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États Généraux de l’Eau à Bruxelles

Ixelligator n’est pas un Khmer vert

Publié le jeudi 12 mai 2011, par IEB

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La ville a probablement besoin de générer des légendes urbaines. Je suis bien placé pour le savoir. Mais j’en ai une belle à vous raconter. Cela se passe à Ixelles du côté des étangs. On y raconte que l’on y a vu un monstre. Mais il faut se méfier des apparences.

Cela se passe durant l’hiver 2007. Tout commence avec le témoignage du garde-pèche des étangs d’Ixelles. Il aurait vu quelqu’un jeter dans les étangs un animal ressemblant à un gros reptile. Il fut pris au sérieux. Le fait de rejeter des animaux exotiques dans la nature n’a rien de rare. On connaît le cas des perruches qui envahissent la ville et des petites tortues prédatrices, etc. On se perd en conjectures. Ce ne peut être un crocodile ou un caïman, ils ne supporteraient pas l’hiver. Par contre un alligator... La presse s’empare du sujet. Vous imaginez !

L’affaire prend de l’ampleur à tel point que le Bourgmestre se met en devoir de communiquer à la population dans le journal d’information communal. Il explique ainsi qu’ils ont fait appel à la protection civile qui, avec des bateaux munis de puissants phares, au beau milieu de la nuit — on avait pour l’occasion éteint l’éclairage public —, ont tenté de trouver l’animal. Une méthode américaine : éclairés, les yeux des alligators brillent. Mais on n’a rien vu.

L’inquiétude augmente dès lors. Ce n’est pas parce qu’on ne l’a pas trouvée que la chose n’existe pas. On évite les promenades. Au bord des étangs, on tient serrés ses chiens en laisse. Le long du marché (qui à l’époque de la construction du bassin d’orage se trouvait au bord des étangs), à chaque instant on épie du côté de l’eau. Le commerce s’en ressent. Certains disent l’avoir photographié, mais on a des doutes quant à l’authenticité des images, on sent la supercherie. D’autres imaginent que ce sont les terres retournées du grand chantier Flagey qui se vengent et l’on voit fleurir une affiche bizarre autant qu’étonnante « Khmer vert, prudence, prudence ». On l’appelle Ixelligator, tel un « raptor » des temps modernes ! D’autres, courageux, font des appels à une veille citoyenne...

Mais la vérité n’éclatera que plus tard au grand jour. Et avec quel éclat ! Je l’ai bien connu ce soi-disant monstre. C’est un ancien dragon tapit au fond des étangs depuis des siècles. On croit savoir ce qu’il est advenu des dragons, symboles des zones humides, de l’ombre et des peurs qui ont hanté les imaginaires moyenâgeux. Saint-Michel ne l’aurait-il pas vaincu à la gloire du Tout-puissant ? Symbole de l’homme qui gagnait sur les eaux et les marécages. Victoire de l’homme sur la nature. Légende.

La vérité ? Il faut savoir parler aux forces en apparence mystérieuses. Oui, Ixelligator est sorti de sa cachette envasée depuis des millénaires. Mais c’est en tant que gardien des sources et des terres qu’il le fit. Excédé, il a manifesté sa colère car les nappes phréatiques s’assèchent et les source se tarissent du fait de l’œuvre d’Asphaltor, cette machine qui recouvre de sa surface noire et technique la planète entière, rendant les sol imperméables et morts. Son combat était le mien, il nous fallait nous attaquer à ce véritable monstre contemporain. Nous nous sommes battus lors de la Zinneke Parade de 2008. Ixelligator et moi l’avons frappé et Asphaltor a fini par succomber. Aujourd’hui, Ixelligator, le gentil dragon, est retourné garder sa source, il sait que le combat continue, car les monstres reviennent toujours. Mais maintenant, je suis là !

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BEM n°247-248 - Avril-mai 2011

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Dernier ajout : 14 décembre.