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Histoire

Publié le mercredi 12 octobre 2011, par IEB

La zone du canal est en pleine transformation. Ces mots sont censés tinter joyeusement à nos oreilles comme l’annonce d’un avenir radieux pour un territoire jusque-là oublié.

Pour Inter-Environnement Bruxelles, ces mots sonnent au contraire comme un message de mauvaise augure. Sous les projets dorés de lofts et de marinas qui se reflètent dans l’eau du canal, se cache un projet de destruction lente des quartiers populaires et de leurs habitants, un projet de dualisation massive au nom de la mixité sociale, une perte de maîtrise de la ville sur le canal comme mode de transport de marchandises. Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, et comme dans bien d’autres villes européennes, le Bruxelles industriel et productif s’est progressivement transformé en une ville d’affaires et de bureaux.

Les années 70, la fuite des classes moyennes

Les classes moyennes ont fuit le centre de la ville, pour aller vivre dans des villas en périphérie. Dans de nombreux quartiers, le logement a disparu au profit des bureaux et des autoroutes urbaines et les habitants, en tout cas ceux qui en ont les moyens, ont plié bagages. C’est ce qu’on appelle l’exode urbain. Ceux qui restent luttent pour pouvoir continuer à vivre en ville et défendent le logement contre l’invasion des bureaux.

Les années 80, moins d’emploi ouvrier

L’industrie, également, quitte la ville, à la recherche de plus d’espaces, moins chers. Et comme les marchés mondiaux se transforment, de nombreuses industries partent à la recherche d’une main-d’œuvre meilleur marché. Les anciennes usines deviennent des friches, dont personne ne s’est occupé pendant longtemps. Au fur et à mesure que les entreprises de bureaux s’installent à Bruxelles, l’emploi ouvrier se fait de plus en plus rare et n’est que partiellement compensé par de nouveaux emplois de service aux entreprises, comme le nettoyage ou la livraison de colis.

Les années 90, les caisses se vident

Le chômage augmente fortement. Et à peine créée, la jeune Région voit ses recettes fiscales diminuer. Les dirigeants de la Région cherchent à compenser ces pertes : en favorisant des opérations immobilières rapportant des taxes mais aussi en essayant de maintenir à Bruxelles des habitants issus des classes moyennes ou en essayant d’attirer les plus riches.

Gentrification

Dès les années 90, le phénomène qu’on appelle “gentrification” se met en place : sous les efforts combinés des pouvoirs publics et des promoteurs immobiliers, les espaces publics des quartiers centraux où habitent une population désargentée se rénovent, de nouveaux habitants s’installent. Peu à peu, quartier par quartier, cette rénovation provoque une augmentation des loyers au détriment des plus faibles, en premier lieu des locataires. On assiste à une crise du logement et les files pour accéder au logement social s’allongent. Le phénomène commence à Ixelles, puis part vers Saint-Gilles pour se propager suivant un “front” qui atteint aujourd’hui la zone du canal.

Une ville qui exclut

Aujourd’hui, les quartiers qui bordent le canal aiguisent l’appétit des promoteurs. De nombreux terrains industriels sont libres, en attente d’une nouvelle affectation et les promoteurs dessinent leurs projets avec la bénédiction des pouvoirs publics. Marina, hôtels de luxe, lofts par-ci et par-là, tours de logements chics, projets de centres commerciaux... ces projets, qu’ils se réalisent ou pas, participent à fabriquer une nouvelle image de Bruxelles, un Bruxelles de moins en moins accueillant pour ce qui constitue l’essentiel de ses habitants.


PLOUF - Un pavé dans le canal

Dernier ajout : 17 août.