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BILC : pas encore construit et déjà plombé par la concurrence !

Publié le mercredi 3 décembre 2008, par IEB

C’est le 16 décembre que la Commission de concertation de la Ville de Bruxelles se penchera sur un projet de construction d’un centre logistique de 65 000 m2 sur le site de Carcoke, propriété du Port de Bruxelles et cédé en concession à la société Katoen Natie. Katoen Natie se propose d’offrir des services partiellement équivalents au funeste BILC, le Brussels International Logistic Center.

Voici une occasion de confirmer l’analyse d’Inter-Environnement Bruxelles sur le caractère fantaisiste des arguments avancés par le gouvernement bruxellois pour soutenir le projet de construction d’un centre logistique exclusivement routier en plein centre-ville.

900 emplois>>600 emplois>>450 emplois>>180 emplois>>138 emplois...
Bientôt zéros emplois pour le BILC ?

On s’en souvient, la demande de permis du BILC annonçait la création de 900 emplois directs.
Cette prévision, sous les commentaires acerbes des associations a été revue à la baisse par le Port de Bruxelles qui annonçait à la stupéfaction générale en pleine commission de concertation un chiffre de 600 emplois directs. Une prévision encore revue à la baisse par la FGTB, soutenant récemment que le projet créerait 450 emplois .

En matière de prévisions, on peut faire entière confiance à Katoen Natie, acteur majeur de la logistique mondialisée. Et là, c’est la stupeur. Les 65 000 m2 d’activités logistiques à haute valeur ajoutée prévue sur le site de Carcoke ne créeront que 180 emplois !

Une simple règle de trois appliquée au projet du BILC (qui table lui sur 50 000m2 d’installations) abaisserait les prévisions d’emploi au BILC à 138 emplois , soient 17 emplois à l’hectare. Sans commentaires.

Katoen Natie sera bien plus accessible

Il y a deux critères majeurs à respecter pour choisir l’implantation d’un centre logistique. Le premier, c’est l’accessibilité.

Le site de Kateon Natie se situe à quelques centaines de mètres de la sortie 6 du Ring. Détail piquant, ce futur centre logistique se trouvera sur la route du BILC. A la sortie du Ring, le client aura donc le choix entre déposer directement ses marchandises chez Kateon Natie ou continuer sa route sur l’une des voie de pénétration les plus embouteillées de la région pour déposer ses marchandises en plein centre ville et repartir dans l’autre sens, avec les mêmes difficultés, pour
rejoindre le Ring.

Le BILC, inaccessible est condamné à court terme.

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Projet de parc logistique de Katoen Natie, chaussée de Vilvorde, 216, à 1120 Bruxelles

Le projet de parc logistique de Katoen Natie,
chaussée de Vilvorde, 216, à 1120 Bruxelles.

Katoen Natie sera lié directement à la voie d’eau

Le second critère majeur à respecter est la multimodalité.

Malgré les déclarations d’intentions du Port de Bruxelles, le BILC est un centre logistique dédié à 100% au transport par camions . S’il en était autrement, cela serait mentionné dans la demande de permis. La SNCB n’est pas demandeuse d’une liaison rail. Et le transport par palette, présenté par le promoteur du projet comme une solution d’avenir est, selon les spécialistes du secteur, totalement inadapté à la configuration du site.

Le projet de Katoen Natie, lui, est directement lié à la voie d’eau. Et le projet prévoit dès le départ un approvisionnement important par le canal. 30% des marchandises seront acheminées par bateau. Et cette proportion pourrait évidemment croître en fonction de l’évolution du marché et de la tendance structurelle de la hausse du prix des énergies fossiles.

Katoen Natie sera nettement moins cher

Plus l’on se rapproche du centre-ville et plus les entrepôts sont bon marché. Voilà un paradoxe que le gouvernement bruxellois n’a pas encore compris. Il est lié à l’accessibilité : plus on se rapproche du centre ville, moins l’entrepôt est accessible. C’est donc une loi du marché.

Le BILC, pour paraître rentable, a fait l’objet de toutes les manipulations comptables possibles et imaginables.

Un business plan calculé sur une activité plein pot pendant 40 (jusqu’en 2049, pour une centre logistique 100% camions !), et surtout un prix de location des entrepôts de 58 euros/m2/an. Les atouts commerciaux du BILC sont impressionnants de médiocrité.

Katoen Natie valorise la location de ses entrepôts à 45 euros/m2/an, soient 23% de moins que le BILC pour des entrepôts nettement plus accessibles et liés à la voie d’eau.

Rappelons que le projet du BILC fait l’objet d’un emprunt à la banque européenne d’investissement de 27,5 millions d’euros. Une somme dont le remboursement est garanti par le gouvernement bruxellois. Le jour où le BILC fera faillite, plombé par un business plan totalement irréaliste, c’est donc le contribuable bruxellois qui casquera. Et dans l’hypothèse où l’activité du BILC devait être subsidiée pour garantir la pérennité de l’activité, non seulement c’est le contribuable bruxellois qui casquerait mais il est probable que Kateon Natie puisse interpeller à raison la Commission Européenne et dénoncer une concurrence déloyale inacceptable.

Pour une alliance « environnement/emploi »

Dans une enquête socio-économique menée en 2001, tous les habitants du pays ont été interrogés à propos de leur niveau de satisfaction quant à leur environnement immédiat. La région bruxelloise est la seule région dont les habitants sont globalement insatisfaits de leur environnement direct.

Dans l’affaire du BILC, le gouvernement bruxellois a décidé d’arbitrer entre la préservation de l’environnement et le développement d’une activité économique rétrograde (le transport exclusif par camions) qui, IEB l’a démontré, est vouée à un échec cuisant. Il est temps que le gouvernement se ressaisisse et, à l’instar de son homologue wallon, se lance dans un vaste plan de création d’activité économique qui feront de Bruxelles une ville durable. Un plan vertueux car économiquement porteur, socialement juste et respectueux de l’environnement.

Contact

Mathieu Sonck, Secrétaire Général d’Inter-Environnement Bruxelles, 0478/20 35 78.


Prises de position

Dernier ajout : 18 décembre.