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BILC, impair et passe !

Publié le mardi 21 octobre 2008, par IEB

Communiqué de presse d’Inter-Environnement Bruxelles et de l’Atelier de Recherche et d’Acton Urbaines (ARAU).

Ce mardi 21 octobre 2008, la Commission de concertation de la Ville de Bruxelles a choisi la voie de la sagesse en recommandant au Gouvernement, sur base de l’article 148 du Cobat, de faire procéder à une étude d’incidences du projet de centre logistique routier sur le site de Tour et Taxis.

AVIS DE LA COMMISSION DE CONCERTATION
Vu le rapport d’incidences et l’étude d’accessibilité du centre TIR ;
Vu les observations durant l’enquête publique et durant la réunion de concertation ;
Considérant que l’exploitation du site risque d’entraîner des problèmes importants
notamment pour la traversée du square Jules de Trooz ;
Considérant que la percolation du trafic risque de se faire au travers des quartiers denses ;
Considérant qu’une étude d’incidences se justifie dans un dossier aussi complexe en matière de mobilité et de ses conséquences dans les zones d’habitation et du canal.

La Commission de concertation recommande au Gouvernement de faire réaliser une étude d’incidences conformément à l’article 148.

AATL-DU abstention.

Téléchargez l’avis de la Commission de concertation sur le projet de BILC avenue du Port à Bruxelles-Ville — 21 octobre 2008 (pdf).

Un avis d’une grande sagesse...

Cet avis qui respecte l’esprit et la lettre du Cobat se justifie pleinement, principalement parce que le rapport d’incidences commandé par le promoteur du projet se basait sur des hypothèses de travail contestables.
La demande de permis déposée par le Port de Bruxelles est accompagnée d’un rapport d’incidences. Ce rapport, commandé et payé par le Port de Bruxelles se base sur une étude qui date de 2004 et qui se base sur des hypothèses aujourd’hui dépassées.

Le rapport noie en effet les incidences du BILC dans les incidences présupposées du projet d’urbanisation de Tour et Taxis. A titre d’exemple, l’hypothèse sur le nombre de places de parking est de l’ordre de 8 500 places de parking. Entre-temps, une demande de permis a été déposée par la société Tour et Taxis pour un projet comprenant 4 500 places de parking. Une exigence qui de l’avis des observateurs devra encore être revue à la baisse. Cette nouvelle donne multiplie de fait l’incidence relative du BILC sur la qualité de l’air dans le quartier par 2 voire 3.

Le rapport prévoit par ailleurs qu’ un tunnel sera creusé sous le square De Trooz , retardant la congestion totale de l’axe sortie 6 – avenue du Port de quelques années. Or aucune étude de faisabilité technique et financière n’a réellement été faite à l’heure actuelle et même si le tunnel est dans les projets du plan IRIS 2, aucun planning de mise en œuvre n’a été fixé. Le niveau de congestion au pont de Buda, au square de Trooz, au pont Van Praet ainsi que sur l’avenue du Port a donc été mal évalué.

Il est important de préciser que le rapport d’incidences est formel sur ce point. Le BILC n’est pas viable si un tunnel n’est pas creusé. En fait, le rapport aligne une kyrielle de conditions qui ne sont pas remplies !

Le projet mérite donc bel et bien une étude d’incidences indépendante qui envisage plusieurs alternatives liées principalement à la mobilité et à ses incidences tant d’un point de vue local que régional. Rappelons qu’Inter-Environnement Bruxelles réclame un poste d’observateur dans le comité d’accompagnement de l’étude d’incidences.

Quid de l’impact socio-économique du projet ?

L’étape décisive pour la démocratie que constitue la décision de la commission de
concertation de la Ville de Bruxelles ne doit pas occulter qu’il reste de nombreux
enseignements à tirer de la saga du BILC. Car si le BILC mérite bien une étude d’incidences, il mérite également une étude d’impact socio-économique :

  1. Le modèle économique qui justifiait le BILC est toujours aussi dépassé ;
  2. L’impact que pourrait avoir le fonctionnement du BILC et du centre TIR sur les activités économiques riveraines doit être évalué.

Un modèle économique dépassé

La seule étude indépendante faite sur le projet BILC a été faite par la banque européenne d’investissement en 2003. Cette étude s’est faite dans un contexte économique qui n’a rien à voir avec celui que nous vivons aujourd’hui. Elle ne prenait pas en compte la tendance lourde admise par tous les experts en la matière du renchérissement des ressources énergétiques fossiles. L’étude se basait par ailleurs sur un modèle promu dans les années 90 par la commission européenne elle-même : le centre de distribution urbain (CDU). Jusqu’il y a peu, le promoteur du projet entretenait savamment la confusion sur la réelle destination des bâtiments du BILC. Aujourd’hui on le sait, le BILC est une extension du centre TIR et n’a rien à voir avec le concept de CDU. Et aucun observateur avisé du monde de la logistique n’oserait affirmer que le modèle économique du centre TIR est un modèle d’avenir pour l’économie de notre région.

Il est opportun de s’interroger sur la décision qu’aurait pris la BEI si elle avait pu prendre connaissance du rapport d’incidences qui accompagnait la demande de permis. Pas besoin même de prendre en compte la nouvelle donne que constitue la crise financière mondiale pour imaginer que la réponse de la BEI serait toute différente aujourd’hui !

L’impact sur le développement économique de la zone n’a pas été évalué

Le rapport d’incidences du projet indique que l’axe privilégié par le promoteur pour la pénétration des camions dans la ville est saturé aux heures de pointe et le sera également en dehors des heures de pointe à l’horizon 2020. Le rapport indique par ailleurs que cet axe n’est pour l’instant pas privilégié par les camionneurs qui préfèrent pénétrer le nord de la ville par d’autres axes de pénétration, transitant par des quartiers densément peuplés. Il est évidemment illusoire de penser que pour le BILC, capable d’accueillir une infime partie des camions qui pénètrent le nord de la ville, l’on interdise le trafic de camions en dehors de l’axe privilégié de la sortie 6 du Ring jusqu’à l’avenue du Port. Cette imposition reviendrait à mettre en péril l’approvisionnement de la ville, ce qui serait pour le moins paradoxal !

Plusieurs scénarii de fonctionnement du BILC doivent donc être pris en compte. De même, les hypothèses avec et sans tunnel sous De Trooz doivent être examinées.
Et ces scénarii pourraient bien mettre en évidence une cascade d’incidences en chaîne dont l’impact ne serait pas qu’environnemental. Il est nécessaire d’évaluer l’impact de ces scénarii sur l’activité économique existante dans les zones concernées (la zone du canal, les zones économiques de la SDRB et la kyrielle de PME installées au nord de Bruxelles) et le risque que l’on court de voir des entreprises bien insérées dans le tissus urbain existant envisager la mort dans l’âme une délocalisation en périphérie.

Il faut donc coupler l’étude d’incidences environnementales à une étude d’impact socio-économique.

Conclusion provisoire

On peut être surpris de la frilosité de l’administration régionale de l’aménagement du territoire qui, en s’abstenant (courageusement !) ne s’est pas associée à l’avis unanime des autres membres de la Commission de concertation. Il n’en demeure pas moins qu’une fois de plus, la démonstration du fonctionnement démocratique de la procédure de concertation est illustrée par cet avis. Il appartient à présent au Gouvernement bruxellois d’agir dans l’intérêt des Bruxellois qui se sont exprimés contre l’implantation et l’extension d’un centre de logistique avenue du Port, en faisant réaliser en toute objectivité cette indispensable étude d’incidences.

Contact
Mathieu Sonck, Inter-Environnement Bruxelles, 0478/20 35 78.


Prises de position

Dernier ajout : 18 décembre.