Inter-Environnement Bruxelles

IRIS 2 : une voie sans issue ? IEB et le Bral posent 4 questions à Pascal Smet

Publié le jeudi 13 novembre 2008, par I E B

Tags :

La semaine prochaine, Pascal Smet présentera le plan de déplacements IRIS 2 aux Bruxellois. Ce plan est soumis à enquête publique jusqu’à la fin du mois. Le Bral et Inter-Environnement Bruxelles émettent de sérieuses réserves quant à la qualité de ce plan et formulent 4 questions fondamentales.

Nos interrogations portent sur la crédibilité du plan, sur la logique des priorités et du financement et sur la tarification intelligente de l’usage de la voiture. En proposant ces quelques pistes de réflexions, nous appelons les Bruxellois à participer aux séances d’information et à réagir à l’enquête publique.

  1. IRIS 1 n’a pas atteint ses objectifs, loin s’en faut. Qu’est-ce qui nous permet de penser qu’IRIS 2 sera davantage mis en œuvre et efficace ? En quoi ce plan est-il crédible ?
    Le premier plan IRIS de 1998 établissait une stratégie globale pour concilier accessibilité, convivialité et partage de la voirie. Depuis lors, le trafic automobile n’a fait que croître et on n’envisage aucune amélioration d’ici 2015. Le plan IRIS 2 ne fait que reporter ces objectifs déjà dépassés et ratés.
    De nombreux prescrits d’IRIS 1 sont restés dans les cartons ou n’ont pas permis d’atteindre les résultats escomptés. La vitesse commerciale des transports publics de surface n’a que peu augmenté ; peu de zones 30 ont été mises en place ; le parking n’est toujours pas géré globalement à l’échelle de la Région ; le plan de mobilité du Pentagone se fait encore attendre...
    IRIS 2 ne contient aucune autocritique ou aucune analyse du mauvais état de la politique de mobilité de la Région. Selon Bral et IEB, la dispersion des compétences en matière de mobilité est préjudiciable : de nombreux leviers sont encore dans les mains des communes et nombre d’édiles locaux sont également parlementaires régionaux. Alors que tous les experts plaident pour une gestion globale de la mobilité, IRIS 2 consacre un court chapitre à la « bonne gouvernance » sans remettre en cause la fragmentation des responsabilités.
  2. Sans changer les recettes d’IRIS 1, le gouvernement table sur une diminution de la pression automobile de 10% en 2015. Qu’est-ce qui nous permet de penser que ça va soudainement fonctionner ?
    IRIS 2 crée une importante augmentation des capacités de trafic automobile. Comment concevoir que cela va permettre de décourager les automobilistes d’ici 2020, et après ?
    Le plan nous propose plusieurs nouvelles infrastructures routières d’envergure : plusieurs tunnels routiers (sous Belliard, Loi et Charles Quint) qui débouchent à l’hypercentre-ville ainsi que de nombreux parkings souterrains pour navetteurs et riverains. On admet également que l’enfouissement des trams (Meiser, Gare d’Etterbeek, bois de la Cambre) est destiné à ne pas gêner la fluidité automobile. En outre, beaucoup de voiries préservées par IRIS 1 sont rouvertes à la voiture (collecteurs de quartier A). Toutes ces infrastructures sont autant d’augmentations de capacités destinées à l’automobile qui vont en attirer davantage et empirer la saturation[1].
    La cohérence du plan est minée par cette augmentation de l’espace dévolu à la voiture. Pour palier les problèmes de parking, mieux vaut développer Cambio que creuser des parkings. Pour diminuer les bouchons, mieux vaut investir dans les transports publics que dans des tunnels routiers...
    Ces infrastructures issues d’une vision de l’urbanisme de 1958 sont contradictoires avec les grandes promesses du plan. Peut-on raisonnablement penser qu’elles ne seront pas contre-productives, non seulement d’ici 2020 mais également lorsqu’il s’agira de respecter les inévitables Kyoto 2, Kyoto 3...?
  3. D’ici 2015, le plan se limite à des mesures douces et incitatives. Les seules mesures coercitives et efficaces sont reléguées en 2016, au plus tôt (tarification intelligente au kilomètre et application du RRU lors des renouvellements de permis d’environnement). Comment le plan pourra-t-il atteindre son but de diminution de 20% de la pression automobile en 2020 ?
    IRIS 2 espère diminuer le trafic de 20% à l’horizon 2020 principalement grâce à la tarification de l’usage de la voiture au kilomètre et au RER. Malheureusement, ces deux instruments relèvent de la compétence du fédéral et pas de la Région.
    Déjà dix ans de retard pour le RER. Que fera-t-on si la tarification intelligente n’est pas mûre en 2015 ? On étouffe et croule sous les voitures ? IRIS 2 ne prévoit aucune alternative. Bruxelles n‘a-t-elle pas intérêt à prendre son sort en mains en installant dès maintenant un péage urbain ?
  4. Aucune priorité ne se dégage du plan : IRIS 2 semble vouloir être l’ami de tout le monde. Quelles priorités seront privilégiées en cas de difficulté de financement ? Les tunnels routiers ou les pistes cyclables, le métro ou le tram ?
    Le plan veut favoriser tous les moyens de transport. On crée de nouveaux tunnels, des lignes de métro, des lignes de tram, des parkings souterrains, des stations Cambio et même des ascenseurs à vélo. Cette multitude d‘options coûte beaucoup d’argent : 1,5 million d’euros.
    Le budget est fortement grevé par les infrastructures lourdes que sont les tunnels et les nouvelles lignes de métro. IRIS 2 espère qu’une manne financière va tomber du ciel. IEB et le Bral se demandent quels choix seront faits si l’argent venait à manquer.
    Qu’est-ce qui nous garantit que les aménagements cyclables ne seront pas abandonnés au profit des tunnels routiers, qu’on préfèrera les trams pour les bruxellois aux lignes de métro destinées à développer le rôle international de La Capitale ? Au début de la législature, Pascal Smet nous rappelait que le budget de 1 km de métro équivaut à 12 km de tram en site propre[1].
    La situation financière de la Région, le problème de CITEO, le report des commandes de 70 bus au gaz naturel et de métros boa devraient inciter au réalisme.

Infos

  1. Les sessions d’information organisées par Bruxelles Mobilité se tiendront les 17/11, 18/11, 19/11 et 20/11/2008.
  2. Le plan IRIS 2 est consultable sur www.iris2.irisnet.be.
  3. Les citoyens peuvent réagir à l’enquête publique jusqu’au 31/11/2008.

Contact
Jerome Matagne
Inter-Environnement Bruxelles
02/223.01.01
jerome.matagne@ieb.be



[1] Comme dans le cadre de l’élargissement du Ring, les expertises nous apprennent que les augmentations de capacité créent un effet d’aspiration important et qu’après seulement quelques années les nouvelles infrastructures surdimensionnées ne répondent déjà plus à la demande nouvellement créée.
[1] http://www.tbx.be/fr/Dossier/147/app.rvb (1 km de métro vaut 12 km de tram en site propre...).


Prises de position

Dernier ajout : 15 décembre.