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Anderlecht reçoit sa marina ! Inacceptable !

Publié le mercredi 13 décembre 2017, par IEB

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Le promoteur du projet prenant place sur l’ancien site Shell à Anderlecht vient d’obtenir le cadre légal lui permettant d’installer sa marina (bassin de plaisanciers entouré de logements haut de gamme) et de construire en hauteur. Un cadeau de saint Nicolas de la part du gouvernement bruxellois qui cadre peu avec l’intérêt général. Et un timing bien huilé : dès le lendemain de l’octroi du feu vert, la commune d’Anderlecht mettait le dossier à l’enquête publique. Pour les associations, la marina est surtout un appât visant à valoriser le prix de vente des appartements qui la borde et une offre tout à fait inadaptée à ce quartier populaire. Elles dénoncent un plan sur mesure pour le promoteur, qui produira un profit privé et une charge publique.

Le gouvernement a approuvé jeudi dernier 7 décembre, le plan particulier d’affectation du sol (PPAS) concernant la zone de Biestebroeck. Ce plan cadre l’avenir du territoire industriel de Biestebroeck. Jusqu’il y a peu, l’ensemble de la rive droite du canal à Anderlecht était affectée en « zone d’industrie urbaine » (ZIU). En 2013, 30 hectares de cet espace sont devenus une ZEMU (zone d’entreprises en milieu urbain) en vue d’y autoriser la création de logements. Ce changement d’affectation du sol a constitué le cheval de Troie pour les projets spéculatifs de divers promoteurs, avec un risque de condamner définitivement toute capacité portuaire à venir dans le sud de Bruxelles ainsi que la préservation d’une zone d’activités productives. En rive gauche, c’est l’îlot Shell qui a fait l’objet de la convoitise immobilière.

Un plan sur mesure pour le promoteur

Alors que le PPAS a pour rôle d’établir les règles du jeu d’un développement territorial équilibré, le projet de PPAS Biestebroeck a été réaménagé début de cette année à la demande de la commune d’Anderlecht pour permettre explicitement un projet de marina à deux pas de la rue Wayez.

Pour les associations, la marina est surtout un appât visant à valoriser le prix de vente des appartements qui la borde et une offre tout à fait inadaptée à ce quartier populaire. Le projet à l’enquête publique depuis ce 8 décembre prévoit 302 logements répartis sur 8 immeubles organisés autour d’un plan d’eau destiné à accueillir des yachts. La première version du PPAS limitait les possibilités d’établir une marina et empêchait de monter en hauteur. La 2e version autorise explicitement la marina et une tour de 14 étages pour servir les ambitions du promoteur. Rentabilité oblige : une fois des milliers de m² gaspillés pour faire mariner les plaisanciers, les logements de luxe gagnent en hauteur et dépassent ainsi largement les gabarits observés en rive gauche. L’implantation d’une tour à cet endroit ouvre la porte à un nouveau mouvement de spéculation foncière dans le quartier. Selon le Maître Architecte, d’autres gabarits similaires risquent désormais d’être admis sur cette rive.

Cette marina ne répond ni aux besoins des habitants, ni à ceux des plaisanciers. Le canal de Bruxelles à Charleroi donne la priorité au transport de marchandises ce qui occasionne en été de longs temps d’attente pour les bateaux de tourisme. C’est pourquoi la plupart des plaisanciers lui préfèrent des canaux à usage plus touristique avec moins d’écluses (on compte deux bateaux par jour en période touristique). Durant les crues, la navigation est interdite car les deux écluses sont submergées.

Les associations pensaient légitimement que la Région allait recadrer ce projet en total déconnexion des réalités et besoins du quartier. Elle vient au contraire d’approuver ce scénario malgré les nombreuses protestations [1].

Un profit privé et une charge publique

Le coût de l’opération et de sa prise en charge pose également question. L’aménagement du bassin lui-même est estimé à 575 000 €. Mais les coûts réels sont ailleurs : le projet nécessite de déplacer un collecteur des eaux usées de près de 100 000 personnes au sud-ouest du territoire. Coût : 1 400 000 €. L’évacuation des terres pour la réalisation du bassin est chiffrée à 1 000 000 €.

Le promoteur annonce qu’il payera les coûts de construction de la marina et du pont cyclable qui doit être construit sur le nouveau chenal. Mais d’autres coûts sont associés au projet notamment l’entretien de la marina dont le dragage estimé à 70 000 €/an. Le promoteur et la commune d’Anderlecht avancent que le Yacht Club d’Anvers est partant pour gérer la nouvelle marina. La marina d’Anvers qui offre des avantages bien plus compétitifs prévoit un abonnement annuel de 1 600 €. Même à ce tarif surévalué, il faudrait 60 ans pour amortir l’infrastructure en partant du principe que tous les emplacements seront occupés (peu probables). Or s’agissant d’un bassin en intérieur d’îlot, toute reconversion ultérieure risque d’être fort compliquée. La charge ultérieure risque plus que probablement de retomber sur les pouvoirs publics.

Bloquer les cyclistes pour faire passer des yachts

Afin de permettre aux yachts d’accéder au bassin, un chenal doit être creusé entre le canal et le bassin. Ce chenal est prévu dans un endroit du canal formant un coude et donnant peu de visibilité au trafic rendant les manœuvres très délicates sachant que les péniches sont prioritaires et que les berges du canal sont élevées, accroissant encore la mauvaise visibilité. En outre, le chenal traverserait la route et la piste cyclable qui longe le canal, et ce, juste avant le pont de Cureghem qui enjambe le canal vers la rue Wayez. En bref : au moment où la Région prévoit des passerelles pour faciliter les connexions des piétons et des cyclistes entre les deux rives, elle permet ici une barrière juste avant une passerelle alors que le passage existant est optimal. La route du canal est à peu près la seule piste cyclable plane et efficace qui permet de traverser Bruxelles. C’est un axe très important tant pour les résidents bruxellois que pour les navetteurs qui se trouve mis à mal.

Qu’un promoteur veuille s’embarquer dans une telle aventure parce que le projet de marina augmentera la valeur de ses logements c’est son business mais que les pouvoirs publics lui facilitent la tâche et prennent le risque d’éponger en cas d’enlisement d’une infrastructure ne présentant aucun intérêt public c’est un comble ! C’est une fois encore les pouvoirs publics qui prennent le risque et le secteur privé qui récupère les bénéfices avec la bénédiction des premiers. Les associations continueront à se mobiliser contre ce projet inconséquent. Le dossier est à l’enquête publique en plein milieu des vacances de Noël (jusqu’au 6 janvier) et la commission de concertation prévue le 18 janvier.

Contacts

  • Inter-Environnement Bruxelles (IEB) : Claire Scohier, 0473/66 75 05.
  • Bral : Steyn Van Assche, 0498/132586.
  • Centre de rénovation urbaine (CRU) : Karel Vermeersch, 02/522 62 23.
  • BruxellesFabriques : Guido Vanderhulst, 0477/250 961.

Notes

[1Voir le communiqué de presse de juin 2017 d’Inter-Environnement Bruxelles (IEB), de l’Union des locataires d’Anderlecht (ULAC), du Centre de rénovation urbaine (CRU) et de Bruxelles Fabriques : Un port de plaisance à Anderlecht ? Une charge publique anti-sociale pour un profit privé !. Celui du GRACQ : Biestebroeck : une opportunité manquée pour le RER-vélo le long du canal ?. Et aussi la réaction du Maître architecte : Kristiaan Borret : « Nous sommes face à un urbanisme du passé ».


Prises de position

Dernier ajout : 22 mai.