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Éditorial

Droit au but ? La coupe est pleine !

Publié le mercredi 9 juillet 2014, par IEB

Alors que la Coupe du monde bat son plein, que nul n’y échappe, que l’on soit un aficionado du foot ou un de ses sérieux détracteurs, le Conseil d’État vient de rendre un arrêt susceptible d’avoir des répercussions sur la désignation de la Belgique pour l’Euro 2020.

Et oui, le foot, ce n’est pas qu’un sport populaire, des questions de gros sous, de traite des êtres humains (à quoi s’apparentent parfois les marchandages sur les joueurs), un nationalisme bruyant, des coups de klaxon toute la soirée ou des litres de bière engloutis devant son téléviseur, c’est aussi une question d’aménagement du territoire. Toute ville qui se veut « métropole » se doit d’être dotée d’un stade multi-fonctions de 60 000 places avec services VIP. Aucune ressemblance avec notre bon vieux stade Roi Baudouin qui date des années 90, se combine avec une piste d’athlétisme prisée pour le Mémorial Van Damme, offre 50 000 places et a connu une rénovation de 60 millions d’euros il y a 15 ans...

En l’état, le Conseil d’État s’est contenté de suspendre l’exécution du marché en raison des motivations insuffisantes pour justifier la désignation de lauréat pour la phase 1 du projet Neo (construction d’un centre commercial et de logements). Mais s’il venait à l’annuler – à l’instar de ce qui vient de se passer pour le projet Uplace – cela aurait des répercussions par effet de domino sur la phase 2 (le centre de congrès) mais aussi sur le projet de nouveau stade. En effet, les délires de grandeur de nouveaux stades coûtent un os (315 millions d’euros annoncés pour celui-ci) or un stade n’est pas rentable et nos décideurs, bien que décidant de postuler pour l’Euro 2020, ne veulent pas mettre un euro dans l’aventure. Le futur développeur se trouve, en conséquence, obligé de miser sur la construction du centre commercial – censé être rentable et financer par ailleurs le centre de congrès – et ce, même si le Sporting d’Anderlecht décidait d’y atterrir alors qu’il n’a pas renoncé à la rénovation du stade Constant Vanden Stock. Comprenne qui pourra....

Pendant ce temps-là, nos Diables Rouges paradent sous le soleil du Brésil, 200 000 Brésiliens se demandent où ils vont loger, suite à leur expulsion de leur lieu de vie pour construire les infrastructures nécessaires à la Coupe du monde et la facture humaine du pays-hôte s’alourdit à 800 morts suite aux opérations de « nettoyage » [1]. Ce à quoi, imperturbable, Michel Platini, président de l’UEFA, rétorque : « Faites un effort pendant au moins un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, calmez-vous ! ». L’été sera chaud !

Notes

[1Collectif, La Coupe est pleine ! Les désastres économiques et sociaux des grands événements sportifs, CETIM, Genève, 2013.

Bem n°271 – Juillet-août 2014

Bem n°271 – Juillet-août 2014

Dernier ajout : 25 septembre.