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Dossier Mobilité

Conditions de transport, conditions de travail

Publié le mercredi 9 avril 2014, par I E B, Oliver Rittweger De Moor

Gare du Midi. 9h30, Serge Dubois m’invite à partager sa pause-café dans un kot réservé aux stibiens, caché sous les arcades. Pour lui c’est presque fin de journée, il a commencé à 4h56.

Son bus 50 vers Lot arrive au quai. Il relève le chauffeur à bord et attend le départ. Il raconte comment lui et ses collègues vivent leur métier : 21 ans d’ancienneté, 2e délégué CGSP, il est bien placé pour savoir quels poids pèsent sur les agents de conduite.

Départ. « Ça va être mieux qu’à Walibi, tu vas voir ! »

Dim-doum ! Wiels

Serge m’explique ce qu’est la planchette, la feuille de route qui définit les missions du jour de chaque chauffeur. « Dans la STIB de papa, ce n’était pas informatisé. L’optimisation, ça améliore le service, mais ça tire toujours le maximum de nous. C’est avec Flausch que c’est arrivé. (...) avant on faisait 4 aller-retours par jour ; maintenant, 5. Et on joue sur le temps de régulation (pause au terminus) qui est parfois pas réaliste à cause des bouchons ; heureusement on a toujours le droit à deux minutes administratives pour pas devoir repartir de suite. Pour manger, on nous garantit au moins 20 minutes. »

Qu’est-ce qui énerve le plus les collègues ? « La diveristé des horaires. Ils font des promesses de roulements pour concilier vie de travail et famille, mais les nouveaux n’en bénéficient pas. En “5/7”, les services durent jusque 21h ; en “5/8", tu travailles un samedi sur deux, ça va, mais on te met des « coupés » [travailler deux périodes séparées dans la même journée : au lieu de deux services, ça n’en compte qu’un. (...) Ils utilisent la flexibilité totale. – pour diminuer les prestations ? – Ah pour moi, oui. »

Pourtant, on embauche : la STIB annonce 1000 recrutements par an « mais on engageait 850 personnes en temps normal, ça fait que 150 de plus. Et puis y’a le matériel qui manque. Avec 172 bus commandés et les nouveaux collègues, on renforcera les pointes, et puis on pourra prendre nos congés ».

Dim-doum ! Saint Denis, Sint-Denys

« Pardon monsieur, je vais chez Carrefour mais je connais pas bien Drogenbos.
Ah, c’est bien (sourires). Regardez, ce monsieur il y va aussi, il est très gentil ».

Serge dit aimer ces sourires : « C’est comme chauffeur de taxi. Y’a des gens qui montent rien que pour causer. »

L’insécurité ? Serge relativise : « J’ai eu un seul cas en 21 ans ; il ne faut jamais entrer dans le jeu des agresseurs. (...) Y’a des chauffeurs qui se mettent la pression, moi pas. Il faut faire comprendre la raison des retards aux gens. Et puis les écouter, ils ont leurs raisons aussi. »

Une inquiétude court parmi les chauffeurs : « Y’a des collègues qui sont morts d’attaques cardiaques peu avant la pension, ou juste après. Moi je pense qu’une bonne limite, c’est que ta tension artérielle de début et de fin de service reste la même ! On nous a formé une fois à la gestion de stress, mais en même temps, on attend toujours plus de nous. »

Et la vie de dépôt ? « Quand je suis arrivé, y’avait de la camaraderie. Maintenant les collègues y passent le moins de temps possible : on arrive, on roule et puis on rentre chez soi. Y’a plus vraiment de culture d’entreprise. Ce qui se passe dans les dépôts m’inquiète : on fait des petites unités, on va nous mettre en compétition. Ça facilitera la libéralisation, j’en ai peur. Ça commence avec le service spécial, et les camionnettes pour handicapés, qu’on va en partie sous-traiter à des taxis adaptés. »

Dim-doum ! Ruysbroek station

Le statut de contractuels parastataux n’est pas très favorable : « On a 20 jours de congés, plus ceux d’ancienneté » ce qui correspond au minimum légal. « Pour avoir un bon salaire, faut travailler avant 6h, après 18h et faire plein de soirées, ou alors le samedi payé à 115%, le dimanche à 200%, ou accumuler les 16 euros de prime de service coupé. C’est mal payé pour ce qu’on fait : l’irrégularité, le stress et tout… c’est très mal payé. »Que défendre dans le service public ? « Pour les gens, le service public c’est un transport moins cher, bien régulier, et donc plus besoin de ponctualité. Un transport dans les quartiers jusque 22h. (...) ça ferait de l’emploi ! (...) Je crois que même la gratuité serait possible, y’a moyen. Mais c’est pas la politique de la Région. »

BEM n°269 – Mars-avril 2014

BEM n°269 – Mars-avril 2014

Dernier ajout : 6 décembre.