Inter-Environnement Bruxelles

Alhambra : la prostitution de rue dans un quartier résidentiel

Article publié le 29 février 2012 par I E B
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Ces dernières années, on a investi grandement dans le quartier Alhambra : la construction du Théâtre National, la rénovation du Théâtre Royal Flamand (K.V.S.), le réaménagement de rues dans le cadre du contrat de quartier « Les Quais », ainsi que la pose d’une œuvre de Wim Delvoye « La Bétonnière »… Et malgré tout, le quartier Alhambra demeure un quartier louche dans lequel les Bruxellois ne se rendent pas volontiers.

Malgré les investissements en masse de la Ville de Bruxelles et de la Région, le quartier Alhambra n’arrive pas à décoller. Tout du moins pas suffisamment en rapport avec les nombreux millions d’euros qui furent investis dans le quartier.

Le quartier Alhambra n’est pas historiquement un quartier de prostitution. Auparavant il y avait bien de la prostitution dans la rue de Malines, mais uniquement dans les cafés, jamais en rue. Ce n’est qu’au début des années 90 que le quartier a été noyé par des prostituées de rue. Depuis les riverains conjointement avec le comité Alhambra essaient de trouver des solutions afin de répondre à la surcharge de nuisances mais cela a peu d’effet.

Quelles sont les nuisances ?

C’est plutôt difficile à expliquer tant c’est généralisé. Il y a naturellement le bruit, mais aussi le fait que quelqu’un se trouve devant votre porte toujours — de jour comme de nuit, sept jours sur sept. De plus la prostitution de rue est devenue, ces dernières années, un business international organisé qui à souvent des liens avec la mafia. Ceci n’aide pas à améliorer l’atmosphère du quartier, car celui qui s’oppose à une industrie qui génère des millions a maille à partir avec de louches individus.

Les riverains du quartier Alhambra se sentent très souvent abandonnés à leur sort. Quand ils font entendre leur voix, ils sont taxés d’asociaux et de n’être jamais contents. « Des investissements colossaux sont quand même faits pour votre quartier… ? »

Mais est-ce la motivation réelle pour laquelle de nombreux habitants du quartier et le Comité Alhambra luttent depuis déjà dix ans maintenant ? Plus personne ne nie actuellement que la prostitution de rue occasionne des nuisances : ni la Ville de Bruxelles ni la police. Même les organisations qui se mobilisent pour les prostituées comme Espace P... s’accordent à dire que la prostitution de rue nuit à la qualité de vie des riverains. Et malgré tout chacun continue de tourner autour du pot.

Bien sûr que la rénovation d’un bâtiment historique tel que la K.V.S. est importante pour un quartier. Mais ce n’est pas une solution pour les nuisances que la prostitution de rue apporte. Ce dont le quartier Alhambra a besoin c’est d’un plan global avec une vision claire.

Après bientôt douze ans, les habitants ne savent par exemple toujours pas si le Bourgmestre de Bruxelles est pour ou contre la prostitution de rue dans un quartier résidentiel. Les organisations qui se mobilisent en faveur des droits des prostituées tâtonnent elles aussi dans le noir. Au niveau régional le débat n’a pas lieu malgré que 5 000 prostituées soient actives dans Bruxelles ce qui est au-dessus de la moyenne pour une ville de l’importance de Bruxelles.

Voici pourquoi les réactions dans le quartier Alhambra sont sans cesse plus vives : la situation semble inextricable parce que la majorité politique ne met pas en lumière de vraies solutions tandis que dans d’autres villes belges (Anvers, Charleroi,…) des actions concrètes ont été menées.

Cohabitation forcée

Devons-nous dès lors apprendre à « cohabiter » avec cette prostitution de rue comme l’exigent certaines institutions qui se mobilisent pour les prostituées ? La réponse est clairement non. Premièrement parce que le quartier Alhambra n’est pas historiquement un quartier de prostitution et que nous voulons retrouver notre quartier comme nous l’avons connu autrefois. Deuxièmement parce que les prostituées travaillent surtout la nuit et que nous voulons dormir tranquillement. Et troisièmement parce qu’il est impossible de discuter avec les prostituées car celles-ci forment un groupe non homogène qui change continuellement. Et il y a encore bien des raisons qui démontrent que les prostituées n’ont pas à exiger unilatéralement leur place dans le quartier.

« Regarde, ce sont des œufs. Souvent, ils nous les jettent dessus, mais aussi de l’eau, du coca, des bouteilles… »

Alison

La prostitution de rue dans un quartier résidentiel occasionnera toujours des conflits, quel que soit l’angle selon lequel on l’envisage. À Charleroi, et à Anvers la conclusion a abouti depuis longtemps et on a interdit la, prostitution de rue pour cette raison.

Nous exigeons la même chose à Bruxelles mais bien avec une alternative pour les prostituées de rue. Elles doivent pouvoir travailler quelque part où elles ne seront pas à l’origine de nuisances. Si Bruxelles veut tolérer la prostitution de rue alors il faut trouver un endroit où les prostituées peuvent offrir leurs services sans importuner quiconque. Un tel site n’a rien a voir avec une Villa Tinto mais serait plutôt une sorte de drive-in dans lequel les prostituées peuvent aborder leurs clients sans déranger personne. Aux Pays-Bas il y a déjà de nombreux exemples de sites de cette sorte.

Notre conclusion est donc claire : la prostitution de rue n’a pas sa place dans un quartier résidentiel. La prostitution de rue n’apporte rien de positif à un quartier, au contraire. La prostitution de rue est toujours une voie unique en défaveur des habitants parce qu’il est difficile de dialoguer avec les prostituées. Les prostituées de rue doivent recevoir une place dans la ville mais on ne peut exiger des habitants qu’ils se mobilisent pour leur sécurité. Il faut donc une fois de plus une réflexion profonde sur la place de la prostitution de rue dans notre ville car si cela n’a pas lieu cela pose une lourde hypothèque sur la cohabitation. Le quartier Alhambra en est un bon exemple.

Nous continuons de nous mobiliser pour notre quartier comme nous l’avons fait les années précédentes car nous croyons en l’énorme potentiel de notre quartier. Nous espérons que le quartier Alhambra pourra bientôt refleurir vers ce qu’il est en réalité, pas un quartier louche de prostitution mais un quartier de théâtres où l’on peut après une représentation aller boire un verre dans un agréable café sans souteneurs et prostituées, ou aller s’asseoir simplement sur un banc sans être accosté par une prostituée ou un client. Rien que cela serait déjà un vrai soulagement.

Comité Alhambra
http://users.skynet.be/fb436043/fr/quartier.htm