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Dossier Mobilité

Intérêts et risques communs

Publié le mercredi 9 avril 2014, par I E B, Oliver Rittweger De Moor

Les travailleurs et les usagers de la STIB doivent s’unir pour sécuriser l’avenir des services publics de transport, seuls garants du maintien d’une desserte et d’un niveau de service au bénéfice des Bruxellois.

La mobilité à Bruxelles, une des villes les plus « embouteillées » d’Europe, est un enjeu fondamental. Comme c’est le cas pour nombre d’autres services publics, le transport urbain sera un jour menacé par l’avancée des directives de libéralisation et de privatisation de l’Union européenne. S’appliquant bientôt au transport de passagers par le train, cette évolution constitue de toute évidence une menace de plus en plus concrète tant au niveau des conditions de travail que de la qualité du service rendu aux usagers.

Un management de plus en plus inspiré par le « privé »

En 1999, le Gouvernement bruxellois choisissait un nouveau directeur à la STIB, Alain Flausch. En 12 ans, ce monsieur a imposé un virage inquiétant : un management digne du privé. La STIB qui était naguère gérée en bon père de famille et incarnait l’esprit du service public va progressivement se transformer en une entreprise autonome focalisée sur les critères de rentabilité et de productivité, au détriment des conditions de travail, de la desserte et de la qualité de service aux usagers.

Les pratiques managériales en cours s’inspirent de plus en plus de ce qui peut exister dans le secteur privé. Citons simplement à titre d’exemple une série d’évolutions qui témoignent de cet esprit : introduction de consultants privés (10 Mo€/an) ; recours de plus en plus fréquents à la sous-traitance ; investissement de millions d’euros dans des caméras de surveillance au détriment de la présence humaine ; installation des portiques dans les stations de métro (50 Mo€) pour diminuer la fraude ; diminution du service minibus et partenariat avec le taxi privé pour le transport des PMR ; filialisation des services spéciaux ; pression accrue sur le personnel pour augmenter la productivité ; plan de lutte contre l’absentéisme sans prise en compte de la dégradation des conditions de travail ; suppression des postes de reconversion pour les travailleurs devenus inaptes ; manque de formation ou de soutien pour les jeunes travailleurs engagés par le biais d’ACTIVA, dont seuls 50% obtiennent un CDI au bout des 12 ou 15 mois durant lesquels la STIB bénéficie du subside pour leur payer un salaire...

Le gouvernement bruxellois : complice ou... instigateur ?

Avant chaque élection, tous les partis politiques bruxellois font de la mobilité une priorité… Mais après celle-ci, dans les organes de concertation, les représentants des travailleurs prennent connaissance des mesures d’économies imposées par la nouvelle majorité. Les syndicats n’ont pas leur mot à dire, ni sur la ventilation de celles-ci, ni sur les alternatives...

Le précédent contrat de gestion de la STIB s’est vu imposer une économie de 46 millions. Impact de cette décision : diminution de l’offre Noctis ; optimalisation des planchettes [1] sans aucune amélioration des conditions de travail ni de la qualité de l’offre ; suppression de postes de reclassement ; sous-traitance ; sous-effectif ; liquidation du service « transports spéciaux » qui transportaient des enfants vers des activités extra-scolaires ; hausse de tarifs bien supérieure à l’inflation...

Le nouveau contrat de gestion impose à la STIB une nouvelle économie de 116 millions. Les détails ne sont pas encore dévoilés et rendent l’impact difficile à mesurer, mais tant les conditions de travail que la qualité de l’offre en pâtiront… et les tarifs continueront de s’envoler...

La STIB appartient aux Bruxellois, elle doit beaucoup plus tenir compte des besoins d’accessibilité des usagers et de l’expertise de ses travailleurs.

Une privatisation... impossible ?

Depuis 15 ans, tout est mis en œuvre pour rendre la STIB attractive : attaques contre les acquis sociaux, augmentation de la productivité et de la rentabilité… Mais le taux de couverture (différentiel entre coûts de fonctionnement et recettes) n’est pas encore suffisamment élevé pour attirer des partenaires privés appelés à investir là où l’État ne le peut plus. Le plus grand danger réside dans certains choix d’investissements. Le projet de Partenariat Public-Privé (PPP) pour la construction du nouveau dépôt de tram Marconi a heureusement été abandonné car il se serait avéré trop coûteux sur la durée… Mais des PPP restent envisagés pour l’extension et l’automatisation du métro. Cumulés, on évoque des coûts supérieurs à deux milliards d’euros : un véritable gouffre financier qui mettra en péril tant les finances de la Région que celles de la STIB, et hypothéquera largement la possibilité de développer l’offre et le réseau de surface à destination des Bruxellois.

Une alliance indispensable à créer

Les travailleurs et les voyageurs de la STIB sont victimes des choix politiques du Gouvernement bruxellois, mis en œuvre par la direction de la STIB. Le maintien d’un véritable service de transport public à Bruxelles passe par une alliance indispensable à créer entre les travailleurs et les voyageurs. Les syndicats doivent mettre en commun leurs intérêts, rechercher et impliquer toutes les associations et citoyens bruxellois susceptibles de s’organiser et lutter ensemble pour la défense et l’extension du transport public. La libéralisation et la privatisation n’apporteront aucune amélioration, bien au contraire… Les aspects de service public et d’accès à la mobilité seront toujours plus « sacrifiés » sur l’autel de la rentabilité, exigence des futurs investisseurs privés.

La STIB appartient aux Bruxellois, elle doit beaucoup plus tenir compte des besoins d’accessibilité des usagers et de l’expertise de ses travailleurs qui connaissent bien les potentialités de l’outil. Un refinancement de Bruxelles et une fiscalité plus juste sont indispensables pour garantir l’avenir des services publics de transport.

C’est ensemble, travailleurs et voyageurs, que nous devons lutter pour améliorer l’efficacité du transport public, condition nécessaire pour encourager la forme de mobilité de masse la plus favorable à l’environnement. C’est ensemble, travailleurs et voyageurs, que nous maintiendrons le transport public face à tous les risques d’une privatisation dont la menace est toujours plus réelle.

Oliver Rittweger De Moor
chauffeur de bus, représentant des travailleurs CSC Services Publics

Notes

[1La planchette est la feuille de route que chaque chauffeur doit suivre quotidiennement. Désormais informatisée, elle sert à augmenter la productivité du travailleur mais entre parfois en conflit avec la réalité de terrain quand le trafic retarde le véhicule.

BEM n°269 – Mars-avril 2014

BEM n°269 – Mars-avril 2014

Dernier ajout : 7 décembre.