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Bientôt dix ans que les habitants de la rue du Progrès attendent ...

Publié le jeudi 15 mai 2014, par IEB

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Les habitants de la rue du Progrès, Inter-Environnement Bruxelles, la FéBUL et l’Union des locataires du quartier Nord, soutenus par l’ARAU, le BRAL, la CSC, le RBDH et le Syndicat des locataires, craignent que l’actuel gouvernement ne profite de la période de latence post-électorale pour délivrer le permis autorisant la réalisation d’un viaduc ferroviaire dans le quartier Nord avec pour conséquence la démolition de tout un pan de la rue du Progrès. Ils demandent depuis février 2014 à rencontrer ensemble les trois cabinets régionaux compétents pour à tout le moins obtenir un état de la situation actuelle. Ils attendent toujours !

Tout démarre en 2005 lorsqu’Infrabel et la Région bruxelloise font savoir qu’un viaduc ferroviaire doit être réalisé dans le quartier Nord avec pour conséquence la démolition de tout un pan de la rue du Progrès (une trentaine d’habitations accueillant 85 ménages, soit plus de 200 habitants). La lenteur de la procédure d’urbanisme mais aussi les nombreuses tractations entre Infrabel, la SNCB et la Région font que près de dix ans plus tard, le permis d’urbanisme n’est toujours pas délivré, les habitations se dégradent et les habitants attendent toujours des solutions concrètes de relogement. Ces derniers craignent que l’actuel gouvernement ne profite de la période de latence post-électorale pour délivrer le permis.

Voici près d’un an maintenant que les habitants de la rue du Progrès recevaient un courrier du secrétaire d’État à l’urbanisme Rachid Madrane où ce dernier s’engageait à ne délivrer aucun permis sans qu’il n’y ait de solutions de relogement des personnes expulsées. Promesse tenue puisque de fait le permis n’a toujours pas été délivré. Néanmoins, les habitants s’interrogent sur les fameuses solutions de relogement qu’on leur promet depuis 2006 en cas de réalisation du projet.

En effet, en 2006, Françoise Dupuis alors secrétaire d’État au logement défend le maintien du même nombre de logements dans le quartier pour compenser la démolition des logements actuels. Deux ans plus tard, le comité chargé d’accompagner l’étude d’incidences du projet demande l’adoption d’une convention imposant la reconstruction d’une quantité équivalente de logements dans la zone avant le démarrage du chantier pour reloger les habitants expulsés. En mars 2011, Emir Kir, secrétaire d’État à l’urbanisme s’engage à ne pas délivrer le permis d’urbanisme aussi longtemps que les locataires expulsés ne seront pas relogés. L’engagement de reconstruction passe à la trappe. Néanmoins, le secrétaire d’État s’engage à organiser une table-ronde des différents opérateurs publics de logements (la Région, les communes concernées, la SDRB, la SLRB,...) pour explorer toutes les voies possibles de relogement au profit des habitants.

Une année passe, sans nouvelle. En 2012, les habitants interpellent à nouveau Emir Kir qui s’engage à les tenir informés de l’évolution du dossier. Encore faut-il que les choses évoluent. Suite aux élections communales, un nouveau secrétaire d’État, Rachid Madrane, reprend la barre. Les habitants apprennent que la demande de permis d’Infrabel est complète. Inquiets sur leur sort, aucune solution de relogement n’étant à l’ordre du jour, ils réinterpellent début 2013 le secrétaire d’État qui réitère par courrier les promesses faites par son prédécesseur.

En attendant, les habitants vivent au jour le jour, n’osant plus prendre d’engagement dans la durée ni rénover leurs habitations depuis près de dix ans. Ils voient des logements pousser dans le quartier et les contrats de quartiers se succéder, un Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) en voie de finalisation et de nouveaux périmètres de préemption adoptés, sans que rien ne soit prévu pour les reloger.

Les habitants se sont mobilisés à de nombreuses reprises depuis le début de ce dossier. Ils ont ainsi obtenu des garanties minimales : des indemnités légères de déménagement et de relogement payées par Infrabel et gérées par la commune de Schaerbeek. Cette dernière a également obtenu un fond pour l’assistance individuelle au relogement. Mais force est de constater que les résultats restent marginaux. Infrabel a également accepté de passer des conventions d’occupations temporaires des immeubles acquis jusqu’à la décision de l’expropriation, occupations temporaires gérées par l’asbl Woningen123Logements [1]. Mais pour ceux qui sont encore là et ils sont nombreux, il importe de mettre en place des garanties formelles pour garantir un droit au logement effectif. Reconstruire de quoi loger les 85 ménages coûterait de l’ordre de 9 millions d’euros à Infrabel. Une paille à côté des milliards d’euros que la SNCB envisage de dépenser pour l’amélioration de la capacité de la Jonction Nord-Midi !

Les habitants sont conscients de la complexité du dossier et des différents niveaux de pouvoir concernés : le projet prend place sur le territoire de la commune de Schaerbeek. Il nécessite la délivrance d’un permis par la Région au profit d’un opérateur de transport trouvant sa tutelle au fédéral et recoupe des enjeux concernant trois casquettes ministérielles : urbanisme, logement et mobilité. Toutefois, les habitants n’ont pas à être les victimes de cette complexité et à être pris en otages des difficultés rencontrées par les pouvoirs publics liés à un contexte institutionnel difficile composé de différents niveaux d’intervention. Ils ont au minimum le droit d’être informés de l’état de la situation. Quant au droit au relogement, il s’agit déjà d’une position de repli alors qu’une solution ferroviaire sans expropriation aurait été possible si à temps et en heure la commune de Schaerbeek et la Région avaient défendu la solution alternative, défendue par les habitants et les associations, permettant la préservation de la rue.

À l’approche des élections régionale et fédérale et sans aucune garantie sur leur avenir, les habitants et les associations qui les accompagnent (l’Union des Locataires du Quartier Nord, Inter-Environnement Bruxelles, la FéBUL et le Woningen123Logements) demandent depuis février 2014 à rencontrer ensemble les trois cabinets régionaux compétents (Vervoort, Madrane et Doulkeridis) pour à tout le moins obtenir un état de la situation actuelle et s’assurer qu’aucun permis ne sera délivré avant la mise en place du prochain gouvernement qu’ils ne manqueront pas de réinterpeller. Ils attendent toujours !

Plus d’infos sur la situation des habitants du Progrès sur : Expropriations rue du Progrès.

Notes

[1Woningen 123 Logements, en accord avec son objet social, permet notamment le maintien dans leur habitat des habitants historiques et préserve une fonction de logement aux immeubles vides acquis, et ce, dans l’attente d’une réalisation effective des projets d’Infrabel.


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