité de la capitale européenne avant à 2030, donne en tout cas de l’espoir au CAWaB et aux usagers de voir s’améliorer la mobilité et l’accessibilité pour tous à Bruxelles durant les dix prochaines années.

En plus de la mise en accessibilité de 60 à 70 arrêts de la STIB par an, l’amélioration de l’information sur l’accessibilité réelle du réseau de la STIB pour les PMR… le plan régional de mobilité prévoit la sécurisation et la mise en accessibilité des traversées piétonnes, l’augmentation de la proportion de taxis PMR, le renforcement de la formation des prestataires pour assurer une bonne prise en charge des personnes handicapées, la sécurisation de la circulation des piétons, cyclistes et PMR autour des chantiers pilotés par la Région…

Le plan Good Move fonde les bases solides d’une capitale européenne plus accessible. Le CAWaB espère que ces projets pourront effectivement être mis en œuvre avant 2030.

Une sensibilité qui augmente chaque jour un peu plus

On a pu percevoir ces dernières années une grande amélioration de la sensibilité de l’administration de la mobilité bruxelloise pour l’accessibilité.
La Région a la volonté et s’est dotée d’outils et de ressources pour mettre ces ambitions à exécution : une commission spécialement dédiée aux personnes à mobilité réduite a lieu 5 fois par an, un « facilitateur accessibilité » a été engagé pour coordonner cette matière transversale à l’ensemble des projets en mobilité, les fonctionnaires sont régulièrement formés, le CAWaB a été agréé et est subsidié pour accompagner les décideurs et porteurs de projets et représenter les PMR dans les instances régionales.

La volonté de chacun y est. La Ministre de la Mobilité, la STIB, tous annoncent vouloir offrir une meilleure accessibilité. Mais, alors qu’aucune loi n’impose la mise en accessibilité des bâtiments, transports et espaces publics existants, les trois acteurs ont pourtant refusé, malgré les pressions des organisations militantes, d’ajouter au contrat de gestion de la STIB, signé en mars 2019, l’obligation de rendre tout nouveau projet accessible en autonomie à tous les usagers.

Malgré les bonnes intentions de nombreux acteurs, l’obligation légale de mise en accessibilité de l’existant semble pourtant la dernière condition nécessaire à l’aboutissement du combat pour l’accessibilité mené depuis tant d’années.
Si l’on veut en effet garantir l’accessibilité, il y a lieu de coordonner les efforts, afin de veiller à ce que tous les projets aillent dans le même sens et d’éviter que des obstacles puissent se dresser sur le long chemin de la mise en accessibilité.

Signaler pour améliorer l’accessibilité

Force est de constater que des problèmes d’accessibilité persistent encore et toujours sur l’espace public bruxellois. Cependant, les interpellations et les signalements de problèmes d’accessibilité (comme pour le cas de la Place de Brouckère) ont le mérite de confronter les gestionnaires de voiries et infrastructures sur ces manquements.

Trop souvent, les associations se font entendre dire que rien n’est fait car « personne ne s’en est plaint ». Dans cet esprit, le CAWaB a créé la plateforme « Agir pour l’accessibilité » (agir.cawab.be). Cet outil offre aux citoyens des pistes d’actions pour signaler des problèmes d’accessibilité rencontrés dans les transports, les bâtiments ouverts au public et sur les voiries, à Bruxelles et en Wallonie. Il est même possible pour les personnes sourdes qui le désirent, de signaler son problème d’accessibilité en Langue des Signes (LSFB).

Il informe les usagers sur l’importance et les moyens existants pour signaler leurs problèmes d’accessibilité, aux opérateurs de transports, administrations, gestionnaires des voiries et infrastructures…

Il permettra par ailleurs au CAWaB d’avoir un retour des problématiques d’accessibilité rencontrées et de pouvoir confronter ses interlocuteurs aux retours du terrain.

Vous aussi, vous pouvez vous joindre au combat et agir pour améliorer l’accessibilité en signalant les problèmes rencontrés !

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[1Le CAWaB regroupe 21 associations impliquées dans les questions relatives à l’accessibilité. Il défend et promeut l’accessibilité, avec pour objectif de permettre à tous un accès en autonomie aux bâtiments, voiries, transports, services et à la communication.