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De l’urgence de (re)mettre la crise environnementale à l’agenda politique

Vendredi 21 mai 2010

Publié le vendredi 21 mai 2010, par I E B

Carte blanche publiée dans le journal Le Soir le vendredi 21 mai 2010 et signée par les associations environnementales : Michel Genet, Directeur de Greenpeace Belgique, Christophe Schoune, Secrétaire général d’Inter-Environnement Wallonie, Geoffroy De Schutter, Directeur de programmes au WWF Belgique, et Mathieu Sonck, Secrétaire Général d’IEB.

Qui se souvient de la campagne des élections législatives de juin 2007 ? Mise en lumière par les travaux du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et le film de l’ancien vice-président américain Al Gore ( Une vérité qui dérange ), l’urgence environnementale occupait alors l’avant-scène politique et médiatique.

Par ailleurs, Nicolas Hulot inspirait aux associations belges la mise en œuvre d’un « Pacte écologique » qui allait s’avérer un des temps forts de la campagne conduisant chaque parti à s’engager (plus ou moins fermement) à jauger toute décision politique à l’aune de l’enjeu environnemental.

Trois ans plus tard, l’état de la Planète ne s’est pas amélioré, bien au contraire. Après l’échec de la conférence de Copenhague, la lutte contre les changements climatiques est au point mort, tandis que rien ne semble pouvoir freiner la 6e extinction massive des espèces... Déforestation, pertes d’écosystèmes, pics de pollutions, utilisation massive de pesticides, réduction des réserves d’énergie et de matières premières... tous les indicateurs environnementaux sont au rouge et une lourde hypothèque pèse sur les générations futures. Globalement, la Belgique n’échappe pas à ces constats alarmistes.

Fait stupéfiant, l’urgence environnementale est absente des débats électoraux actuels. La crise financière, ses retombées économiques et sociales, la quadrature du cercle institutionnel belgo-belge ont balayé la question écologique de l’agenda politique fédéral. L’environnement est rangé au rayon des accessoires, alors qu’il devrait être un socle de la réflexion et de l’action.

Aucune des crises auxquelles nos sociétés ont été confrontées au cours des derniers mois n’était inattendue. Toutes ont été précédées de signaux d’alertes forts, de signes avant-coureurs. Contrairement à l’économie, au système financier, au marché des capitaux ou même aux régimes de protection sociale, l’environnement n’est pas une création humaine dont les emballements et les malaises peuvent être soignés par des prothèses. Nous n’avons et n’aurons jamais aucune prise sur la complexité des interactions du monde vivant et l’échelle des processus géophysiques. Comme le dit le politologue Paul Ariès, « pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le temps de la nature va beaucoup plus vite que le temps politique » . Or, face à la difficulté d’avoir à gérer plusieurs crises en parallèle, nos gouvernants cèdent de manière récurrente à la facilité du report. Il est cependant vain de croire qu’un enjeu de long terme donne plus de temps à la résolution des problèmes. L’évitement et l’inaction équivalent de facto à une complicité passive de notre autodestruction.

Les crises à répétition peuvent être – doivent être – l’occasion d’interroger en profondeur notre modèle économique et d’envisager la transition vers un nouveau paradigme intégrant pleinement la dimension environnementale. Loin d’être pénalisante, cette (r)évolution s’avérera au contraire source d’innovation, de performance et de qualité de vie. L’opportunité est belle mais exige des choix politiques clairs... que le gouvernement fédéral sortant n’a pas pu/su/voulu poser.

Le « Printemps de l’environnement » initié par le ministre Magnette a enfoncé quelques portes ouvertes en réunissant les parties prenantes autour d’une table et en dégageant des mesures techniques et consensuelles, pour la plupart déjà inscrites à l’agenda. De son côté, la réforme de la fiscalité, essentielle pour réorienter l’économie et les comportements, a été évacuée. Pour réussir la transformation sociétale qui s’impose aujourd’hui, l’équipe au pouvoir après les prochaines élections devra assumer pleinement des options novatrices, notamment économiques et fiscales, en collaboration étroite avec les Régions. La mise sur pied d’une commission en charge d’élaborer et analyser des prospectives à l’horizon 2030-2050 en intégrant « tous » les facteurs d’évolution (par exemple l’explosion attendue des cours du pétrole ou le bénéfice des services rendus par la nature) donnerait aux gouvernants les moyens d’éviter le piège de la procrastination. La planète n’ayant pas cette tendance pathologique, elle ne calquera pas son agenda au nôtre. Il est dès lors impératif que le pacte écologique, qui avait suscité une large adhésion en 2007, devienne enfin une réalité.

Source : www.lesoir.be.


Prises de position

Dernier ajout : 20 novembre.