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UN GHETTO DE RICHES À BIESTEBROECK ?

Du rêve au piège en eaux troubles

Publié le mercredi 12 octobre 2011, par IEB

ANDERLECHT • Lorsque Philippe De Bloos, architecte bruxellois et promoteur en herbe, a présenté son projet “Les Rives”, on a d’abord cru à une blague.

Imaginez un peu : transformer une partie du canal à hauteur de Cureghem en ghetto de riches, avec logements de luxe emballés dans des grands gestes architecturaux, un amas de yachts à leurs pieds, des canaux, du soleil et de l’air pur... et aucune péniche à l’horizon ! On nous disait qu’il ne fallait pas prendre tout ça au sérieux. Un vrai rêve pour bourgeois branchés, qui transformerait Bruxelles en croisette digne de Cannes, où l’on porterait son petit polo décontracté au soleil le dimanche. C’est tellement gros qu’on a envie de rire, on s’imagine les riches investisseurs sur des terrains pollués par le pétrole regardant passer des yachts, les pieds dans l’eau trouble du canal, sous une belle petite drache nationale.

Verra-t-on un jour ce projet mégalomane se réaliser ? Sans doute pas sous la forme qui a été rendue publique pour l’instant. Mais le pari de l’architecte-promoteur risque néanmoins d’atteindre son but, qui est de déclencher les imaginations et l’intérêt des promoteurs immobiliers pour le quai de Biestebroeck. La marina est un produit d’appel, un ballon d’essai qui vise à “faire rêver”, à délier les imaginaires et les bourses, bref, à préparer le terrain. Et de fait, le groupe Atenor s’est déjà porté acquéreur d’une partie de la zone pour y développer un projet appelé “City Docks”, d’autres transactions seraient en train d’être menées sur des terrains voisins, tandis que la commune d’Anderlecht s’est lancée dans l’élaboration d’un plan afin de requalifier le périmètre et probablement d’en ôter les industries urbaines qui s’y trouvent... Les projets architecturaux à peine sortis des cartons, voilà que tous les regards se tournent vers ce quartier. Sans doute l’appétit ouvert par de si jolies petites maquettes. La commune rêve-t-elle de “revitaliser” le quai de Biestebroeck en y créant un ghetto de riches ?

Au conseil communal, certains s’inquiètent de voir ce plan directement téléguidé par une société privée... On devinera vite laquelle. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois qu’un plan lui serait offert “sur mesure” (voir Atenor ne perd pas le Nord !) pour ses rêves de grandeurs, de grands gestes, et autres logements d’hyper luxe durable (hé bien oui, c’est “durable”... quand on est riche, en général, c’est pour longtemps). Le bourgmestre assure que rien n’est encore décidé et que la maîtrise de la destination du site est dans les mains de la commune. À la Région, on nous dit qu’il ne faut pas diaboliser le privé dont l’action est utile tant le métabolisme du secteur public est long à se concrétiser. De quoi nous rassurer !

La mollesse des politiques et leur incapacité à construire pour leurs habitants d’autres rêves que ceux des promoteurs laissent pantois. Ils rêvent de l’Eldorado, un pays imaginaire remplit de trésors, et pendant ce temps, ils dilapident les richesses de la ville, gaspillent les réserves foncières autour du canal, sacrifient sa fonction de bras fluvial et chassent ceux qui y avaient trouvé refuge.

Il l’a dit
« Jusqu’à une époque pas si lointaine, le canal n’était rien d’autre qu’une blessure qui s’affichait sur les cartes d’Anderlecht, telle une immense balafre. (...) Une zone stratégique comme celle du bassin de Biesterbroeck devrait absolument pouvoir se développer au travers de l’exécution de projets urbains ambitieux. (...)

Le quartier du Bassin de Biestebroeck a lui aussi besoin d’être totalement repensé, revu et corrigé pour mieux pouvoir le rentabiliser et le rationaliser. Cet endroit n’est pas aménagé en fonction de ce qu’est une ville moderne. »

(Gaëtan Van Goidsenhoven, Bourgmestre d’Anderlecht, “Journal Kanal“, avril 2009)

Il l’a dit
« En direction d’Anderlecht, plus de quartiers glauques où les enfants jouent dans des cages mais des quartiers où des familles à revenus moyens auront envie d’habiter. C’est la raison pour laquelle l’industrie et le port doivent se retirer quelque peu en direction de Vilvorde. »

(Pascal Smet, ancien ministre du gouvernement bruxellois, dans “Een stad, een visie – Une ville, une ambition – One city, one future”, 2009)


PLOUF - Un pavé dans le canal

Dernier ajout : 17 août.