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Grève des routiers et taxis : cher baril... une opportunité ?

Publié le jeudi 19 juin 2008, par IEB

Carte blanche de Mathieu Sonck, Secrétaire général d’IEB, parue dans la rubrique « Débats » de la Libre Belgique du 19 juin 2008, en réponse aux manifestations des routiers et taxis.


Voiture individuelle, taxis, transporteurs routiers et gouvernements doivent se préparer au baril à 300 dollars. Taxis hybrides ou transports collectifs : l’heure est à l’alternative.

Le mouvement d’humeur conjoint des transporteurs routiers, des chauffeurs de taxi et des agriculteurs de ce 18 juin est l’occasion de se pencher sur une tendance lourde qui devrait inspirer les politiques futures des différents niveaux de pouvoir en Belgique.En janvier 2007, le prix du baril de pétrole était de moins de 50 dollars. En avril 2008, à l’occasion du lancement du Printemps de l’environnement (il y a deux mois à peine), il était de 100 dollars. Aujourd’hui, le prix du baril est de 140 dollars. Selon les analystes, cette tendance n’est pas prête de s’inverser, on pronostique à moyen terme le baril à 300 dollars.
Si pour la plupart des secteurs économiques, cette hausse vertigineuse risque de les toucher de plein fouet, d’autres peuvent y entrevoir une opportunité de croissance importante de leur activité. C’est le cas des taxis bruxellois.

Fin de la voiture individuelle !

Il est probable que dans un proche avenir, une partie croissante, voire majoritaire de la population belge pèsera très attentivement les arguments en faveur de l’abandon de sa voiture individuelle au profit des transports collectifs, du vélo, de la marche à pied... et des taxis.

Un récent sondage affirme que la limite de prix du litre d’essence pour que l’automobiliste change de comportement est comprise entre 2 et 3 euros. Nul doute que l’on atteindra cette fourchette à très court terme. Un phénomène qui devrait profiter pleinement au secteur des taxis, qui offre au client une solution souple à certaines demandes de mobilité.

Encore faut-il que l’offre de ceux-ci soit adaptée à la demande croissante. Il faut féliciter les ministres bruxellois Pascal Smet et Benoît Cerexhe pour avoir récemment permis l’offre de taxis collectifs la nuit. Cette décision permet de favoriser une meilleure occupation des véhicules en circulation combinée à un prix partagé par les usagers. Gageons que ce système soit vite rendu possible en journée également. Mais si elle était nécessaire, cette mesure n’est pas suffisante. Il est essentiel de réserver une part croissante des voiries aux transports collectifs (dont font partie les taxis partagés) et aux transports respectueux de l’environnement. Malheureusement, les dernières propositions de réaménagement de voiries régionales restent très timides en la matière, voire carrément contre-productives (une voie rapide pour semi-remorques du type « very long vehicle » à l’avenue du Port, un tunnel autoroutier devant le futur siège de l’Otan, etc.).

Il est également nécessaire d’aider le secteur des taxis bruxellois à offrir un service au coût le plus accessible possible. A cet égard, nous invitons le gouvernement bruxellois, en plein brainstorming pour son plan climat en gestation à s’inspirer d’une récente décision des autorités new-yorkaises.

Le maire de New York, Michael Bloomberg a décidé il y a peu d’améliorer la qualité de l’air de sa ville en faisant chuter de 30 % les émissions de dioxyde de carbone d’ici 2030. La plus emblématique des mesures proposées concerne les célèbres « yellow cabs » , les taxis jaunes qui sillonnent les rues de la ville. Fin 2012, tous les taxis de New York devraient être des véhicules hybrides, couplant une motorisation classique à un moteur électrique. Et un calendrier contraignant a été arrêté :

  • octobre 2008 - 1000 taxis hybrides ;
  • octobre 2009 - 4000 taxis hybrides (30 % de la flotte actuelle) ;
  • octobre 2010 - 7000 taxis hybrides (53 % de la flotte actuelle) ;
  • octobre 2011 - 10000 taxis hybrides (76 % de la flotte actuelle).

La ville comptant 13 000 taxis, la mise en place de ce plan équivaut en terme de qualité d’air, à la suppression de 32 000 voitures individuelles.

Bruxelles compte autant de taxis que New York, en proportion. Cette mesure permettrait d’améliorer la qualité de l’air à Bruxelles, de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur mais aussi de réduire de moitié la facture énergétique actuelle des taximen (et women) bruxellois (es), autant de gagné pour leurs nouveaux et nombreux clients.

Agonie annoncée des routiers

Le secteur du transport routier et l’activité logistique qui y est associée sont durement touchés par la crise pétrolière. Cette crise n’est pas conjoncturelle, elle est tendancielle et si l’on peut se permettre une comparaison douloureuse, ses effets sur l’emploi seront un jour comparables, toutes proportions gardées à celle qui a mis à genou l’industrie métallurgique dans les années 80. Une tendance irréversible qui, si elle n’est pas comprise à temps, risque de nous offrir le triste spectacle du naufrage d’une grande partie de l’économie des pays occidentaux, encore largement basée sur le transport par camion.

Il faut donc contraindre d’urgence le marché à chercher des alternatives au « tout au camion » qui a prévalu jusqu’à présent. Mais à ce propos, il n’y a pour l’instant malheureusement aucune mesure du gouvernement bruxellois dont on puisse se réjouir.

Faut-il rappeler que personne en Région de Bruxelles-Capitale n’a, à ce jour, la moindre idée précise des volumes transportés par camion au travers de la ville. Aucune idée du type de marchandises, de leur destination, de la proportion de camions en simple transit, etc.? Une analyse de ce type est évidemment un préalable absolu à toute politique volontaire de transfert modal.

Faut-il rappeler que le contrat de gestion du Port de Bruxelles voté récemment par le gouvernement bruxellois lui impose certes une augmentation importante du trafic par la voie d’eau mais sans le moindre contrôle de ce que la marchandise deviendra une fois déposée à quai : elle pourra repartir par camion, personne n’en a cure. Pire, selon nos calculs, le contrat de gestion du Port autorise une hausse de 13 % du volume transporté par la route. Aussi, le Port s’engage à réduire à l’horizon 2012 la part du transport par camion transitant par le port de 75 % à 70 %. Quel terrible constat : plus des deux tiers du volume de marchandises (14 millions de tonnes) qui transitent par le port est le fait du transport par camion !

Faut-il rappeler enfin que le gouvernement a décidé à l’unanimité le résultat d’une étrange négociation mettant en balance l’établissement d’un centre logistique routier au coeur de la ville (le bien nommé Brussels International Logistic Center ) et la construction d’une piscine à ciel ouvert à proximité directe de ce dernier. Un BILC qui mise le paquet sur le transport par camion, au coeur de la ville, promettant aux riverains un bon millier de camions par jour et sans doute à terme, une douloureuse fermeture faute de clients, faisant des « ultra-modernes » entrepôts de seconde génération des terrils du 21e siècle. Gageons que les habitants du quartier maritime tout proche, à qui l’on promet près de 400 emplois pour compenser les nuisances (quel ignoble chantage !) trouveront à occuper leur temps désespérément libre dans la piscine à ciel ouvert toute proche...


Prises de position

Dernier ajout : 18 août.