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Enfermer la prison… à la campagne ?

Publié le mercredi 26 juin 2013, par IEB

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Parution du dernier numéro de Bruxelles en mouvements dont le dossier principal est consacré au déménagement des prisons bruxelloises à Haren.

Instances ultimes de contrôle sociale, nos prisons ne cessent de faire parler d’elles ces derniers mois parce que pleines à craquer (nous venons d’atteindre le seuil historique de 12 000 détenus pour 9 400 places), obsolètes et vétustes, et présentant des conditions de détention indignes d’un État de droit. Tandis que de nombreux sociologues et criminologues plaident pour une réforme drastique du système pénitentiaire par la recherche de solutions alternatives à la prison, les pouvoirs publiques s’arque-boutent sur la mise en œuvre d’un Masterplan prévoyant la construction de 7 nouvelles prisons réalisées via des partenariats-publics-privés (PPP) et font fi de l’adage aujourd’hui avéré : « Plus on construit des prisons, plus on les remplit ».

C’est dans ce contexte que la petite entité de Haren, en bordure de la Région bruxelloise, à la limite de Diegem, a été désignée pour accueillir une méga-prison, présentée comme un village pénitentiaire moderne destiné à remplacer les vieilles prisons de Saint-Gilles et de Forest. Se pose d’emblée la question du choix d’implanter la plus grande prison de Belgique dans un quartier si loin de la ville et de son palais de justice, un lieu si peu accessible en transport en commun et déconnecté de tout service. Beaucoup de professionnels du secteur pointent déjà les dérives d’un tel scénario, comme la concentration d’un trop grand nombre de prisonniers sur un même site, l’ultra modernisme des conditions de détention qui se traduit par des lieux aseptisés, vides de relations et de contacts humains. Ces nouvelles structures, dont le modèle existe déjà ailleurs, n’apportent hélas pas de solution miracle à long terme et ne mettront pas fin au problème de surpopulation actuel.

Quant aux habitants de Haren, ils s’interrogent sur l’arrivée de ce grand pénitencier qui refermera ses portes sur 1190 prisonniers et prisonnières, sur un terrain enclavé et survolé jour et nuit par les avions. Ils déplorent également la disparition du dernier espace naturel et sauvage qui leur offre encore une liaison avec Diegem par l’historique chemin du Keelbeek.

Enfin, il semblerait que l’option de rénover les prisons existantes n’est guère au programme. L’avenir du site de 11 hectares ainsi libéré reste aujourd’hui d’ordre confidentiel alors que l’on peut imaginer que les enjeux notamment financiers sont de taille en libérant un foncier très rentable au cœur de la ville et en reléguant des détenus dans un « village pénitentiaire » où les terres s’achètent encore à bas prix.

Inter-Environnement, en collaboration avec l’Observatoire international des prisons et les comités de Haren et de Saint-Gilles, interroge dans ce dossier non pas toute la complexité du monde carcéral mais son rapport à l’extérieur et son droit de cité aussi longtemps que notre société ne sera pas à même de penser un monde sans prison.

Bruxelles en mouvements est la publication d’Inter-Environnement Bruxelles, association indépendante qui fédère 80 comités de quartier et groupes d’habitants actifs sur des questions urbaines, écologiques et sociales.

Le magazine est visible en ligne ici : Bruxelles en mouvements n°264 — Mai-juin 2013.


Prises de position

Dernier ajout : 18 septembre.