Inter-Environnement Bruxelles Inter-Environnement Bruxelles

A Bruxelles, on solde toute l’année !

Publié le mardi 3 mars 2009, par I E B

Quels véritables projets pour Bruxelles et ses habitants resteront-ils aux futurs gouvernements bruxellois après l’adoption des différents plans du gouvernement actuel ? Carte blanche de Mathieu Sonck, Secrétaire Général d’Inter-Environnement Bruxelles, parue dans le journal Le Soir du 3 mars 2009.

La saison officielle des soldes de janvier est terminée depuis longtemps. Pourtant à Bruxelles, le gouvernement est occupé à brader les politiques des prochaines années...

En 2008, ce ne sont pas moins de cinq plans qui ont été ou sont en passe d’être adoptés : le Plan de développement international, le Plan Bruit, le Plan Déchet, le Plan Pluie, le Plan Mobilité sont autant d’injonctions faites aux futurs gouvernements de mettre en œuvre des politiques qu’ils n’ont pas choisies.

Ces plans sont tellement peu à la hauteur des enjeux auxquels fait face la Région bruxelloise, qu’ils ne présagent que peu d’espoir de voir la classe politique se ressaisir et, enfin, élaborer et porter un véritable projet pour Bruxelles et ses habitants.

Ainsi, le Plan de développement international de Bruxelles confie à une société de « marketing urbain » française et à une agence de publicité la tâche de construire et de vendre l’image de Bruxelles à l’étranger, histoire de lui réserver une place de choix dans le classement européen de l’attractivité des villes pour les investisseurs immobiliers. Quel sens a cette fuite en avant ? Quelle est cette logique de développement économique exogène de la ville, pourvoyeuse d’un emploi précaire et forcément délocalisable quand on sait que les villes concurrentes se dotent chacune à leur tour de plans comparables ?

Les Plans Pluie, Bruit et Déchets, sommes de déclarations d’intentions, ne donnent aucune garantie de financement ou de bonne fin. Ils risquent bien de ne jamais être concrétisés, tant les enjeux capitaux dont ils traitent concernent des compétences éclatées, que chaque Ministre défend comme parcelle de ses maigres pouvoirs.

Le Plan Mobilité, ou « Iris II » , est l’exemple même du consensus mou, résultat du fonctionnement d’institutions bruxelloises aux politiques sclérosées par vingt ans de recherche de « subtils » équilibres politiques et linguistiques, intra-bruxellois et interrégionaux.

Le Plan Iris II, préparé par l’administration de la mobilité à Bruxelles, proposait trois scénarios pour améliorer la mobilité à Bruxelles. Le plus efficace d’entre eux, qui rééquilibrait la place donnée dans l’espace public aux différents modes de transport, prédisait une réduction de la pression automobile sur Bruxelles de près de 25 %.

Il a fait l’objet de tant de tractations qu’il a été vidé de ses mesures les plus efficaces : péage urbain et instauration du principe de parking payant pour les bureaux. Ces mesures étaient politiquement incorrectes à l’heure où le sort de la Région est toujours entre les mains des négociateurs au fédéral et où, à la veille des élections régionales, les responsables politiques bruxellois craignent pour l’avenir de leurs formations respectives.

Lorsqu’on se penche sur les dossiers chauds du moment, on ne peut que s’inquiéter de l’hypothèque qu’ils constituent sur l’avenir de la Région.

Ainsi le ministre bruxellois de la Mobilité nous promet une piscine à ciel ouvert au bord du canal (fort séduisante pour son électorat) négociée en échange d’un centre logistique routier en plein centre-ville : il sacrifie ainsi ses propres compétences en abandonnant des quais qui pourraient être utilisés pour favoriser le transport de marchandises par bateau et accepte de céder à son partenaire CD&V en charge du Port, un terrain en plein centre-ville pour y construire un centre logistique 100% camions !

Dans la foulée, le ministre de la Mobilité croit donner un coup de pédale au système de vélos partagés en procédant à un deal bien maladroit. Il s’agit ici de financer les vélos par la publicité, en confiant à un opérateur publicitaire une mission de service public de mobilité, contre la mise à disposition de l’espace public à des fins publicitaires. Decaux, l’heureux élu, comme par hasard opérateur du bide Cyclocity qui le lie à la Ville de Bruxelles jusqu’en 2014, sera donc amené à arbitrer entre ses intérêts et ceux des usagers, on se doute dans quel sens. Le gouvernement a pourtant la possibilité de choisir une autre solution, esquissée par la Stib, Transdev, une société spécialisée dans la location de vélo et Provélo, association de défense du vélo. Un consortium qui se serait bien passé d’un partenaire privé, Clear Channel, si le gouvernement n’avait pas imposé le lien entre marché vélo et pub ! Toujours est-il que le contrat que le ministre s’apprête à signer engage la Région pour quinze ans. De quoi réjouir son successeur...

Tout ce qui précède a un lien direct avec l’environnement, et c’est à ce titre que nous nous permettons d’interpeller citoyens et responsables politiques sur l’urgente nécessité de se ressaisir.

Car que nous promet la prochaine échéance électorale ? Le gouvernement bruxellois est composé de six partis. Seuls deux partis démocratiques sont dans l’opposition. Il en résulte que la « menace » de l’alternance est un leurre. Le débat électoral est déjà coincé avant même de commencer ! Voilà qui bouche toute perspective de la transformation radicale qu’appelle de ses vœux Jean-Pascal van Ypersele, vice-président (belge !) du Giec, qui nous rappelait récemment que la survie de la planète passera par une réduction de 95% de nos émissions de CO2 à l’horizon 2050 !

Un objectif qui devrait bousculer tous les autres, car il est paradoxalement porteur d’une dynamique formidable : celle de transformer profondément notre société, de faire de Bruxelles une ville visionnaire, qui diminue sa consommation de bien matériels au profit de plus de lien social ; de faire de Bruxelles une ville qui s’émancipe des diktats de la publicité envahissant les espaces publics et les esprits, une ville qui redonne à la lenteur sa vraie valeur en réhabilitant la marche à pied et le vélo, une ville dont le cœur bat en phase avec ses habitants et ses usagers et non avec celui du culte d’une croissance économique folle, dépassée et mortifère.

Au fait, le gouvernement bruxellois planche sur un sixième plan, à sortir avant les élections régionales. Un Plan Climat. En cette période préélectorale, on peut s’attendre au pire...


Prises de position

Dernier ajout : 22 novembre.