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#Art23 : « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. »

Publié le mardi 6 novembre, par Patrick Jonniaux

« WE ARE 23 »

Il faut qu’on parle. Et pour une fois, pas du dernier tweet ni du scandale du jour. Mais de ceci : sous ce flot d’actualités, sur quel socle repose notre vivre ensemble ?

Ce socle est rongé millimètre par millimètre, comme une banquise qui fond silencieusement. Jusqu’au jour où elle se disloquera en quelques blocs de glace sur lesquels une minorité heureuse pourra surfer librement, tandis que la majorité se noiera dans une mer gelée.

Beaucoup d’entre nous ont des enfants ou des petits-enfants. Le visage très concret des 50 prochaines années, c’est eux. Comment pourront-ils mener une vie digne et sensée ? Comment commencent-ils leur vie, avec quoi dans leur sac à dos ? Et quel genre de villes voulons-nous leur laisser, sur quelle planète ? La réponse ne viendra pas de beaux discours. Ce sont des choix cruciaux que nous devons faire aujourd’hui : quelle place pour la voiture ? Quel coût écologique pour notre énergie ? Quel rapport entre travail et repos ? Et surtout : laissons-nous l’entreprise la plus compétitive décider, ou créons-nous, ensemble, une base commune pour notre société ? Souhaitons-nous aussi aux autres enfants ce dont nous rêvons pour les nôtres ?

Tout va bien !

Selon le discours du gouvernement, tout va bien : l’économie se redresse et la crise est derrière nous. Mais pour nous, dans la réalité, les défis sont en énormes, et la question clé est la suivante : quel monde sommes-nous en train de façonner pour demain ? Et pour qui ?

Dans l’actualité, ce ne sont que des mauvaises nouvelles : plus de particules fines dans nos poumons, montée en flèche des burn-out, flexi-jobs, âge de retraite plus élevé pour une pension plus modeste, poursuites judiciaires contre ceux qui aident des réfugiés, coupes budgétaires dans les transports publics et les énergies renouvelables, baisse des allocations de chômage, hausse des factures d’électricité, privatisation des soins, enfants de réfugiés en prison...

Le gouvernement Michel avait promis d’augmenter les allocations au-dessus du seuil de pauvreté, mais après quatre ans d’attente, ce sera une promesse non-tenue, comme beaucoup d’autres.

Il avait promis de relever le pouvoir d’achat, mais en réalité pour nous, le saut d’index a appauvri tout le monde, et les factures continuent d’augmenter. Il parle constamment de « trou dans notre budget », mais ne parle jamais du trou dans la couche d’ozone. L’argument est toujours le même : il n’y a pas assez d’argent . En réalité, des milliards d’euros s’envolent chaque année dans des paradis fiscaux. C’est ainsi que l’idée de "sécurité sociale" se dilue de plus en plus dans une "insécurité antisociale".

Ce sont là des choix politiques, et ces choix conduisent de plus en plus de familles à sentir le sol se disloquer sous leurs pieds.

Comment expliquer cela à nos enfants ?

Comment expliquer cela à nos enfants ? Que les valeurs que nous chérissons dans nos familles sont de plus en plus rares dans la société ? Qu’aujourd’hui, la concentration des fortunes est revenue au niveau du début de la Première Guerre mondiale, lorsque des empereurs, des tsars et des rois étaient encore aux commandes ?

C’est de cela que nous devons parler. Où se trouve la limite pour nous, êtres humains ? La croissance des dividendes ne nous aidera point quand l’eau montera à son tour, quand la circulation se coincera, quand l’air nous étouffera, quand les murs autour de l’Europe l’auront transformée en une prison. Comment expliquerons-nous à nos enfants que jadis, la devise de notre pays était « l’union fait la force » ?

La plupart des gens ont des attentes très différentes de ces choix qui disloquent la base de notre vivre ensemble. Ce que nous voulons, c’est un climat sain, des salaires et des retraites décents, des impôts justes, le désarmement, plus de sécurité sociale et une planète préservée... Ces souhaits sont-ils exagérés ? Le marché ne les approuve pas. Mais sommes-nous réduits à être soumis aux lois du Marché ? Nous devons revenir à la question centrale : ce que nous considérons nécessaire en tant qu’êtres humains. Et dans quelle mesure les politiques de nos gouvernements réalisent-elles cela – ou au contraire le détruisent-elles ?

La réponse se trouve dans notre Constitution

La politique semble parfois l’oublier, mais la réponse se trouve dans notre Constitution, à l’article 23 : « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. » La Constitution ne dit nulle part que notre économie doit croître à tout prix, ni que les lois du marché doivent l’emporter sur nos aspirations communes. Par contre, il est écrit noir sur blanc : "Chacun a droit au travail, à la Sécurité sociale, à la protection de la santé, à un logement décent, à un environnement sain, à l’épanouissement culturel et social, aux prestations familiales". Alors pourquoi glissons-nous vers une société dans laquelle ces droits deviennent un luxe ou un souvenir, plutôt qu’une évidence et un projet ?

Aujourd’hui, nous nous levons.

Nous ne voulons plus être des spectateurs sur la rive. Nous nous voulons gardiens du socle d’humanité de notre société, nous jetons un pont qui relie les secteurs et traverse les frontières linguistiques. Avec la campagne bilingue Tam Tam - Hart boven Hard, nous luttons ensemble pour l’article 23. Dans les mois à venir, nous élaborerons 25 propositions que nous présenterons à des milliers de personnes : comment voulons-nous que les prochains gouvernements appliquent l’article 23 au XXIe siècle ? Et nous confronterons à cet article 23 l’action des gouvernements sortants.

Pour nous, ce sera l’enjeu des élections de mai : ce n’est pas l’économie de croissance qui devrait être la pierre angulaire des programmes électoraux et de la prochaine législature, mais notre humanité elle-même. Au "tout pour la croissance", nous opposons "la croissance des droits pour tous".

Nos enfants nous y obligent. Parce qu’il y a des alternatives.

#Art23

Voir en ligne : https://www.toutautrechose.be/actua...

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Dernier ajout : 22 novembre.